Dans le cadre du programme «Le mariage n’est pas un jeu d’enfants», initié, autour du mariage précoce dans la région de Ségou, par le consortium des ONG Sustainable Opportunities for Rural Organizations (SORO), FAWE/Mali et WALE Action Santé Population basée à Ségou, en collaboration avec Oxfam, nous avons cherché à faire le point sur les activités des points focaux dudit consortium en faveur de l’abandon de la pratique. Ainsi, nous avons constaté qu’il y a eu un net changement de comportement chez les parents et les filles grâce à des initiatives mises en place par lesdits points focaux dans plusieurs localités.

 Au-delà de leur statut d’acteurs de la société civile travaillant au sein des organisations non gouvernementales (ong), ces points focaux se battent pour un objectif commun. Il s’agit de permettre aux filles de jouir de leur droit fondamental lié à l’éducation, à la santé, à l’économie…  Pour gagner ce pari, ces points focaux ont mis en place des initiatives permettant d’être permanemment en contact avec  les filles et les parents afin de mener des actions de sensibilisation continues sur les conséquences du mariage précoce des filles.

 Nous avons pu joindre par téléphone Karim Doumbia, point focal du consortium à Kéméni dans le cercle de Bla. Ce dernier affirme avoir initié dans sa zone d’intervention des échanges directs avec les habitants sur les maladies sexuellement transmissibles dont le mariage précoce peut-être l’une des causes. «Nous intervenons dans le domaine de la santé pour lutter contre les maladies sexuellement transmissibles, souvent provoquées par le mariage précoce. Nous aidons également les filles et les femmes à être financièrement autonomes. Nous appelons ce mécanisme : ‘’Epargne Pour le Changement (EPC)’’ »,a-t-il souligné.

 Pour Karim Doumbia, l’EPC consiste à mettre les femmes et les filles en groupe de tontine pour s’autofinancer des projets et dont le remboursement se fait avec intérêt permettant d’alimenter de façon pérenne la caisse. « Nous avons développé ce concept, parce que nous nous sommes rendu compte que le mariage précoce est souvent dû soit à la pauvreté des parents de la fille, soit à la cupidité de la fille-même »,a-t-il ajouté.

Joint aussi par téléphone, Bakary Koné, point focal du consortium à Dougouwolo dans le cercle de Bla, va plus loin : « Les filles, au lieu de courir derrière les garçons pour l’argent, ce dont la suite est connue de tous, cette tontine les aide à faire des activités génératrices de revenus leur permettant ainsi de subvenir à leurs propres besoins.»

 En plus de ce mécanisme économique, le point focal du consortium à Kéméni nous parle de la mise en place des comités de protection des filles au niveau des villages, des communes et des cercles. « Dans cette initiative, nous travaillons avec les autorités locales (le procureur, le directeur de l’académie…) et les leaders religieux et d’opinion. Il y a aussi ce qu’on appelle gouvernement des enfants. C’est-à-dire des groupes d’enfants formés et qui parlent au nom des autres camarades. Nous travaillons avec ceux-là aussi », a-t-il précisé. 

 Des témoignages vivants !

 Toujours dans son intervention, Karim Doumbia a témoigné qu’au sein de l’école fondamentale de Kampolosso dans la commune de Kéméni, les filles sont maintenues jusqu’au moins à la classe de neuvième. « Ici dans la commune de Kéméni, nous rencontrons rarement des cas de mariage précoce. Aussi, les maladies sexuellement transmissibles sont presque maîtrisées »,a-t-il souligné, avant d’ajouter que le consortium a doté des structures sanitaires de médicaments pour traiter gratuitement les rares cas de maladies signalés.

 Sur le plan éducatif, Karim Doumbia a précisé qu’un module appelé ‘Gals’’ a été initié par le consortium pour les EPC. Il s’agit d’un cours à base de dessins sur la vie de la fille et la promotion du genre. Concernant le même secteur, le point focal à Dougouwolo, Bakary Koné, ajoute que des causeries éducatives sont également organisées avec les groupes de femmes et filles sur les conséquences du mariage précoce sur le cursus scolaires des enfants. « C’est dans ce cadre que nous avons initié ce que nous appelons des paires intra-scolaires composés de filles et garçon, tous élèves, pour sensibiliser leurs camarades sur l’importance de la poursuite ses études et des paires extra-scolaires qui concernent les parents. L’initiative a favorisé l’inscription et le maintien de plusieurs filles à l’école »,a-t-il témoigné.

 Des cas exceptionnels !

 Malgré les efforts consentis par les points focaux du consortium sur le terrain, il y a eu des cas particuliers dont la gestion n’a pas pu aboutir. C’est le cas d’une fille de Niasso dans le cercle de Bla. Cette fille âgée de 14 ans, selon Lassana Diarra, point focal de ladite localité, que nous avons joint par téléphone, a d’abord abandonné l’école à cause d’une grossesse précoce. « La fille s’appelle Assétou Coulibaly et elle faisait la classe de  6ème. Quand j’ai été informé de la situation, j’ai aussitôt entrepris des démarches pour son retour à l’école. J’ai contacté son directeur d’école qui l’a acceptée et l’a fait passer en classe de 7ème, parce qu’elle avait de  bonnes notes. Je lui ai aussi acheté les kits scolaires et organisé des cours de rattrapage. A ma grande surprise, la fille n’était plus intéressée par l’école. Le papa et les autres parents voulaient la donner en mariage et elle était consentante. Malgré tout ce que je leur ai expliqué sur les conséquences du mariage précoce, les parents m’ont finalement retourné les kits scolaires et ils ont envoyé la fille à Bamako en attendant le jour du mariage »,a-t-il témoigné.

Selon le point focal à Dougouwolo, Bakary Koné, en pareille situation, la seule option qui prévaut est de convaincre le jeune couple d’attendre les dix-huit ans de la fille avant de l’emmener dans le foyer ou alors de se protéger pour permettre à la fille sinon de continuer ses études du moins de ne pas avoir une grossesse avant ses dix-huit ans.

 Ousmane BALLO

Source : Ziré