Aujourd’hui, hélas, la politique est devenue une autre grande religion pratiquée par tous ceux qui considèrent que seul le pouvoir peut leur permettre d’accéder au salut de leurs âmes. Une religion sombre dans laquelle les fausses promesses, les mensonges grossiers et les crimes crapuleux sont les principaux moyens d’adorer Seigneur Pouvoir !

On ne peut pas ne pas justifier un crime par une bonne raison. Mais cette raison efface-t-elle la bestialité de l’acte et l’inscrit-elle de facto dans l’ordre du bon droit ? Il semble malheureusement que dans les arènes du pouvoir, on assimile froidement l’être humain à un vulgaire insecte dont on peut, impunément, nuire à la vie. Voilà pourquoi, dans la masse populaire négligée, sous-estimée et bafouée, il ne cesse de germer des révoltés. Des révoltés, c’est-à-dire des personnes qui, à force de subir sans pause, ont fini par comprendre qu’ils sont traités comme des sous-produits infects de la société, des minus habens. Des révoltés, c’est-à-dire des personnes qui, à force d’endurer sans répit, ont fini par se faire une certaine idée de la société dans laquelle elles vivent : une vieille locomotive égarée dont l’unique direction se trouve entre les mains d’une catégorie d’êtres supposés supérieurs, intouchables, et dont les voyageurs, les êtres inférieurs, sans voix, ne doivent rien dire, ni pour décider de leur destination, ni pour s'exprimer sur la vitesse de la locomotive ou la longueur du parcours. Cette deuxième catégorie d’êtres n’ayant pas de droits, mais des obligations à remplir. Ces révoltés sont donc ceux qui, à force d’accepter sans protester, de subir sans gémir, d’endurer sans murmurer, n’en peuvent plus et décident finalement de rompre, d’une manière ou d’une autre, le lien qui les maintient au nombril du pouvoir. Alors, ils se mettent à parler ; ils commencent à se défendre avec les moyens qu’ils ont ; ils défendent aussi tous ceux qui n’ont pas ou qui n’ont plus la même force, la même énergie qu’eux. Mais les saigneurs du pouvoir sont vigilants : ils gazent, ils matraquent, ils étranglent, ils exécutent… Silence, on met de l'ordre ! Au nom de la politique, au nom de la justice, au nom de la démocratie, au nom de la paix, au Saint Nom de l’Eternel Dieu !

Nous sommes dans une société où le pouvoir magique de la parole est surexploité par les gouvernants pour hypnotiser le peuple, anesthésier les consciences, et où tous ceux qui prévoient un drame et lancent l'alerte sont considérés par des moutons de Panurge comme des oiseaux de mauvais augure, dénoncés et mis hors d'état de nuire. En pareille circonstance, on voit, on entend, on sent, on sait, mais on préfère se taire pour ne pas être le bouc émissaire. Sauf quand les dieux se fâchent et lâchent les vannes de leur colère, et tolèrent les débordements des populations qu'ils laissent exprimer leur détresse avec passion. Alors, le Pouvoir perd le Nord, voit le soleil se lever à l'ouest et passe l'arme à gauche. Il comprend ainsi, parfois trop tard, qu'il aurait dû..., qu'il aurait pu..., et que cela n'arrive pas qu'aux autres. A bon entendeur...

MINGA S. Siddick

Source : Ziré