Depuis 2012, le Mali est engagé dans une lutte sans merci contre les groupes terroristes qui sèment la terreur dans le nord et le centre du pays. Si laction militaire est un passage obligé, il savère également que la paix et la réconciliation passeront nécessairement par la justice. Malheureusement, cette option ne semble pas être encore une priorité, car lon constate toujours que limpunité continue de gagner du terrain au regard de nombreux dossiers qui garnissent les tiroirs des tribunaux avant d’être évacués sans suite.

La présence ostentatoire des groupes extrémistes violents dans le nord et le centre du Mali a conduit à la multiplication d’opérations anti-terroristes menées par les Forces de défense et de sécurité maliennes et d’autres forces étrangères, précisément Barkhane. Mais, on constate que la plupart des présumés djihadistes arrêtés dans le cadre de ces différentes opérations ne font pas l’objet de procès. Aussi, aucune autre information n’est-elle donnée sur lesdits dossiers visant à soulager les victimes. Cela malgré les appels de la communauté internationale exigeant que les auteurs de graves violations et abus contre les droits de l’homme répondent de leurs actes devant les juridictions compétentes.

Déjà depuis 2017, la division des droits de l’homme de la MINUSMA avait enregistré plus de 2 000 incidents sécuritaires au centre mettant en cause les droits de l’homme. Parmi eux, 619 ont constitué des cas confirmés de violations et abus des droits de l’homme ayant causé la mort d’au moins 1019 personnes et au moins 459 blessés. Pour le directeur de la division des droits de l’homme de la MINUSMA, ce sont des faits qui sont répréhensibles au regard de la loi malienne. A ce jour, aucune affaire n’a été en état d’être jugée, et par conséquent, aucune condamnation n’a été prononcée.

Selon le directeur de la division des droits de l’homme de la MINUSMA, Guillaume Ngefa, la justice est essentielle dans le cadre de la lutte anti-terroriste. Car, dit-il, lorsque les enquêtes sont ouvertes, que l’affaire est en état d’être jugée et qu'ensuite les condamnations sont prononcées, cela contribue effectivement à la lutte contre l’impunité et aussi à la tranquillité sociale ainsi qu’à la cohésion sociale.

Les forces armées maliennes incriminées !

Pour M. Ngefa, la MINUSMA a aussi le mandat de soutenir les autorités judiciaires maliennes dans l’ouverture et la conduite d’enquêtes et de s’assurer que les auteurs de graves violations et abus des droits de l’homme soient jugés. A cet égard, la Division des droits de l’homme et de la protection a documenté au moins six cas de violations graves des droits de l’homme attribués aux Forces de défense et de sécurité maliennes dans le cadre des opérations menées dans la région de Mopti depuis le début de l’année. Ces violations comprennent les exécutions sommaires et/ou disparations forcées d’au moins douze personnes, ainsi que des cas de mauvais traitements et d’arrestations arbitraires.

Toutefois, la MINUSMA reconnaît qu’il y a une volonté du gouvernement d’ouvrir des enquêtes. «Nous avons pu établir dans lensemble une partie des cas emblématiques et nous avons effectivement partagé avec le gouvernement ces cas denquêtes emblématiques », nous a confié M. Ngefa. S’agissant des cas impliquant les groupes d’autodéfense, il a rappelé que vingt-quatre civils ont été effectivement tués à Koumaga, avant d’ajouter que le procureur a ouvert une enquête judicaire qui est en cours. « On espère que les enquêtes vont effectivement aboutir », a-t-il précisé.

«Ensuite, nous avons le cas de Koulongo-Peul où quarante personnes de la communauté peule ont été tuées. A ce stade, il y a une enquête in situ, menée par le procureur de Mopti le 11 mars 2019 avec lappui de la MINUSMA. Sur ce dossier, il savère quau total 52 personnes, ont été auditionnées lors de cette enquête. De même, à Ogossagou, il y a eu au moins 150 personnes membres de la communauté peule qui ont été tuées. Là, il y a eu une mission denquête du pôle judiciaire spécialisé sur le terrain », a déclaré Guillaume Ngefa. A cela s’ajoute, a-t-il poursuivi, Sobane Da où une attaque d’individus armés contre le village a fait trente-cinq morts, selon les sources officielles. A ce niveau, on apprend que le pôle judiciaire spécial se serait saisi du cas.

Des enquêtes inachevées !

En ce qui concerne les incidents impliquant des groupes armés extrémistes, Guillaume Ngefa a souligné le cas de Boni où, selon lui, il y a eu vingt-six civils qui ont été tués lors d’une explosion d’un engin explosif, dont quatre femmes et cinq enfants. « Là, il ny a eu aucune enquête judiciaire à ce jour. Le cas de Gondo Gourou, dix personnes ont été tuées et vous savez que cétait un corps sans vie qui a été piégé. Là, nous avons eu dix hommes tués et deux blessés. Aucune enquête judiciaire n’a été ouverte à ce jour. En ce qui concerne les incidents impliquant les forces de défense et de sécurité maliennes, nous avons les cas de Dioura où sept civils ont été arrêtés et exécutés le 21 février 2018. Là, lenquête préliminaire est terminée par le procureur militaire de Mopti », a-t-il ajouté.

Parlant du cas de Nantaka, le directeur de la division des droits de l’homme de la MINUSMA a déclaré : « Vous savez que vingt-sept civils ont été exécutés par les forces de défense et de sécurité. Là aussi, il y a une enquête préliminaire qui est terminée par le procureur militaire de Mopti. Je pense que les informations ont été mises à la disposition du tribunal militaire et que le juge d’instruction a complété aussi son instruction. »

Il a également souligné : « A Boulkessi 1, vous savez que douze civils ont été exécutés par les forces maliennes sous le commandement de G5 Sahel. Là aussi, une enquête judiciaire a été ouverte et lenquête préliminaire est terminée. Je pense que les deux fosses communes ont été visitées par le procureur. On a donné lordre dexhumation de douze corps. Boulkessi 2, il a eu arrestation de douze personnes et allégations dexécution par les mêmes forces. Aucune enquête judiciaire na encore commencé. Et puis nous avons le cas Intahaka avec lexécution de trois personnes. Là aussi, il ny n’a aucune enquête. Aujourdhui, je crois que vous avez appris lallégation dexécution de deux civils par les forces de défense et de sécurité maliennes sous le commandement de G5 Sahel. Ça s’est passé le 30 juillet. Là encore, aucune enquête na encore été ouverte. Ce sont là autant de cas emblématiques qui interpellent les autorités judiciaires du Mali. » 

A. O

Source : Ziré