Selon le Rapport 218 du Vérificateur Général, le Centre Hospitalier et Universitaire Gabriel Touré (CHU-GT) n’a aucun dispositif de contrôle interne efficace et ses activités de soins, de traitements et d’examens effectués dans les services ne font l’objet d’aucun suivi. L’hôpital ne dispose pas non plus de plateau technique assurant une prise en charge efficace des patients. Une situation qui provoque chaque année des décès, particulièrement des enfants hospitalisés en Pédiatrie. Pour la période 2016 à 2017, les décès enregistrés au service Pédiatrie sont passés de 64% à 96% du total des décès hospitaliers du CHU-Gabriel Touré. 

«Le CHU-GT n’a pas mis en place un dispositif de contrôle interne efficace. En effet, les activités de soins, de traitements et d’examens effectués dans les services ne font pas l’objet de suivi. Il en résulte des cas d’actes médicaux illégaux au niveau du service de l’imagerie, du laboratoire et du service de cardiologie, tel qu’il ressort des contrôles effectués conjointement par la mission de Vérification et la commission de contrôle du CHU-GT», peut-on lire dans le rapport. 

Selon le même document, le CHU Gabriel Touré n’est pas géré suivant un cadre stratégique règlementaire. « En effet, la direction du CHU-GT ne dispose pas de projet d’établissement validé, ce qui a pour conséquence l’impossibilité de conclure des contrats pluriannuels d’objectifs et de moyens entre la direction et le Département de la santé. Ainsi, le Département de tutelle ne dispose pas de cadre d’appréciation de la performance du CHU-GT permettant à l’Etat de s’inscrire dans le Plan Décennal de Développement Sanitaire et Social (2014-2023), l’un des principaux cadres de référence en matière de santé », relève le Rapport. 

Le document ajoute aussi : « Au CHU-GT, les organes de gestion et de consultation ne sont pas fonctionnels. En effet, depuis leur création en 2005 pour un mandat de trois ans, les différents directeurs du CHU-GT n’ont pas procédé au renouvellement de l’acte de nomination des membres du comité de direction ni de ceux des quatre comités consultatifs. Les membres desdits organes dont les mandats ont expiré depuis plus de dix ans ne font d’ailleurs plus partie du personnel de l'hôpital. Seul le représentant du personnel, ancien membre du comité de direction, en fait partie. Ces insuffisances ont eu pour conséquences un manque de concertation et d’implication du personnel dans les prises de décisions importantes, notamment, celles relatives aux soins, à la formation, à l’hygiène et à la sécurité des personnes au sein de l'hôpital 

Des matériels en panne ! 

Selon le rapport, le CHU-GT ne gère pas de façon optimale ses activités de maintenance. Le document souligne que l’ensemble des besoins de maintenance n’est pas pris en compte lors de l’affectation des crédits budgétaires. « Les crédits accordés pour la maintenance ne couvrent principalement que les matériels acquis à travers des contrats assortis d’une option de service « après-vente ». Ainsi, les équipements acquis sans option de maintenance et ceux reçus par donation ne font pas régulièrement l’objet d’entretien et de réparation surtout lorsque le matériel exige des compétences plus pointues », a précisé le Rapport. 

Toutefois, le document précise que le CHU-GT n’élabore pas de plans d’entretien préventifs des matériels et ne dispose pas, non plus, de ressources humaines qualifiées pour assurer la maintenance de matériels bio médicaux. «Ces insuffisances ne permettent pas au CHU-GT d’assurer efficacement la maintenance de ses équipements et matériels pour offrir aux usagers des prestations de qualité. le CHU-GT ne dispose pas d’un plateau technique assurant une prise en charge efficace des patients. Le département de la pédiatrie souffre d’un manque de matériels et d’équipements pour contrôler la fréquence cardiaque, la tension artérielle, la fréquence respiratoire, la saturation en oxygène et la température des patients », souligne le rapport. 

Record de décès ! 

Le rapport révèle que pendant la période sous-revue, sur un total de 19 154 enfants hospitalisés en Pédiatrie, 4 633 sont décédés, soit un taux de mortalité de 24%. «De 2016 à 2017, les décès enregistrés à la Pédiatrie sont passés de 64% à 96% du total des décès hospitaliers du CHU-Gabriel Touré. Au niveau du laboratoire, les équipements sont, soit en panne ou ne fonctionnent pas par manque de personnel qualifié. Il souffre aussi d’une insuffisance de réactifs pour réaliser les analyses. Sur un total de 81 types d’examens réalisables, compte tenu des équipements disponibles, le laboratoire du CHU-GT n’en réalise que 20 actuellement. Ainsi, les activités du laboratoire ont baissé de 62%, passant de 71 331 examens en 2016 à 27 018 en 2017. Concernant le Département d’imagerie médicale, les équipements d’échographie et de mammographie ne sont pas fonctionnels depuis plusieurs années. Le Département n’a pas réalisé de fibroscopie en 2017. En outre, il ne dispose pas d’appareil d’Imagerie par Résonance Magnétique (IRM), ce qui constitue une limite à l’approfondissement de certains examens. Les activités de ce Département ont ainsi baissé de 13,74%, entre 2016 et 2017. Ces insuffisances affectent la performance médicotechnique de l’hôpital », précise le document. 

Des Administrateurs incapables et illégaux ! 

Le Rapport ajoute également que le Conseil d’Administration (CA) du CHU-Gabriel Touré est composé de membres ne disposant pas de la qualité requise. «En effet, les onze administrateurs siégeant ont remplacé les titulaires alors que leurs nominations n’ont pas été formalisées par un décret pris en Conseil des Ministres, tel qu’exigé par les textes en vigueur. De plus, des membres continuent à siéger malgré l’expiration de leurs mandats, depuis au moins quatre ans, et d’autres n’ont jamais siégé pendant la période sous revue. Ces derniers sont les représentants des départements socio-sanitaires, du budget, de l’environnement et de l’enseignement supérieur. Par conséquent, cette composition du CA ne lui permet pas de fonctionner ni légalement ni efficacement. Ceci peut entraîner la nullité de ses délibérations. Le CA n’exerce pas ses responsabilités. Les documents de pilotage et de gestion, tels que la politique générale, le projet d’établissement et différents rapports techniques et financiers ne sont ni soumis à l’approbation du CA, ni sollicités par ce dernier. Dans ces conditions, le CA ne peut remplir adéquatement ses fonctions et obligations, ce qui peut impacter la gouvernance de l’hôpital et l’efficacité des prestations rendues », peut-on lire dans le document. 

Ousmane BALLO

Source: Ziré-Hebdo