Selon l’organisation mondiale de la Santé (OMS), 50% des cas de malnutrition sont associées à des infections dues aux mauvaises conditions d’accès à l’eau potable, à l’hygiène et à l’assainissement adéquat. Pour remédier cette situation, il devient nécessaire d’intégrer la dimension Eau-Hygiène-Assainissement dans les politiques et  programmes de santé et de nutrition du pays.

Au Mali, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon l’enquête SMART 2018, 10% des enfants de moins de 5 ans, soit 600 000 enfants sont touchés par la malnutrition aigüe globale. Dans ces circonstances pareilles, ces enfants malnutris ont 10% de risque de nourrir vite que les autres camarades qui ne sont pas dans les mêmes situations. La même enquête témoigne que la malnutrition touche 24% des enfants, soit plus de 1 200 000 enfants avec 3 % de risque de mourir plus vite que ceux qui sont bien nourris. L’enquête précise enfin que 34% des décès d’enfants de moins de 5 ans sont attribuables à la malnutrition.

Ces chiffres ne doivent laisser indifférent aucun responsable du secteur. C’est ainsi que Mama Koumaré, secrétaire général du Ministère de la Santé et de l’Hygiène Publique, a déclaré le 17 décembre 2018, lors d’un atelier de travail sur la question nutritionnelle à Bamako : « Le développement d’un pays dépend aussi de la bonne santé des citoyens. Nous connaissons chaque année, plus de 20%, soit 1, 3 millions d’enfants qui souffrent de malnutrition chronique et plus  de 600 000 enfants de malnutrition aiguë. Cette situation connaît peu d’amélioration malgré des efforts importants déployés pour la lutte contre la malnutrition. Cette lutte est multisectorielle, et le secteur Eau, Hygiène et Assainissement a un rôle très important à jouer ».

Le Mali se trouve au seuil d’urgence !

Ces propos de Mama Koumaré témoignent déjà que les autorités nationales sont, elles-mêmes, conscientes de l’importance de l’eau potable, de l’hygiène et de l’assainissement dans la réduction de la malnutrition au Mali. A la Division Nutrition de la Direction Nationale de la Santé, c’est la même remarque. « La lutte contre la malnutrition ne peut pas se faire sans un meilleur accès à l’eau potable, à l’hygiène et à l’assainissement adéquat. Donc, il s’agit pour nous de mener un plaidoyer auprès du ministère de la santé et d’autres départements transversaux pour la prise en charge du secteur dans le nouveau plan d’action multisectoriel de nutrition 2019-2023. Ce plaidoyer, nous le faisons avec notre partenaire privilégié qu’est WaterAid. C’est sûr que lorsque nous nous conjuguons les efforts, nous allons atteindre l’objectif visé qu’est : réduire la malnutrition et la mortalité néonatale et infantile».

Quant à Djaffra Traoré de l’Action Contre la Faim, 45% de décès des enfants sont dus à la malnutrition. « Nous sommes en train de travailler avec WaterAid pour que la dimension Eau-Hygiène-Assainissement puisse être prise en compte dans tous les politiques et programmes de lutte contre la malnutrition au Mali. Ce qui est évident, lutter contre la malnutrition, c’est lutter pour la réduction de la mortalité infantile », a-t-il précisé

Pour Djaffra Traoré, le Mali se trouve au seuil d’urgence, selon les estimations de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). « Le seuil du taux de malnutrition pour l’OMS est fixé à 2 %. Or au Mali, nous sommes jusqu’à 2,9%. Donc, nous sommes au seuil d’urgence et il faut forcément des programmes spécifiques pour réduire ce taux et non des programmes sensibles. Sinon cette situation est dangereux pour le pays », a-t-il ajouté.

WaterAid toujours prête à jouer sa partition !

L’organisation internationale Britannique, WaterAid, a toujours répondu présente partout où l’on parle de l’accès à l’eau potable, à l’hygiène et à l’assainissement adéquat. La campagne ‘’Un départ Sain’’, lancée en 2015 et dont l’objectif est de réduire la malnutrition, la mortalité néonatale et infantile à travers l’intégration de l’eau potable, l’hygiène et l’assainissement dans les politiques et programmes de santé et de nutrition du pays, témoigne de cet engagement aux côtés des populations du pays. C’est dans le cadre de la mise en œuvre de cette campagne que ce géant du secteur l’eau, l’hygiène et l’assainissement a doté le Centre de Santé Communautaire (CSCOM) et deux Centres de Santé de Référence (CSREF) de dizaine source d’eau potable et de Kits sanitaires dans le cercle de Bla et celui de Koro.

En plus de cela, WaterAid est en train de mettre en œuvre une campagne de plaidoyer pour la réduction de la malnutrition, la mortalité néonatale et infantile. Ainsi, le 31 octobre 2018, elle a organisé une journée de  plaidoyer pour l’intégration de l’eau potable, l’hygiène et l’assainissement dans le plan d’action  multisectoriel de la nutrition au Mali. C’était à l’intention du Comité Technique Intersectoriel de la Nutrition.

Pour gagner ce pari, WaterAïd ne fait pas cavalier seule. Elle s’est fait distinguer comme le partenaire privilégié de la Coalition Nationale-Campagne Internationale pour l’Eau Potable et Assainissement (CN-CIEP/WASH), un autre géant du secteur de l’eau potable, de l’assainissement et de l’hygiène au Mali. Ainsi, la première édition de l’initiative SANYATHON a permis la construction de 65 latrines dans la région de Koulikoro.

Des propositions essentielles !

La  journée de plaidoyer du 31 octobre 2018 a permis aux acteurs du secteur d’échanger en vue d’obtenir l’adhésion du Comité Technique Intersectoriel Nutrition pour une meilleure prise en compte et l’intégration de l’eau potable, l’hygiène et l’assainissement dans le nouveau plan d’action multisectoriel de nutrition 2019-2023.

A l’issue des travaux de ces trois jours de plaidoyer, les participants ont sollicité le renforcement de la collaboration intersectorielle entre les acteurs du secteur l’eau, l’hygiène et l’assainissement et ceux du secteur de la nutrition. Ils ont également invité l’ensemble des décideurs à veiller à l’intégration de la dimension nutrition dans l’élaboration et la validation de la politique nationale de l’assainissement.

Ce plaidoyer financé par WaterAid a été aussi une bonne occasion pour les acteurs de deux secteurs de formuler d’autres recommandations. Il s’agit de faire des études de lien entre l’Eau-Hygiène- Assainissement et la nutrition basé sur les éléments d’évidences réelles au Mali ; d’impliquer les partenaires du secteur l’eau, l’hygiène et l’assainissement à toutes les étapes de l’élaboration du nouveau plan d’action multisectoriel de nutrition 2019-2023; d’insérer dans les plans de développement socio-économique et culturel des communes et cercles, la dimension multisectorielle nutrition; d’utiliser le Plan d’action multisectoriel de la nutrition comme seul cadre de référence pour les interventions de la nutrition au Mali et enfin développer un axe stratégique dédié à l’Eau, l’Hygiène et l’Assainissement dans le nouveau plan 2019-2023.

En finançant des activités en faveur de la bonne nutrition au Mali, WaterAid s’engager à prouver aux acteurs politiques et aux décideurs du pays qu’en investissant  1 dollar (environ 600 F CFA) dans l’eau, l’hygiène et l’assainissement, le pays gagnerait 4,3 dollars (2 150F CFA) en termes de réduction des coûts de dépenses liées à la santé. D’autant plus que le coût économique de la malnutrition au Mali s’élève à 265 milliards Francs CFA, soit 4, 06% du Produit Intérieur Brut (PIB). Ces chiffres sont de l’Etude du coût de la faim au Mali.

Ousmane BALLO, afrikinfos-mali.com