C’est ce 29 mars 2020 que le premier tour des élections législatives aura lieu sur l’ensemble du territoire national. Comme les précédentes échéances électorales, le doute plane déjà sur la tenue effective de ces scrutins de manière crédible et apaisée dans l’ensemble des circonscriptions du pays, à cause de la situation sécuritaire sur le terrain. Au même moment, trois syndicats de l’Administration (Syndicat des travailleurs des collectivités territoriales, Syndicat libre des travailleurs de l’administration civile et celui des Administrateurs civils), ainsi que la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA) menacent de boycotter le processus. Que de défis qui dépassent visiblement la taille du Premier ministre, Boubou Cissé. Pour autant, cette première échéance se présente à lui comme une première épreuve électorale en sa qualité de Premier ministre et ministre de l’Economie et des Finances.

C’est désormais une course contre la montre engagée sous pression. D’un côté, l’opposition exprime ses inquiétudes sur la fiabilité desdits élections et estime que notre pays a besoin d’un scrutin crédible, transparent, intègre et fondamentalement démocratique, pour ainsi amorcer la renaissance de notre démocratie, aujourd’hui sérieusement mise à mal par les soubresauts de la crise sécuritaire et post-électorale, et par la mal-gouvernance ambiante. De l’autre côté, les syndicalistes n’ont pas encore dit leur dernier mot. Déjà, ils mettent en avant le boycott des scrutins, au cas où leurs doléances ne sont pas satisfaites.

Parmi ces doléances, l’on apprend le non payement des arriérés de salaires qui datent de 2017 et d’autres points de revendication visant à améliorer les conditions de travail du personnel des collectivités territoriales qui avait observé quatre mots d’ordre de grève en 2019 sans succès. Désormais, les militants du syndicat des travailleurs des collectivités territoriales embarquent avec eux leurs collègues du  syndicat libre des travailleurs de l’administration civile et celui des administrateurs civils.  Déjà, les différents bureaux syndicaux se sont rencontrés les 9 et 10 janvier 2020, à la direction nationale des concours. Une rencontre à l’issue de laquelle les trois syndicats ont formé un seul groupe pour faire pression sur le gouvernement.

Des circonscriptions inaccessibles !

Alors que des tractations sont en cours pour augmenter le nombre de sièges à l’Assemblée nationale afin de donner un quota aux Maliens de la Diaspora et pour s’adapter aux réalités actuelles du pays, surtout avec la naissance des nouvelles régions et le respect du ratio de 60 000 habitants pour un député, des circonscriptions du centre et du nord restent toujours inaccessibles, à cause de la recrudescence de l’insécurité. Aujourd’hui, nul ne peut garantir la tenue d’un scrutin apaisé dans les cercles de Téninkou, Douentza, Koro, Youwarou et même Bankass dans la région de Mopti. Il en est le même dans plusieurs localités des régions de Gao, Tombouctou, Kidal, Ménaka et Taoudéni.

Aussi, le 25 janvier 2020, Mme Sy Kadiatou Sow, présidente de la Plateforme ‘’Anw ko Mali dron’’ a déclaré lors d’une conférence de presse :«Le contexte actuel ne nous permet pas d'avoir une élection digne de ce nom, car il est impossible d'organiser une élection législative dans ce contexte, sans exclure une grande partie du Mali, et qu'en-est-il de leurs droits en tant que citoyens ? » 

Dans ces différentes zones, où l’Administration est quasiment absente, la promesse de la tenue d’un scrutin apaisé et transparent ne sera que de la poudre aux yeux. Les maîtres des lieux étant, malheureusement, Iya Ag Agali, ses disciples et ses collaborateurs directs et indirects. Ils tenteront toujours de saboter ce processus par tous les moyens.

Quid de la CMA !

Comme toujours, ces ex-rebelles qui contrôlent la zone de Kidal jusqu’à Ménaka ont chaque fois eu le bon moment pour ralentir le processus de sortie de la crise. Dans une déclaration publiée le 25 janvier 2020, la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA) a affiché sa position de ne pas participer à ces élections. « La CMA informe l’opinion nationale et internationale, conformément à toutes les positions observées depuis 2017 dans ce cadre qu’elle ne peut participer dans les conditions du calendrier actuel à des élections dont le collège est déjà convoqué pour un premier tour du scrutin fixé au 29 Mars 2020. Nonobstant la prise en compte du bien-fondé de la Résolution n°1 du Dialogue National Inclusif portant sur la nécessité d’organiser dans les meilleurs délais des élections législatives, la CMA réaffirme que sa participation reste sous réserves de : la diligence d’engager le processus de la réorganisation territoriale et du nouveau découpage administratif, la prise en compte et en charge dans le prochain processus électoral des Régions de Taoudéni et de Ménaka en plus des Cercles d’El-Moustarat et d’Achibogho dont l’organisation territoriale a été adoptée par le Gouvernement en Conseil de Ministres depuis le 28 février 2018, la possibilité de faire participer les centaines des milliers des refugiés et déplacés internes »,peut-on lire dans le communiqué signé par son porte-parole, Eouari Brahim AG EOUEGH.

Même si le Premier ministre se dit confiant et conscient de la situation du terrain, ces différents aspects liés à l’insécurité, d’autres problèmes socio-économiques et politiques relatifs aux réalités du terrain ajoutés à cela, pourraient constituer de vrais obstacles pour la tenue des différences échéances électorales de cette année.

Ousmane BALLO

Source : Ziré