Moussa Mara, président du parti Yèlèma

L’ancien premier ministre, Moussa Mara, président du parti Yèlèma a animé une conférence de presse le 12 octobre 2019 à la Maison de la Presse. L’objectif de cette sortie médiatique était de présenter les principales propositions de son parti sur les différentes thématiques retenues dans le cadre du Dialogue national inclusif.

Dans son mot introductif, Hamidou Doumbia, secrétaire à la communication du parti Yèlèma, a indiqué que c’est par souci de cohérence que le parti Yèlèma participe à ce dialogue. Selon lui, pour une sortie crise au Mali, le parti Yèlèma a toujours été de ceux qui ont appelé à un dialogue inclusif.

Six thématiques

Dans son exposé liminaire, Moussa Mara a indiqué que le parti Yèlèma, contrairement à ceux de l’opposition, a décidé de prendre part aux assises du dialogue national inclusif à tous les niveaux. Pour ce faire, le parti a élaboré une batterie de propositions qu’il entend partager avec l’ensemble des Maliens lors dudit dialogue. Des propositions issues de son projet de société ainsi que de la vision des responsables et militants du parti. Aussi, ces propositions qui se veulent une contribution au débat national, ont été partagées avec les structures à la base du parti. 

De ses explications, il ressort que les propositions du parti s’articulent autour de six thématiques essentiels, à savoir : paix et sécurité ; politique et institutions ; gouvernance ; social ; économie et finance et enfin culture, jeunesse et sport.

Par exemple, la première thématique ‘’Paix et sécurité’’ s’intéresse aux questions comme : Accord pour la paix, armée et défense, justice et réconciliation.

En ce qui concerne l’Accord pour la paix, Yèlèma propose de débattre de ce document pour identifier ses points négatifs à rediscuter ; faire ressortir ses points positifs à mettre en œuvre rapidement et mettre en place un dispositif pour l’améliorer.

Déménagement de l’Etat-major à Mopti

S’agissant de l’armée, le parti de l’ancien premier ministre exige le déménagement de l’Etat-major général des armées à Mopti. Aussi, il s’agit de traquer la corruption au sein du système, auditer tous les contrats de plus de 500 millions de F CFA des trois dernières années et accélérer les sanctions. De même, il s’agit de réunir tous les anciens officiers généraux et supérieurs et recueillir leurs opinions sur la direction des forces depuis l’Etat-major général jusqu’aux commandements de terrain. Il s’agit également de nommer ces personnes et les maintenir sur une durée d’au moins deux ans en leur laissant carte blanche pour agir sans aucune interférence politique.

Toujours au niveau de l’armée, le parti Yèlèma exige la bonne gestion et la transparence dans tous les achats et les approvisionnements des unités avec des audits périodiques de vérification.

Autre proposition majeure au niveau de notre outil de défense, le parti Yèlèma invite l’Etat à réunir le conseil de défense chaque semaine et d’organiser dans les régions militaires et zones de défense des conseils régionaux et de zones de sécurité impliquant la société civile chaque semaine.

Sur les questions de justice, Yèlèma invite le gouvernement à organiser les procès relatifs aux grands massacres comme Aguel Hock ; Koulogho ; Sobane-da, etc. Il s’agit aussi de débattre de la Loi d’entente nationale pour corriger des insuffisances identifiées.

Réduire les pouvoirs du président

La deuxième thématique a trait aux questions politiques et institutionnelles. A ce niveau le parti Yèlèma préconise la suppression de la possibilité de dissolution de l’Assemblée nationale par le président de la République. Egalement, mettre en place la validation obligatoire par l’Assemblée des principales nominations gouvernementales aux postes sensibles de l’Etat. Il s’agit notamment, du ministère régalien, de la direction de la sécurité, de la direction du trésor. Par ailleurs, le parti Yèlèma préconise d’instaurer la possibilité de destitution de tous les responsables publics élus en cours de mandat pour cause d’inefficacité, non-respect du serment et des promesses. Il s’agit en premier lieu du président de la République, des chefs des institutions, des députés, des conseillers, des maires et des autres élus.

Dans le domaine de la gouvernance, notamment la lutte contre la corruption, le parti Yèlèma invite les autorités à institutionnaliser le soutien aux lanceurs d’alerte, les rémunérer et les protéger. Il s’agit aussi de doubler le budget de la justice estimé actuellement à 1% du budget national, supprimer la direction du conseil de la magistrature par le président. De même, il s’agit de rendre effectives les déclarations de patrimoine des responsables publics. Enfin, bannir à vie toute responsabilité pour tout citoyen condamné pour infraction financière.

Comité de suivi 

Au terme du processus du dialogue national inclusif, Yèlèma préconise la mise en place d’une instance de suivi comprenant les facilitateurs et les organisateurs conformément à l’esprit de l’accord politique de gouvernance. Il s’agit aussi, selon Yèlèma, d’élaborer un plan d’action des principales résolutions du dialogue à soumettre aux autorités nationales pour les mettre en œuvre d’ici la fin de l’année 2020.

Un autre point non moins important aux yeux du parti Yèlèma, il s’agit de la présentation du processus électoral avec la relecture des textes législatifs et référendaires courant premier trimestre de l’année 2020. Dans son document, le parti prévoit la tenue des élections législatives au mois de février 2020 et le référendum en avril de la même année. De même, les élections communales partielles doivent avoir lieu en juillet 2020, les élections locales, celles régionales et du District en septembre de la même année.

Pour la mise en œuvre de ces mesures politiques prévue en 2020, le parti Yèlèma invite le chef de l’Etat à prendre, dès à présent, contact avec le chef de file de l’opposition en vue de choisir un premier ministre et le cadrage du gouvernement avant la fin de l’année 2019.

Un gouvernement d’union

Aussi, le parti appelle à la conclusion d’un nouvel accord politique de gouvernance sur cette base avant la fin de l’année 2019. Pour Moussa Mara, la conduite du processus de sortie de crise doit passer par la mise en place d’un gouvernement d’union nationale avant le 15 janvier 2020. Cette équipe doit être restreinte à vingt-cinq membres comprenant la majorité et l’opposition ainsi que des forces politiques significatives et composée de personnalités aux expériences incontestables pour chaque poste. Ce nouveau gouvernement doit avoir pour objectif de travailler à mettre en œuvre les résolutions du dialogue national inclusif sur une période minimale de deux ans. Par ailleurs le nouveau Premier ministre doit faire sa déclaration de politique générale sur la base de ces convenances et engagements des activités gouvernementales avant la fin du mois de janvier 2020. 

Toutes fois, Moussa Mara s’est défendu du fait que les propositions de son parti soient dirigées contre l’actuel Premier ministre. « Le président de la République et le chef de file de l’opposition peuvent s’accorder sur la reconduction de l’actuel Premier ministre. L’essentiel est qu’il soit le choix du consensus », s’est-il permis de préciser. 

De l’avis du président de Yèlèma, le dialogue national inclusif que vient de lancer le gouvernement est une tribune pour évoquer les problèmes de notre pays et identifier les solutions pertinentes permettant de sortir le pays des affres de la crise multidimensionnelle qu’il traverse depuis plus d’une décennie. C’est pourquoi, il a lancé un appel aux partis politiques et organisations de la société civile qui ont choisi de boycotter le processus à revenir à de meilleurs sentiments.

A.O

Source : Ziré