Dans la vie d'opposant, on peut raisonner en termes humains; on peut vraiment convaincre par ses arguments. Mais sur le trône du pouvoir, a-t-on toujours souvenance de tout ce qu’on a dit et promis ? Le siège présidentiel n’aurait-il pas une fonction amnésique ou déshumanisante ?  Sinon, comment comprendre que l’homme le plus honnête, le plus sympathique, le plus généreux, le plus intelligent, le plus rationnel, le plus croyant, une fois sur le pallier supérieur du pouvoir, devient une brute malfaisante. Voilà le mal. Voilà pourquoi il y a temps de colère, tant de rage face à tant d’injustice, tant de mépris. Voilà pourquoi il y a tant de guerres, tant de morts. Voilà pourquoi les peuples se demandent à quel saint se vouer. Voilà pourquoi le monde a peur. Voilà pourquoi, comble de misère morale, le monde s’effondre !

On a pensé que la littérature pouvait changer le monde ; on a pensé qu’à force d’écrire contre lui, à force de le dévoiler, de le révéler à lui-même, l’homme politique pouvait se remettre en question et apprendre à jouer franc-jeu. Rien, pourtant. On a beau frapper à la porte close de sa conscience engourdie par l’arrivisme, l’opportunisme, l’égocentrisme et tous les autres maux en ‘’isme’’ et associés, celle-ci reste désespérément endormie.

Pourquoi ? D’abord parce que l’homme politique n’aime pas se mirer, puis parce que, s’il se mire, il s’écrie que son miroir se trompe ; il ne pense pas être cette image que son miroir lui renvoie. Il croit être le plus beau, le plus bon. Il se croit infaillible, parfait. Il s’imagine prédestiné chef. Lui si grand, si gros, si beau, comment et pourquoi son reflet dans le miroir peut être si petit, si maigre, si laid ? Impossible. Alors, il voit en face méchanceté, jalousie, impertinence, irrévérence. Il brise le miroir ! La vie continue. Il est heureux et fier, parce que personne autour de lui ne peut impunément mettre fin à son règne, à son plaisir, sans payer le prix fort. Il aime les discours laudateurs, les propos flatteurs, les panégyriques ronflants et redondants. Et pour cela, il s’entoure d’acolytes serviles, d’obligés dociles, des espèces d’hommes de main chargés de conquérir les cœurs pour lui, le maître incontestable.

Il a peur ? On dira de lui qu’il est l’homme le plus courageux du monde et que ce courage est la marque de ses ancêtres. Il est malade ? On dira qu’il ne s’est jamais porté aussi bien et que sa santé de fer est un don du ciel. Il est avare ? On dira qu’il est l’incarnation même de la générosité. Mais peut-on vivre continuellement dans le déni ? Peut-on vivre sans se mirer ? Le miroir peut-il nous tromper ? Bien souvent, l’homme politique oublie qu’il n’est qu’un homme avant tout et que tout peut suffire à le faire dégringoler de son piédestal, chuter de ses nuages. Alors, à bon entendeur...

MINGA S. Siddick

Source: Ziré