Les manifestations de la population la semaine dernière contre l’état de dégradation de la route nationale Bamako-Kayes, la non opérationnalisation de l’aéroport Kayes Dag-Dag et l’arrêt du train voyageur, ne sont que la réponse aux promesses faites pendant les campagnes de l’élection présidentielle par le candidat Ibrahim Boubacar Kéita. Des promesses qui tardent toujours à être réalisées.

La révolte de Kayes constitue-t-elle désormais le top départ d'une nouvelle démarche qui va consister à exiger de nos dirigeants le respect de leurs promesses de campagnes ? Pour l’heure, tout porte à le croire. Car, après Kayes, la région de Gao serait en train de se préparer à mettre le gouvernement sous pression pour la réalisation de la route Sévaré-Gao. C’est certainement une manière de mettre fin à une politique mensongère, caractérisée par de fausses promesses. Quand on sait que les responsables politiques ont toujours tenu le peuple dans des espoirs immenses, mais qu'une fois au pouvoir, ces promesses ne sont plus que rideaux de fumée. Et pendant des décennies, le peuple est resté aussi comme une grande muette, se contentant du peu que l’on lui donne.

Aujourd’hui, cette page semble être tournée. C’est un peuple averti et vigilant qui se dresse devant les dirigeants pour les obliger à tenir leurs promesses. L’exemple est déjà donné par la population de Kayes qui a montré son vrai visage au président de la République et à son gouvernement pour la construction immédiate de la route Bamako-Dakar, jusqu’à Diboli. Pour forcer la main au gouvernement, les populations riveraines ont bloqué durant cinq jours (du 23 au 27 août 2019) la Route nationale N°1 de Kati-Kolokani-Didiéni-Kayes jusqu’à Diboli, à la frontière du Mali avec le Sénégal.

Cette lutte contre les fausses promesses a également concerné la reprise du trafic ferroviaire. Là encore, c’est une promesse qui est loin d’être tenue. L’on se souvient du voyage de presse le 12 février 2018, avec Moulaye Ahmed Boubacar, à l’époque ministre des Transports et du Désenclavement. Ce déplacement, dénommé ''Caravane de la presse Dakar-Bamako ferroviaire'', qui a été accompagnée d'un grand tapage médiatique, avait ressuscité l’espoir chez les populations de la première région. Malheureusement, le train n’a pas résisté à la tisane des rails.

Cinq mois après, soit le 24 juillet 2018, en pleine campagne pour l’élection présidentielle de 2018, le même ministre des Transports et du Désenclavement annonce l’achat de trois locomotives. Bien peintes, elles ont été finalement trainées de Prétoria en Afrique du Sud jusqu’à Bamako. Ce fut un excellent coup de communication politique à trois jours seulement du premier tour du scrutin présidentiel, tenu le 29 juillet 2019. Il s’agissait cette fois-là, pour le gouvernement, de l’achat des nouvelles locomotives. Dans un communiqué, le ministère des Transports et du Désenclavement précise : « Dans le cadre d’un partenariat public-privé, le gouvernement du Mali vient d’acquérir trois locomotives. La réception desdites locomotives toutes neuves a été faite, le mardi 24 juillet 2018, à Prétoria en Afrique du Sud, par le ministre des Transports et du Désenclavement, Moulaye Ahmed Boubacar. C’était en présence de l’ambassadeur du Mali à Prétoria, Son Excellence Monsieur Mahamane Aoudou Cissé et du Senior manager Business Dévelopment de DPW, Mohamed IsmaÏl. »

Pendant tout ce temps, les cheminots étaient en grève de la faim pour plus de neuf mois d’arriérés de salaires. Ces locomotives ont-elles servi uniquement à faire des campagnes auprès de la population de Kayes ? Difficile de répondre non ! Car, l’on savait que le président sortant n’avait plus de bonne presse dans la première région et que tous les moyens étaient bons aux yeux du directoire de campagne et du gouvernement sortant pour garantir un second mandat à leur candidat. Sinon pourquoi aujourd’hui, ni le président de la République, ni le gouvernement, encore moins le ministère de tutelle, ne parlent de ces locomotives, malgré l’insistance des populations de Kayes quant à la relance du trafic ferroviaire ?

L’heure du réalisme politique ! 

Aujourd’hui, les dirigeants doivent savoir que le peuple n’est plus dupe et que rien ne pourra encore se faire facilement sur son dos. La logique veut maintenant que le président de la République et son gouvernement cessent d'utiliser des faux fuyant pour être justes avec eux-mêmes, ensuite avec le peuple, sur tous les sujets concernant la nation.

Il a fallu ce mouvement de la population de  Kayes réclamant la reprise des travaux de Route nationale N°1 et la démission du ministre des Infrastructures et de l’Equipement, Mme Traoré Seynabou Diop, pour que le gouvernement réagisse en faisant croire que l’Etat ne dispose pas de moyens conséquents pour la réhabilitation de toute la route dont le coût s’élève à plus de 350 milliards de francs CFA. Face à la pression des manifestants, le gouvernement a finalement cédé et a décidé de redémarrer les travaux dans cette semaine sur l’axe Kati-Didiéni, long d’environ 160 kilomètres. En tout cas c’est ce qui ressort de la visite de quatre jours du Premier ministre, Boubou Cissé,  dans la région, visite qui l’a emmené successivement à Kolokani, à Diéma, à Nioro, à Kayes, à Bafoulabé, à Manantali et à Kita. « Après avoir constaté moi-même l’état désastreux de la route, je vous informe aujourd’hui que les travaux démarreront la semaine prochaine et prendront fin dans six mois au maximum »,  a déclaré Boubou Cissé, parlant de la route Kati-Didiéni.

A côté de la construction de cette route, il y a également l’opérationnalisation de l’aéroport Dag-Dag de Kayes. C’est une revendication qui est aujourd’hui soutenue par le Conseil supérieur de la Diaspora malienne (CSDM). Au cours d’un point de presse tenu au siège du Conseil, le 22 août 2019, le président du CSDM, Chérif Mohamed Haïdara, l'a fait savoir en ces termes : « Le CSDM s’interroge sur les raisons de la fermeture permanente de l’aéroport Kayes Dag-Dag. Il urge que cet aéroport important et stratégique puisse reprendre du service. Nos expatriés et leurs voisins de Mauritanie et du Sénégal, à travers le monde, ne comprennent pas cette attitude du gouvernement et réclament de toute urgence la réouverture de cet aéroport. Le CSDM exige, enfin, l’ouverture sans délai, de l’aéroport Kayes Dag-Dag, pour faciliter le retour de nos expatriés dans leurs terroirs d’origine.» A l’issue de sa visite, le Premier ministre a promis que le train va siffler à nouveau et qu’une compagne aérienne sera créée pour desservir la Cité des Rails

En plus de Kayes, d’autres régions ont également reçu des promesses de campagnes qui sont loin d’être tenues. C’est donc dire que la fin du spectacle n’est pas pour demain. Une chose est sûre : ce ne sont plus seulement des communiqués de presse ou des visites en apparence touristiques qui vont résoudre l’affaire. Certes, Boubou doit bouger, mais des actions concrètes à l’appui seraient encore nécessaires et salutaires, plutôt que d'ajouter aux promesses non tenues, de nouvelles promesses qui ne pourront pas être réalisées.

Ousmane BALLO

Source : Ziré