Dans l’optique de mettre fin aux dysfonctionnements dans le paiement des bourses d’étudiants, le gouvernement, sous la direction du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique, a mis en place la bancarisation des allocations financières. En place depuis une décennie, le système peine à convaincre les principaux intéressés, les étudiants qui continuent à vivre le martyre pour tenter de retirer leur bourse.

Ils ont deux principaux problèmes. Certains ont l’argent dans leurs comptes mais ils ne parviennent pas à y accéder parce que les comptes sont dormants. Un compte bancaire est désigné dormant lorsqu’il est inactif pendant une période de six mois. Pour d’autres, les cartes ont expiré et doivent être changées. Dans l’espoir d’être servi, ils sont obligés de passer la nuit devant les différentes agences d’Ecobank. « J’ai de l’argent dans mon compte, mais il est dormant», renchérit, en colère, BouramaSanogo.

En pleine conversation, son téléphone sonne. Son camarade de classe, Yacouba Konaté est au bout du fil. « J’étais à l’agence pour vérifier le solde de mon compte, dit-il. Quand je suis allé au guichet automatique, j’ai entré alors le code mais il est affiché : opération refusée. J’ai donc fait une réclamation car ils m’ont dit que mon compte est fermé, que je dois aller au Cenou. Là-bas, ils m’ont demandé d’attendre trois semaines, le temps de rouvrir mon compte », nous rapporte Bourama Sanogo.

Sur le papier, la bancarisation des bourses fait l’unanimité. « Quand j’étais en première année, je n’avais pas de compte bancaire. J’ai utilisé toute ma bourse sans me rendre compte. Avec l’Ecobank, j’économise», affirme Bourama Sanogo. Un ancien étudiant influent de sa faculté, il est sollicité par ses camarades pour leurs problèmes. « Mon téléphone sonne sans arrêt. Je reçois des messages sur Facebook, WhatsApp et Imo. Relate-t-il. Les étudiants doivent faire des vas et vient. Aucun camarade ne m’a confirmé qu’il a pu régler son problème une seule fois ».

Terminaliste en filière sociologie, Idrissa Thiam confirme les propos de BouramaSanogo. Ils ne se connaissent pas. Le premier habite à Kalaban-Coro, cercle de Kati. Le second, à Daoudagoubou, en Commune V du district de Bamako. Depuis un certain moment, ils utilisent le même mot «mendiant» pour qualifier la relation Ecobank-étudiant. « Les agents d’Ecobank ne nous considèrent pas. Ils nous prennent pour des demandeurs d’aumône. Le Cenou doit rompre le contrat avec Ecobank », souhaite Idrissa Thiam, assis sur sa moto, près du tableau d’affichage de l’ex-FLASH. Pour renouveler sa carte bancaire expirée, « J’ai fait le tour de presque toutes les agences Ecobank de Bamako. Confie le maîtrisard. Chaque fois, je retourne à la maison sans être servi, soit pour un problème de connexion, ou pas de carte disponible. J’ai dépensé plus de 5.000 francs CFA dans le transport ».

La réputation de cette banque est entachée. Dans d’autres pays de la sous-région, notamment au Sénégal, Ecobank héberge les comptes des étudiants. Au pays de la Téranga, ils reprochent à la banque les mêmes problèmes qu’au Mali.

En effet, au Mali depuis plusieurs années, les bourses et les trousseaux (aide accordée à tous les étudiants réguliers et inscrits dans les établissements d’enseignement supérieur pour achat des fournitures scolaires) arrivent en retard. Dans ces conditions, les comptes sont inactifs pendant plusieurs mois.

En plus de ces deux difficultés majeures, s’ajoutent l’omission des étudiants boursiers sur la liste des boursiers. « Quand un boursier est omis sur la liste des boursiers, on lui demande de faire des réclamations. Avant que ces réclamations aboutissent c’est tout un problème », témoigne Brahima Ouattara Licencier en création et gestion d’entreprise (LPro-CGE) à l’Institut Universitaire de Gestion (IUG). Il ajoute :« Garde à un étudiant qui perd sa carte bancaire. On peut faire 4 mois ou plus pour avoir une nouvelle carte bancaire ».Pour lui, ce problème lié au payement des étudiants boursiers ne finit pas maintenant.

Un autre étudiant pose cette question sur la page de Centre National des Œuvres Universitaires (CENOU), «Je voudrai savoir quand est ce que les gens qui ont perdu leur carte Ecobank scolaire et qui ont fait une déclaration auprès du service de la banque depuis le septembre 2019 auront une nouvelle carte. Car,le délai qu’ils nous avaient promis est atteint ».

Sur la même page facebook du Cenou l’étudiant, Drissa Sylla, a posté une demande le 16 février dernier : « Bonsoir, au faite j’aimerais savoir si la nouvelle carte est disponible svp, promotion 2018. Au faite ma carte bancaire est perdue cela fait longtemps que j’ai réclamé une nouvelle carte bancaire depuis le septembre dernier je n’ai pas reçu ma carte et pourtant j’ai fait toutes les démarches possibles pour la nouvelle carte bancaire… J’aimerais savoir quand est-ce que la nouvelle carte sera Disponible ? Je vous en prie Aidez-moi Svp, j’en ai vraiment besoin. En bon entendeur salut ».

Une solution en vue…

Conscient des problèmes, le Cenou et Ecobank ont décidé de mettre en place un nouveau système censé être plus efficace. Ils pensent au : cash x-press. « Avec ce système, les étudiants n’auront plus de comptes bancaires ordinaires. Ils auront des cartes rechargeables et ils peuvent les utiliser dans tous les guichets automatiques de l’Ecobank », précise la cheffe du service allocations financières du Cenou, Mme Nésséné Sylvie Keïta. Créé en 2001, le Cenou gère les aspects pratiques de la vie des étudiants à travers la gestion des bourses, trousseaux ainsi que d’autres allocations financières.

« A notre niveau, les étudiants se plaignent du retard de la mise en disposition des bourses. Mais en réalité, ce n’est pas notre faute. Nous ne pouvons rien faire tant que nous ne recevons pas les listes des inscrits et les résultats académiques signés par les recteurs des différentes universités », se défend Mme Nésséné Sylvie Keïta. Elle ajoute : « C’est quand nous recevons les différentes listes que nous établissons les projets de décision et nous les envoyons au ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Après signature, le ministère nous les renvoie et nous les soumettons au contrôleur financier qui après vérification met son visa. Ensuite, nous les envoyons au trésor public qui émet le chèque au nom d’Ecobank ».

Cette procédure administrative est très longue et fastidieuse. Les étudiants se lassent. Interrogée sur la lenteur de la procédure, la responsable des allocations financières du Cenou affirme que les autorités concernées envisagent des solutions rapides et efficaces pour les prochaines années. En ce qui concerne le calvaire des étudiants devant les agences de l’Ecobank, elle tente de rassurer en expliquant que le sujet est pris à bras-le-corps par les deux partenaires. « Les responsables de la banque vont multiplier les agences et les guichets pour les étudiants ».

En 10 ans d’expérience, la bancarisation devait mettre fin aux nombreuses tracasseries que subissent les étudiants dans le cadre du paiement de leur allocation financière. Mais, jusqu’à présent, ils réalisent un parcours de combattant pour pouvoir être servis par la banque. Une situation révoltante pour les universitaires maliens.

Bintou Danioko

Source: L’Analyste