Le 15 juillet 2019, le Comité de Suivi de l’Accord (CSA) a connu un blocage à cause d’une crise au sein de la Plateforme des groupes armés. Selon un haut responsable du Comité, lors de la dernière session du CSA, un leader de la plateforme, issu du Mouvement Arabe de l’Azawad (MAA), a été chassé de la salle pour indiscipline. Cette décision avait fait révolter le reste des membres du Groupe qui avaient finalement boycotté la session. C’est ainsi que le gouvernement s’est investi les 26, 27 et 28 juillet 2019, avec la partie algérienne, à les faire revenir au sein du Comité pour la poursuite de la mise en œuvre de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation, issu du processus dAlger.

« Le 15 juillet 2019,  lors de la session du Comité de Suivi de l’Accord (CSA), un leader du Mouvement Arabe de l’Azawad (MAA), membre de la plateforme, a été chassé de la salle pour indiscipline. Les autres membres lui ont été solidaires et ont boycotté la session. Pour être clair, la dernière session du CSA s’est déroulée sans la plateforme des groupes armés », nous a témoigné un responsable du Comité le 27 juillet 2019.

Selon lui, au-delà de cette attitude, une sérieuse crise existait entre les composantes de la plateforme. Il s’agit principalement du Mouvement Arabe de l’Azawad (MAA) et du Groupe Autodéfense Touareg Imghad et Alliés (Gatia), tous pour l’intégrité territoriale.

Pour permettre la tenue régulière des sessions du CSA, le Gouvernement du Mali et la médiation à travers le président du CSA, l’Algérien Ahmed Boutache, ont décidé de prendre le dossier en main tout en invitant les différents protagonistes autour de la même table. Ainsi du 26 au 28 juillet 2019, des rencontres et échanges se sont déroulés à huis clos à l’Hôtel de l’Amitié de Bamako. Initiées par le gouvernement du Mali, ces concertations visaient à réconcilier les Groupes Armés de la Plateforme et à les convaincre de regagner le CSA pour la poursuite de la mise en œuvre de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation, issu du processus d’Alger.

Ces travaux, dirigés par le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Tiébilé Dramé, et son homologue en charge de la Cohésion sociale, de la Paix et de la Réconciliation nationale, Lassine Bouaré, ont enregistré la présence des personnalités influentes au sein de leurs communautés. Il s’agit, entre autres, de l’Imam de la Grande Mosquée de Tombouctou, Abdramane Ben Essayouti; les anciens Premiers ministres, Ousmane Issoufi Maïga et Ahmed Mohamed ag Hamani ; le président des Autorités intérimaires de Tombouctou, Boubacar Ould Hamadi ; le haut représentant du chef de l’État pour la mise en œuvre de l’Accord; etc.

Le choix d'un canevas consensuel

A l’issue de ces rencontres, un canevas a été trouvé le 28 juillet 2019 entre les différents protagonistes permettant de poursuivre la mise en œuvre de l’Accord, à travers le CSA. Ainsi selon Tièbilé Dramé, le gouvernement malien et la médiation se sont mis en ensemble pour échanger sur tous les formats avec les groupes armés. « Nous sommes heureux de mettre toutes les sensibilités et les groupes armés en face des anciens Premiers ministres et des personnes influentes, telles que l’Imam de Tombouctou, le haut représentant du chef de l’État pour la mise en œuvre de l'Accord, ainsi que les responsables des autorités intérimaires de Tombouctou et Ménaka. Nous avons tous travaillé et convenu d'un canevas et nous devons tous le respecter. Il s’agit de ne plus créer un autre groupe ou entité pour la mise en œuvre de l’Accord ; de traiter l’ensemble des parties signataires de l’Accord au même pied d’égalité et d’élargir le Comité de Suivi en y ajoutant des femmes et dautres sensibilités », a-t-il souligné.

Pour le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, cet élargissement du CSA va également amener des nouvelles charges. Toutefois, il a tenu à préciser: « Les travaux ont porté fruit,  le temps n'est plus à la division, le monde entier est au chevet du Mali, les fils dautres pays meurent pour nous, donc il est temps de mettre ces incompréhensions de côté. Car, nous ne pouvons pas lutter contre les terroristes dans la division. »

Maintenir la confiance !

Pour maintenir la confiance entre l’ensemble des parties signataires de l’Accord et les populations, Tièbilé Dramé a invité les protagonistes à rendre compte régulièrement à leurs bases. « Au moment où l'on part vers le dialogue national inclusif, il nest pas saint et envisageable quune composante de l'Accord soit mise de côté. Au moment où les autres pays viennent vers nous, les composantes doivent-elles continuer de se chamailler ? Non ! Et surtout on a un agenda clair. Les groupes armés de la Plateforme ont dit avoir été d'accord avec le canevas proposé et nous prenons cela au sérieux. Que tout le problème soit aplati avant la prochaine session du CSA, prévue le 19 août 2019 », a-t-il déclaré.

Après avoir exprimé sa joie, l’ancien Premier ministre, Ousmane Issoufi Maïga, a invité les parties a respecter leurs engagements pour le bien-être des populations en difficulté. « L'heure est grave et il faut avancer», a-t-il déclaré. « Après la signature de l'accord, il y a plus de quatre ans, les gens n'ont pas encore conscience de ce qui se passe, or la signature était un espoir pour tout un chacun », a déclaré l’ancien Premier ministre, Ahmed Mohamed ag Hamani, avant d’appeler les parties signataires à la retenue. « Car, la Communauté internationale ne va pas passer tout son temps à nous accompagner », a-t-il précisé.

Le président du CSA, Ahmed Boutache, a, pour sa part, salué l’initiative qui permettra, selon lui, un bon déroulement du dialogue national inclusif qui aura également son impact sur la mise en œuvre de l’Accord. La rencontre a pris fin par une séance de bénédiction formulée par l’Imam de la Grande Mosquée de Tombouctou, Abdramane Ben Essayouti.

Donald Trump se fâche avec les fossoyeurs de la paix !

Au moment où ces rencontres se tenaient à l’Hôtel de l’Amitié, le président américain, Donald Trump, signait également, le 26 juillet 2019, un décret autorisant le département américain du Trésor à sanctionner les responsables d’actes terroristes au Mali. Il s’agit des individus responsables ou complices d’actions qui exacerbent et détériorent la situation dans notre pays.

Dans un communiqué, le secrétaire de presse de la Maison Blanche, Stephanie Grisham, a déclaré que le trafic de drogue, les attaques contre les civils, ainsi que contre la mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) étaient malveillantes.

« Trump s'assure que tous les outils du pouvoir national sont utilisés pour la résolution du conflit au Mali et pour que les personnes qui ont commis des actes de violence se soient rendus coupables d'actes de violence qui ont prolongé le conflit », indique le communiqué. 

Quant au chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, il a précisé : « Le décret exécutif du président gèlera les biens et suspendra les déplacements d’individus ou d’entités qui cherchent à miner les efforts de paix, de sécurité et de stabilité au Mali. »

Ousmane BALLO

Source: Ziré-Hebdo