Les hommes politiques peuvent-ils vraiment changer un jour ? Peuvent-ils être  plus réalistes, plus empathiques, plus humains ? Pourquoi ne peuvent-ils pas comprendre qu'une politique sans cœur mène inexorablement au chaos ? On ne peut pas bien diriger un peuple dont on ne veut pas entendre la voix. On ne peut pas bien gouverner des hommes dont on ignore le mode de vie, la souffrance, la misère. Non, on ne peut pas bien administrer un monde qu’on ne comprend pas et qu’on ne veut pas chercher à comprendre. Pour bien diriger, pour bien gouverner, pour bien administrer, il faut avoir vécu une parcelle de la vie des autres. Il faut avoir souffert soi-même pour comprendre ceux qui souffrent et chercher un remède à leur souffrance. Il faut avoir connu soi-même des jours sans pain et des nuits sans sommeil pour comprendre le ravage intérieur que provoque la faim. Il faut avoir expérimenté soi-même l’extrême solitude dans laquelle la pauvreté peut isoler pour comprendre le besoin de solidarité des pauvres. Il faut avoir soi-même courbé son échine le long des rues, creusant pour une miette de riz blanc, des fossés interminables, pour comprendre le besoin de survie de ceux à qui la vie n’a pas toujours souri. Il avoir soi-même été battu par la pluie, brûlé par le soleil, rongé par mille maladies, pour comprendre le sens du bonheur auquel aspirent les déshérités. Il faut avoir soi-même entendu du fond de sa poitrine endolorie par mille labeurs sans gain, l’appel en sourdine de la mort, pour comprendre le sens du respect de la vie qu’exigent ceux qui se sentent toujours humiliés. Oui, il faut avoir souffert soi-même pour comprendre ceux qui souffrent et chercher un remède à leur souffrance. Il faut avoir vécu une parcelle de la vie de ceux qu’on gouverne, pour comprendre que la révolte, la vraie révolte, n’est rien d’autre que la fille légitime d’une trop longue résignation sans espoir. Est-ce si difficile à comprendre ? Attention, l'eau dormante peut s'agiter. Comme un volcan supposé mort peut cracher du feu un jour. À bon entendeur…

MINGA S. Siddick

Source: Ziré-Hebdo