MINGA S. Siddick

Le changement. Voilà le mot fétiche de ceux qui prétendent au pouvoir. Et ils sont suivis par une masse incroyable de gens qui, eux aussi, veulent que tout change. Pourtant, ces mêmes personnes en rage contre le pouvoir qui, pour eux, incarne la pourriture, sont loin, dans leurs faits et gestes quotidiens, de donner l’exemple de ce changement pour lequel ils font souvent battre le pavé aux jeunes crédules.

Ces jeunes désœuvrés, diplômés sans emploi, rêveurs endurcis, dilettantes impénitents, qui boivent leur temps par le thé, sont des proies faciles. Parce que, eux aussi, veulent changer le monde. Paquets de pauvres perroquets politiques au pied des pousseurs à la mort ! Ils passent le temps à tempêter contre le pouvoir, à troubler l’ordre public, trouvant que tant que leurs ténors ne tiennent pas le Temple des Vertiges, tout est vain !

Mais dans la rue, les maîtres du changement arrêtent leurs voitures en pleine chaussée pour héler un ami et pousser la causette, sans se soucier des autres usagers; les apôtres du changements, à moto ou en voiture, ont leurs téléphones à l’oreille, bravant ainsi la loi du pays qui interdit cet acte; les prophètes du changement fument dans des espaces publics interdits aux fumeurs; ils jettent dans la rue des peaux de bananes, des sachets d’eau, vides ou à moitié pleins ; ils éclaboussent les piétons dans la circulation sans s’arrêter pour s’excuser.

On les voit gonflés d’orgueil et de fierté, imbus de leurs personnalités, coupables de corruption, de délation, de falsification, de xénophobie, de misogynie, de faux et usage de faux, de mensonges, de vols, de viols, etc. Et gare au citoyen indélicat qui osera interpeller les gourous du changement sur leurs écarts de conduite, ils lui lanceront des salves de « Tu sais qui je suis ? », comme s’ils étaient  autre chose que simple poussière ! Ainsi, le changement que l’on prône, ce n’est ni un changement de mentalité, ni un changement de vision, encore moins un changement de système, mais  juste un changement des visages au pouvoir ! Et c’est bien comme cela que l’on veut développer l’Afrique ! Non, il faut que nous changions notre fusil d’épaule.

Si nous voulons construire une Afrique qui doit gagner, qui doit compter, nous devons commencer le changement par nous-mêmes. Ainsi, sans avoir besoin de chanter ce changement, tout, autour de nous, pourra commencer à changer. A bon entendeur…

MINGA S. Siddick

Source: Ziré-Hebdo