Ce 21 juin 2019, des milliers de manifestants étaient dans la rue pour exiger la fin des massacres au centre du pays. ‘’Sécurisez les civils’’ ; ‘’Bannissons les propos de la révolte’’ ; ‘’Halte à l’amalgame’’ ; ‘’Ça suffit à Mopti’’, ‘’On a trop souffert’’ ... C'étaient là, entre autres, les cris de détresse de ces marcheurs.

A l'appel du Collectif des Associations de Jeunes du Pays dogon (CAJPD), plusieurs jeunes leaders de la société civile ont pris part à l'événement. L'objectif de cette énième manifestation est très clair : dénoncer, interpeller, mais surtout appeler à un réveil national face à la dégradation de la situation sécuritaire et humanitaire dans la région de Mopti.

De la Bourse du Travail jusqu’au Monument de l’Indépendance, les manifestants ont exprimé leur mécontentement face à la recrudescence de l’insécurité au centre du pays. Ils ont également appelé le gouvernement à tout faire pour protéger les personnes et leurs biens. « Nous ne comprenons pas le rôle des forces étrangères sur notre sol. Ils ont pour mandat de protéger les populations civiles, mais c’est la désolation qu’on enregistre chaque jour dans nos villages. Si elles ne sont pas prêtes à nous soutenir qu’elles quittent notre pays », a déclaré Aly Dolo, un responsable du Collectif des ressortissants de la région de Mopti.

Sur les banderoles et pancartes, l’on pouvait également lire des messages de colère du genre : ‘’On en a marre’’ ;  ‘’Trop c'est trop, non à la boucherie humaine’’ ; ‘’On veut la paix’’… Si, certains trouvent que  cela est dû à l'irresponsabilité du gouvernement, d'autres, par contre, pensent qu'il y a interférence étrangère qui manipule les deux communautés en conflit à savoir dogons et peulhs.

« Que chacun combatte cette crise par les moyens dont il dispose ! »

« Aujourd'hui, je réponds au nom du Collectif des associations de Jeunes du pays dogon et quand je dis pays dogon, il y a toutes les ethnies telles que les bozos, les samogos, les dogons et surtout nos cousins et amis peulhs. Nous revenons une fois de plus pour dénoncer l'ensemble des tueries qui se passent au pays dogon et dans toute la région de Mopti. Nous avons quatre messages à lancer à l'occasion de cette marche. Le premier est un message de dénonciation de tout ce qui se passe au centre du pays, car il faut que l'État prenne ses responsabilités. Le deuxième message concerne l'unité du peuple malien. Le troisième message est de faire comprendre au monde entier que cette guerre  ne concerne pas seulement la région de Mopti, mais tout le Mali et des régions du Sahel, car si la région de Mopti venait à disparaître, la vague va nous emporter tous jusqu'à Djiboli. Donc, soyons vigilants. Le dernier message que nous avons à lancer est de demander l'implication de tout un chacun afin que cette crise soit domptée. Que chacun combatte cette crise par les moyens dont il dispose », a déclaré Adama Diongo, président du CAJPD.

Un complot des pouvoirs législatif et exécutif !

Dans son intervention, Mohamed Youssouf Bathily, alias Rash Bath, du Collectif pour la Défense de la République (CDR), a précisé : « Mes chers frères et sœurs maliens, ce qui se passe n'est ni au Libéria, ni en Libye, ni en Côte d'Ivoire, ni en Serra Leone, mais c'est bel et bien au Mali. Des choses qu'on voyait autrefois à la télévision, hélas nous vivons les mêmes réalités aujourd'hui. Que fait l'Assemblée nationale du Mali pour mettre la pression sur le gouvernement ? La réponse : c’est ‘’Rien !’’ Nous sommes donc victimes d'un complot entre la législation et le pouvoir exécutif qui agissent tous les deux pour leurs propres intérêts.»

Selon lui, le Mali a perdu plus de 2800 personnes en trois ans et plus de trois millions (3 000 000) de personnes ont besoin d'assistance. Après avoir demandé un moratoire sur toutes les revendications politiques pendant deux mois afin de consacrer tous les efforts sur la sécurisation du nord et du centre, Rash Bath a ajouté : « Là où nous sommes, l'heure n'est plus à des accusations gratuites, mais surtout à la solution. Car, le Mali est dans l'agonie.»

Chez les élus, les mêmes sentiments de désespoir dominent  les esprits. « Notre rôle, c'est d'alerter. Mais, on a l'impression de ne pas être écoutés, car les actions ne suivent pas. Nous demandons une fois de plus au gouvernement d'agir et vite, car il n’est jamais trop tard pour mieux faire », a déclaré l'honorable Issa Togo, député élu à Koro.

Cette marche du 21 juin a été initiée après des séries d'activités menées par le CAJPD sur la crise au centre du pays. Il s’agit, notamment, de conférences de presse, de conférence-débats, ainsi que de cadres de concertation.

Amadou Basso

Source: Ziré-Hebdo