Après l’attaque de Sobame Da dans le cercle de Bandiagara, région de Mopti, le 10 juin 2019 tôt le matin, faisant quatre-vingt quinze morts (95) et dix-neuf (09) portés disparus (selon le gouvernement), le mouvement Dan Na Ambassagou a souligné dans un communiqué que « le pays dogon ne sera jamais la colonie ou l’esclave d’aucune espèce de personne » et déclare que « la lutte pour la sauvegarde de la dignité et de la liberté du pays dogon est ouverte ». De tels propos sont à craindre, surtout quand ils viennent d’une milice d’auto-défense qui se sent défavorisée par le gouvernement au profit des autres communautés présentes au centre du pays.

C’est une déclaration à prendre au sérieux. Même s’il n’a pas cité une communauté ou un groupe armé comme étant à la base de cette tuerie, le mouvement Dan Na Ambassagou semble être déterminé à venger les victimes de Sobame Da, un village situé dans le cercle de Bandiagara, région de Mopti. Dans un communiqué publié le 10 juin 2019 juste après le massacre, le mouvement Dan Na Ambassagou a qualifié cette horreur de massacre génocidaire intolérable.

« Le mouvement Dan Na Ambassagou considère cette attaque comme une déclaration de guerre et en prend acte ; rassure les populations de sa disponibilité a assurer davantage leur sécurité, car il est désormais établi que ni l’État, ni la communauté internationale ne s’intéressent à la vie des populations meurtries depuis bientôt cinq ans ; invite tous les fils du pays dogon à la solidarité nationale pour réussir ce noble combat de la survie de nos populations et de la liberté du pays dogon ; rassure que le pays dogon ne sera jamais la colonie ou l’esclave d’aucune espèce de personne et déclare la lutte pour la sauvegarde de la dignité et de la liberté du pays dogon ouverte. Du plateau à la plaine en passant par la falaise, nous sommes désormais résolus de verser notre sang pour la dignité humaine », peut-on lire dans ce communiqué.

Bien que le gouvernement ait tenté de rassurer les populations, dans un communiqué, de sa disponibilité à traquer les auteurs de cet acte odieux, comme cela l’a toujours été depuis le début de ce conflit intercommunautaire qui sévit dans le centre du pays, il faut tout de même craindre le pire. Surtout quand on sait que la même milice Dan Na Ambassagou a été vertement accusée, sans enquête, et dissoute sur papier, par le gouvernement de Soumeylou Boubèye Maïga au cours d’un Conseil des ministres extraordinaire, tenu le lendemain de l’attaque d'Ogossagou, un village habité majoritairement par des peuls. Cette attaque qui a eu lieu le 23 mars 2019, avait  fait plus de 160 morts. En faisant cette déclaration, les éléments du mouvement Dan Na Ambassagou concluent-ils que la tuerie de Sobame Da est une vengeance de la part de la communauté peule ? Difficile de le dire avec précision pour l’instant.

Une chose est sûre, le problème dépasse une simple question de communauté peule ou dogon. L’on se souvient encore de l’attaque du village de Heremakono. Le 13 mai 2019, treize (13) personnes, dont le chef du village et sa femme, ont été tuées par un groupe composé d’environ 80 hommes, identifiés comme des chasseurs traditionnels (dozos) de la communauté bambara (selon plusieurs témoignages). Arrivés à bord des motos, ces assaillants étaient armés de fusils de chasse et de fusils automatiques. C’est dire que l’on est en train de sortir de plus en plus d’une situation de conflit intercommunautaire pour une guerre civile qui ne dit pas, à présent, son nom et avec l’utilisation des armes beaucoup plus puissantes et modernes.

Ainsi, la solution rapide pour éviter d'éventuelles représailles ou une guerre civile dans le centre du pays sera de redéployer en toute diligence les forces armées et de sécurité dans les différentes localités à risques afin de sécuriser les personnes et leurs biens. Il s’agira également pour le gouvernement de dissoudre effectivement et pour de vrai, toutes les milices présentes sur le territoire national et d’être intraitable sur la question. Mais pour cela, l’armée malienne doit occuper toutes les positions de ces groupes armés d’auto-défense et être capable d’y instaurer la sécurité de façon durable. Sinon, faute de rigueur et d'autorité, l'État fera le lit d'une guerre civile dont les prémices sont déjà détectables !  

Ousmane BALLO

Source : Ziré-Hebdo