Il est vrai que, si nous ne nous en tenons qu’aux discours calculés et programmés de nos dirigeants, si nous n’écoutons que les propos laudateurs de leurs hommes de mains payés pour anesthésier la conscience du peuple, nous ne pouvons que nous sentir heureux, dans le meilleur des mondes possibles. Entre-temps, derrière le rideau des festivals de mots qui embellissent tout et du théâtre préparé pour nous séparer des réalités de notre quotidien, des horreurs se commettent chaque jour, qui détruisent progressivement et inexorablement la trame de notre humanité, de nos identités.

Des horreurs programmées et calculées comme les discours, parce qu’elles naissent justement du revers des mots chantés au peuple, des actes sournois posés dans l’ombre de la lumière du politiquement correct et des bienséances simulées. Parce que les hommes politiques savent être de parfaits doubles-faces dangereux. Ils savent allumer discrètement le feu pour jouer bruyamment les sapeurs-pompiers ; ils savent aussi faire comme la souris de votre maison qui, en rongeant votre orteil y souffle du vent pour que vous n’en sachiez rien. Voilà donc comment, dans nos pays, des conflits communautaires naissent, inspirés par d’obscurs laboureurs de haine qui sacrifient des vies pour donner corps à leurs envies ou à celles de mains noires. Et, quand dans les fêlures faites par eux dans les murs de la nation se glissent araignées et salamandres, on crie au loup connu, pour faire diversion.

Que nous soyons au Mali, en Côte d’Ivoire ou au Burkina-Faso, les communautés qui se font la guerre doivent se réveiller, se ressaisir et ouvrir grand les yeux pour voir que leurs vrais ennemis, ce ne sont pas ceux contre qui ils prennent les armes, mais des éminences grises, poètes de circonstance, qui viennent leur entonner cette chanson d’amour mortifère qui les endort. Un chantre du romantisme français ne disait-il pas qu’’’il y a des loups ailleurs que dans les bois’’ ? A bon entendeur…

MINGA S. Siddick

Source: Ziré-Hebdo