Selon la Division Droit de l’Homme de la MINUSMA, au cours de ces derniers mois, quatre-vingt douze incidents sur fond de tensions communautaires ont été enregistrés dans l’ensemble des régions de Mopti et Ségou et dont quatre-deux sont attribuables à des membres de groupes armés d’auto-défense. Ces incidents ont conduit à la mort d’au moins 250 civils, dont plusieurs dizaines de femmes, d’enfants, et à des déplacements répétés de populations.

C’est au cours du traditionnel point de presse hebdomadaire de la MINUSMA que son Directeur de la Division Droit de l’Homme, Guillaume Ngefa, a confié aux hommes de médias ces données, tirées du rapport sur la situation sécuritaire au pays dans les trois derniers mois. Selon lui, le 1er janvier 2019 à Koulogon dans la région de Mopti, la mission de l’ONU avait déployé une mission spéciale d’enquête composée de chargés des droits de l’homme de la MINUSMA, de la police scientifique des Nations Unies ainsi que des collègues de l’information publique. « Aussi, l’enquête a permis d’établir qu’au moins trois personnes – trois victimes peules tuées lors de l’attaque – ont été mutilées : deux ont eu les mains coupées et un autre les mains et les parties génitales tranchées. Donc les villageois ont imputé ces mutilations aux dozos, comme faisant partie de leurs pratiques rituelles », a-t-il précisé.

Pour Guillaume Ngefa, des 173 cases d’habitation appartenant à la communauté peule et la quasi-totalité des greniers ont été effectivement détruits. « Donc 92 incidents sur fond de tensions communautaires dans l’ensemble des régions de Mopti et Ségou dont 82 sont attribuables à des membres de groupes armés d’auto-défense. Ces incidents ont conduit à la mort d’au moins 250 civils, dont plusieurs dizaines de femmes, d’enfants, et à des déplacements répétés de populations», a-t-il ajouté.

Selon le Directeur de la Division Droit de l’Homme de la MINUSMA, les assaillants de ces atrocités étaient armés de fusils automatiques, de type AK47 et de fusils de chasse. « Les analyses de la police scientifique et technique de la MINUSMA démontrent que 48 sur 71 douilles collectées et analysées proviennent d’armes automatiques, et 23 étuis de cartouches de calibre 12, utilisées pour les fusils de chasse traditionnels. Et c’est ce type d’arme que nous avons effectivement constaté dans nos enquêtes antérieures dans d’autres incidents similaires qui se sont passés dans la région », a-t-il expliqué.

En parlant de l’attaque d’Heremakono qui a eu lieu le 13 mai 2019, Guillaume Ngefa a confirmé que cette action a été menée par un groupe composé d’environ 80 hommes, identifiés comme des chasseurs traditionnels (dozos) de la communauté bambara, arrivés à bord des motos et armés de fusils de chasse et fusils automatiques. « 13 personnes, dont le chef du village et sa femme, ont été tuées au cours ou des suites de l’attaque, et huit autres personnes ont été blessées dont 3 femmes et un enfant. Les assaillants, toujours dans le même modus operandi, ont incendié volontairement 7 habitations et pillé des biens appartenant aux victimes », a-t-il rappelé.

245 atteintes à la sécurité !

Toutefois, le Directeur de la Division Droit de l’Homme de la MINUSMA conclut que ces tensions sont aussi particulièrement attisées par des actions d’éléments affiliés à la mouvance extrémiste « Groupe de soutien à l’islam et au musulman », plus connu sous le nom de JNIM, et des membres de confréries de chasseurs traditionnels.

Dans son rapport de 22 pages sur la situation sécuritaire dans les trois derniers mois publié le 31 mai 2019, ONU souligne : « La région centrale du Mali – où, selon les estimations, vivent 30 % des 20 millions d’habitants du pays – est restée celle où l’on a enregistré le plus grand nombre d’attaques contre des civils et de victimes civiles, en raison d’une nouvelle intensification des affrontements et de la violence intercommunautaires, ainsi que des attaques par des groupes terroristes et des milices d’autodéfense. Les violences intercommunautaires ont été les plus marquées essentiellement dans les cercles de Koro et de Bankass, dans la région de Mopti, entre Dogons et Peuls, et dans le cercle de Djenné, toujours dans la région de Mopti, entre Peuls et Bambara.»

Le même document précise qu’au total, il y a eu 245 atteintes à la sécurité au cours desquels 333 civils ont été tués et 175 blessés, ainsi que 145 signalements d’enlèvements de civils, contre 267 atteintes à la sécurité, 225 morts et 149 blessés pendant la période précédente. « Au cours de la période considérée, on a recensé 10 explosions, qui ont fait 11 morts et 26 blessés parmi des civils dans les régions du centre du pays », peut-on lire dans le rapport.

67 soldats tués et 51 blessés !

Selon le même rapport, 67 soldats ont été tués et 51 blessés au cours de 35 attaques survenues au nord et au centre du pays. « Les Forces de défense et de sécurité maliennes sont restées les principales cibles et victimes d’attaques menées par des groupes terroristes. Au cours de la période considérée, elles ont été la cible de 35 attaques, au cours desquelles 67 soldats ont été tués et 51 blessés, soit une augmentation par rapport aux 37 morts et 47 blessés enregistrés pendant la période précédente. Les attaques contre les Forces de défense et de sécurité maliennes ont été les plus nombreuses dans les régions de Mopti (20 attaques), de Tombouctou (8 attaques), de Gao (4 attaques), de Ménaka (2 attaques) et de Koulikoro (1 attaque). L’attaque complexe menée le 17 mars contre les Forces armées maliennes à Dioura, dans la région de Mopti, a été la plus meurtrière : 26 soldats ont été tués. Au cours d’une attaque contre un avant-poste des Forces de défense et de sécurité maliennes à Guiré, dans la région de Koulikoro, le 21 avril, 11 soldats ont perdu la vie. Au total, 12 attaques ont visé la MINUSMA, 11 attaques ont visé des groupes armés signataires et une attaque a visé des forces internationales », peut-on lire dans le document.

Ousmane BALLO

Source: Ziré-Hebdo