Les engins explosifs improvisés, principale menace contre l’armée française au Sahel, soulignent le caractère vicieux d’une guerre asymétrique qui s’étend.

« Ça débarque ! », crie le caporal Kevin. Le chauffeur du blindé fait taire le moteur. A l’arrière du véhicule, les têtes endormies, cachées sous les casques, se relèvent. Il est 6 h 30 du matin, ce 23 avril. L’opération de reconnaissance de quatre jours dans le Gourma-Rharous, un territoire du nord malien proche des régions du centre, vient d’être lancée.

Soixante-dix hommes de l’opération française « Barkhane », déployée au Sahel pour lutter contre les « groupes armés terroristes », y sont engagés. « Il y a une menace IED. Il faut que nous vérifions le terrain », explique le caporal Margot, en regardant ses frères d’armes descendre du blindé.

« RAS », dit le caporal Kevin en remontant à bord. Les engins explosifs improvisés, appelés IED, sont la principale menace pour les 4 500 hommes de « Barkhane ». Enfouis dans le sol par les groupes armés, ces explosifs artisanaux, confectionnés avec les moyens du bord, se déclenchent au passage des véhicules et des hommes. Au Sahel, ils sont responsables de huit des quinze pertes enregistrées par l’opération depuis le début de son déploiement, il y a bientôt cinq ans.

« C’est l’arme des lâches. Ils posent leurs explosifs et ils s’en vont, sans nous affronter », explique, amer, l’un des hommes déployés dans cette nouvelle opération de reconnaissance. Ce soldat, qui souhaite garder l’anonymat, dit avoir vu le médecin capitaine Marc Laycuras mourir ainsi, début avril, dans le Gourma. « Il a sauté sur un IED », soupire-t-il. Lors de l’opération « Bourgou », menée entre le 25 mars et le 11 avril, « Barkhane » a perdu un homme et a annoncé avoir neutralisé une trentaine de djihadistes. Les militaires français ont aussi découvert une de leurs bases logistiques. « C’était la caverne d’Ali Baba des terroristes. Nous sommes tombés sur un centre de fabrication d’IED. Il y avait des centaines de kilos d’explosifs », assure un autre soldat de « Bourgou ».

Par Nathalie Guibert et Morgane Le Cam

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