Le président de la République, Ibrahim Boubacar Kéïta, est comme pris dans un étau. D’un côté, ce sont les leaders religieux, principalement Mahmoud Dicko, président du Haut Conseil Islamique du Mali (HCI)  et le chérif de Nioro, M’Bouillé Haïdara, qui le menacent, à côté d’une opposition qui l’attend au tournant. De l’autre côté, c’est son propre parti qui le bouscule. Un véritable étau qui se resserre autour du président IBK qui semble avoir une marge de manœuvre extrêmement réduite.

La réunion restreinte du 11 avril 2019 entre le groupe parlementaire du Rassemblement Pour le Mali (RPM) et le président du parti, Dr. Bocari Tréta, sur la motion de censure contre le Premier ministre, Soumeylou Boubèye Maïga et son gouvernement ouvre désormais un grand boulevard aux détracteurs du régime. Elle met également le président de la République, Ibrahim Boubacar Kéïta, dans un sérieux dilemme.

Selon une source proche du parti, le bureau national du RPM est favorable à cette motion de censure. Une chose qui réduit considérablement la chance du tigre (Soumeylou Boubèye Maïga). Mais pour l’heure, l’on attend impatiemment la réaction du président de la République qui a déjà reçu son Premier ministre le lendemain de cette réunion des députés du RPM. Le repli d’IBK devant ces doléances consiste à sacrifier Soumeylou Boubèye Maïga qu’il considère comme son sauveur. S’il tient tête en gardant son Premier ministre pour faire juste un réaménagement ministériel, il risque d’avoir un sérieux blocable au sommet de l’Etat.

Vu que la majeure partie du bureau politique national du RPM est déjà favorable à la décision du groupe parlementaire, IBK n’a qu’une porte de sortie : la médiation. Il faut faire en sorte que ces dissidents fassent machine arrière. Car, ce groupe parlementaire RPM justifie cette motion de censure par la nécessité d’un acte qui s’inscrit dans l’intérêt supérieur de la nation.

Désormais, le président de la République se trouve plongé dans un embarras politique tant sur le plan national que sur le plan international. En effet, face à une majorité parlementaire et présidentielle qui ne répond plus, il y a une communauté internationale qui continuer de monter la pression. Déjà à l’issue de sa réunion sur le Mali, tenue le 29 mars 2019 à New York, le Conseil de Sécurité de l’ONU a annoncé, dans une déclaration : « Le Conseil de Sécurité insiste sur l’achèvement rapide de la réforme constitutionnelle à l’issue d’un processus inclusif de collaboration, avec la participation sans réserve et l’assentiment du gouvernement, des parties armées signataires, de l’opposition politique et de la société civile. »

Ce qui est sûr, le changement à la tête du gouvernement risque encore de ralentir ce processus de la réforme constitutionnelle. Or, chaque minute qui passe est précieuse pour le Mali dans la recherche de solution à la crise et surtout aux yeux de la communauté internationale qui pense déjà que le processus est trop lent. En outre, le maintien de Soumeylou Boubèye Maïga peut également impacter négativement ledit processus et pourrait aussi pousser les députés à une décision extrême. Une chose qui pourrait même bloquer la réforme constitutionnelle.

Si certains pensent que la solution serait de dissoudre l’Assemblée nationale en cas d’adoption de la motion de censure, le président en toute sagesse doit d’abord user des voies du dialogue et de la médiation avec l’ensemble des parlementaires de son parti et de la mouvance présidentielle. Cela, pour trouver un consensus politique autour de ses projets. 

Ousmane BALLO

Source : Ziré-Hebdo