Le 8 avril 2019, à la faveur de la cérémonie officielle de présentation des résultats de «l'enquête nationale sur les besoins et la satisfaction des Maliens en matière de justice» dont le rapport révèle une crise de confiance entre la justice et les usagers, l’ancien ministre de la Justice sous la transition de 2012, Me Malick Coulibaly, actuellement président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH)a fait une sortie inattendue pour défendre l’appareil judiciaire de notre pays. D’autant plus que son image se trouve présentement très écorchée, suite à des accusations de corruption, portées contre certains gardiens du Temple. 

Alors que les résultats de cette enquête indiquent que les Maliens n’ont pas, dans l’ensemble, beaucoup confiance en leur système judiciaire, Me Coulibaly a estimé que les critiques sont toujours portées contre les acteurs de la justice sans que personne ne fasse l’effort d’évaluer les besoins pour un meilleur fonctionnement de l’appareil judiciaire.

Selon Me Malick Coulibaly, qui a été élu le fonctionnaire le plus honnête et intègre du Mali par l’AccountabilityLaben décembre 2018, la justice ne doit pas être portée à tour de bras. Dans beaucoup de nos juridictions aujourd’hui, a-t-il fait savoir, les magistrats et les autres acteurs judicaires n’ont que la lumière du jour pour travailler. « Vous voulez quelle justice après ? » s’est-il interrogé.

Et de poursuivre : «Dans nos commissariats, comme moyens de déplacement, vous n’avez qu’un véhicule, souvent en piteux état. Et quand vous avez un bon véhicule, c’est un ticket de carburant de dix litres pour le trimestre. On ouvre la porte à la corruption. »

Pour l’ancien ministre, la justice n’a pas vocation à se débrouiller, mais elle se débrouille au Mali. «Et tant qu’elle se débrouillera, quelle que soit la bonne volonté des acteurs judiciaires, il est illusoire qu’on puisse s’attendre à une justice de qualité », a-t-il souligné. Me Malick Coulibaly a également précisé que l’on doit évaluer les besoins de la justice au Mali, en termes de ressources humaines, matérielles et financières minimales pour la faire bien fonctionner.

Par ailleurs, a-t-il rappelé que, depuis la sortie du président du Conseil national du Patronat du Mali, Mamadou Sinsy Coulibaly, le vendredi 15 mars 2019, contre le président de la Cour Suprême, Nouhoum Tapily, les débats autour de la corruption au Mali, notamment de la justice, défraient la chronique. Alors que ce sont les juges qui sont mis au banc de la société en la matière, quoi de plus normal que ce soit un membre de la famille judiciaire qui vole à leur secours.

Ce 8 avril 2019, le plaidoyer de l’ancien ministre, Me Malick Coulibaly, vient mettre en cause certaines mauvaises perceptions et présente la justice comme une victime du système. Le moins qu’on puisse dire, c’est que les défaillances du système judiciaire, où la corruption est présentée comme un facteur de manque de confiance des citoyens en leur justice, nuisent considérablement à la légitimité de l’État.

Selon le rapport sur les droits de l’homme de 2016 du département d’État américain, « la concussion et le trafic d’influence » sont « répandus » au sein des tribunaux. Ainsi, plus de 59,3 % des personnes interrogées dans le cadre de l’Afro baromètre 2016-2018 estimaient que la totalité ou presque des juges et des magistrats du Mali étaient impliqués dans la corruption et 26,6 % considéraient que certains d’entre eux étaient impliqués dans la corruption (Afro-baromètre 2017).

Parmi les entreprises consultées dans le cadre de l’enquête de la Banque mondiale, 43,8 % considéraient la justice malienne comme un obstacle majeur à la conduite de leurs affaires, contre une moyenne de 18,3 % pour l'Afrique subsaharienne (Banque mondiale 2016). En 2016, le Mali a obtenu une note de 32 sur 100 à l’indice de perceptions de la corruption de Transparency International, sur une échelle allant de 0 (extrêmement corrompu) à 100 (très peu corrompu). Ainsi, le Mali occupe la 116e place sur 176 pays en 2016. Il se situe dans la médiane en Afrique subsaharienne où il est classé 19e sur 44 pays (rapport Transparency International 2016).

A.O

Source : Ziré-Hebdo