Dans une interview accordée à nos confrères de Mikado FM sur la réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU sur le Mali et la situation dans le centre du pays, tenue le 29 mars 2019 à New York, le Chef de la MINUSMA, Mahamad Saleh Annadif, reconnaît que la MINUSMA ne pourra pas répondre à toutes les attentes en termes de paix et de sécurité dans le pays et invite, à cette occasion, les Maliens à prendre aussi leur part de responsabilité.

Au cours de cet entretien, le patron de la MINUSMA a déclaré : « J’interagis beaucoup avec la classe politique, la société civile. Je crois que la perception a évolué et je donne raison aux Maliens. Leurs attentes sont nombreuses. Mais quelles que soit ces attentes, la MINUSMA ne pourra pas répondre à toutes. Il faut que les Maliens prennent aussi leur part de responsabilité et c’est en cela que nous sommes interpellés et les derniers évènements nous le rappellent. »

Parlant de la protection des civils, Mahamad Saleh Annadifa déclaré : « La protection des civils qui fait partie de notre mandat, nous comptons l’assumer autant que possible. Depuis la semaine dernière, nous avons réfléchi à une intervention conjointe, avec les forces de défense et de sécurité malienne et la MINUSMA pour qu’on puisse mutualiser nos forces et nos capacités. Et quand vous entendez un concept d’opération au niveau du centre, on y avait déjà pensé, mais les derniers évènements d’Ogossagou nous ont interpellés. Et aujourd’hui nous avons commencé le déploiement. Mutualiser nos forces et nos capacités pour faire quoi ? Pour réaliser cet objectif de protection des civils. Comment faire ? Nous voulons couvrir toute cette zone du centre, particulièrement Bankass, Koro, Bandiagara, jusqu’à la frontière avec le Niger. Déployer autant que possible nos forces, d’abord pour rassurer la population. Pour lui dire que les forces de défense et de sécurité malienne et la MINUSMA sont présentes. Deuxièmement, sécuriser ces axes pour que les humanitaires puissent intervenir et secourir ces populations. Parce que nous sommes à la veille de l’hivernage, ces populations ont beaucoup perdu. Comment faire pour qu’elles ne puissent pas rater la saison qui va commencer. Elles n’ont pas de semences, de vivres et la saison de soudure va débuter. C’est pourquoi, il faut permettre aux humanitaires de venir. »

Selon lui, beaucoup de choses se sont passées depuis janvier et il y a eu beaucoup de morts. « Il y a eu beaucoup de souffrances. Nous allons faciliter les choses pour que la chaîne judicaire de l’État malien puisse se déployer et faire son travail. C’est pour cela qu’on a transporté le procureur de la République plus de trois fois, mais pour qu’on soit crédible et audible auprès de ces populations qui attendent, on a besoin de savoir ce qui a été fait jusque-là. Et c’est en cela que nous disons au gouvernement, qu’est-ce que les enquêtes vous ont révélé ? Est-ce qu’il y a des suspects, des coupables ? C’est en cela que nous allons mutualiser nos forces», a-t-il souligné. 

Après avoir précisé que seul le Conseil de Sécurité est habilité à adopter la résolution qui va reconfigurer le mandat de sa force, le patron de la MINUSMA a insisté sur la complexité de la situation en ces termes : « Je crois que nous sommes tous conscients qu’il faut se réadapter, se réajuster. On est face a une guerre asymétrique où l’ennemi est invisible, où l’ennemi est mobile, où l’ennemi n’a pas de frontières. Comment faire pour que nous nous adaptions à ce contexte ? Ce n’est pas facile. La guerre asymétrique, on sait quand elle commence, mais on ne sait jamais quand elle finit. La question, c’est comment être plus efficace et réunir les atouts pour rassurer la population? »

Ousmane BALLO

Source : Ziré-Hebdo