A la suite des attaques perpétrées au centre du pays dont la dernière a fait plus de 160 morts à Ogossagou dans le cercle de Bankass, le Mali était au centre des débats au Conseil de sécurité ce jeudi 28 mars 2019. Si Paris et Moscou estiment qu'une «dynamique positive» est en cours pour la mise en œuvre de l'accord pour la paix, les États-Unis, menacent de leur coté de revoir la configuration de la force de l'ONU dans le pays.

Le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian s'est appuyé sur ce massacre de 160 villageois d’Ogossagou pour demander au gouvernement malien de désarmer « les milices qui sèment la terreur » dans cette partie du pays. Selon lui, les progrès enregistrés dans l'application de l'accord pour la paix de 2015 sont à « confirmer » et à «inscrire dans la durée». Si la Russie partage cette « dynamique positive» évoquée par la France, le conseil de sécurité constate que des retards ont été pris dans la réforme constitutionnelle et le déploiement de services administratifs et de forces de sécurité dans le nord du pays. Selon le sous-secrétaire d'Etat aux Affaires politiques, David Hale «l'heure n'est pas au renoncement mais les États-Unis attendent des progrès de taille », dans le domaine de la réforme constitutionnelle, la réintégration dans l'armée de combattants des groupes armés et le fonctionnement de services administratifs. Sur le massacre d'Ogossagou, le responsable américain a souligné que les 14.000 Casques bleus de la Minusma avaient «la responsabilité de la protection des civils dans tout le Mali et pas seulement dans le nord ». Les Etats unis demandent au secrétaire général de l'ONU, dans la perspective du renouvellement du mandat de la Minusma en juin« des options pour adapter la Minusma à la réalité du terrain » si la situation ne s'améliore pas. Le secrétaire général de l’Onu a engagé la communauté internationale à maintenir son appui au MaliAntonio Guterres affirme voir «de forts risques que la situation dégénère». «Les forces internationales doivent accroître la riposte», a-t-il estimé. Cependant le ministre français a demandé aux autorités d'élaborer « une nouvelle feuille de route» pour ce qu'il reste à accomplir dans l'accord de paix, dont la mise en œuvre s’avère selon lui « impossible » sans la Minusma. Jean Yves Le Drian a également évoqué l'hypothèse de «nouvelles sanctions contre ceux qui entravent l'application de l'accord de paix». Trois ans et demi après l'accord de paix de 2015, des zones entières du pays échappent encore au contrôle des forces maliennes, françaises et de l'ONU, régulièrement visées par des attaques.

Pour certains analystes, les récentes attaques au centre remettent en cause la stratégie utilisée jusque-là dans la lutte contre l’insécurité au centre du Mali. Selon Pr Aly Tounkara, pour venir à bout de ce fléau, il faut que les forces étrangères évoluent sous la coupole de la hiérarchie militaire malienne.