La liberté provisoire accordée au chef de l’ex-junte et à ses compagnons  continue de susciter des réactions au niveau des organisations de défense des droits humains. Après l’AMDH, la FIDH, c’est au tour d’Amnesty International de  monter au créneau pour dénoncer «une impunité» et un « déni de justice» aux victimes qui ne feront que semer la discorde dans le pays et perpétuer les violations des droits humains. Aussi, cette organisation met en  garde les autorités maliennes.

Selon Ousmane Diallo, chercheur d’Amnesty International chargé  de l’Afrique de l’Ouest, la liberté  provisoire accordée au chef de l’ex-junte et à ses compagnons est un nouveau coup aux familles  des 21 parachutistes assassinés : «Cette libération provisoire du général Amadou Haya Sanogo met en doute l’engagement des autorités à rendre justice et vérité aux familles des 21 soldats assassinés….Cela fait près de huit ans que les corps des soldats ont été découverts dans une fosse commune, et la justice reste insaisissable. Le procès de Sanogo et de ses coaccusés devait reprendre plus tôt ce mois-ci, mais a de nouveau été reporté à la dernière minute. Maintenant, les familles des victimes ont reçu un nouveau coup avec la nouvelle que Sanogo se promènera en liberté en attendant le début de son procès », a-t-il déclaré.

Ousmane Diallo ajoute : « bien que cette décision soit conforme aux droits de la défense, cette évolution ne doit pas faire oublier l’obligation des autorités de juger les suspects sans plus attendre pour leurs crimes présumés ». Aussi, M. Diallo est convaincu que « l’impunité et le déni de justice pour les victimes ne pourront que nourrir la discorde nationale par la perpétuation de violations des droits de l’homme ». Avant de lancer cet appel pressant aux dirigeants maliens : «Nous exhortons les autorités maliennes à veiller à ce que toutes les violations graves des droits de l’homme fassent l’objet d’enquêtes et de poursuites, et à respecter le droit des victimes à la vérité et à la justice et le droit de l’accusé à un procès équitable».

Le report du  procès le 13 janvier 2020,  avait suscité  l’ire  de l’organisation de défense des droits de l’homme. Ainsi dans un communiqué, Amnesty international, estimait que cette décision (le report  du procès) prolongeait  la souffrance des familles de victime. « Huit années se sont écoulées depuis l’enlèvement et l’exécution extrajudiciaire de ces 21 parachutistes maliens. Les familles ont déjà attendu trop longtemps que justice soit faite. Repousser la reprise du procès à ce stade tardif prolonge leur souffrance et bafoue l’obligation faite à l’État d’administrer la justice et d’œuvrer à la manifestation de la vérité avait indiqué l’organisation. Avant d’ajouter : « cela fait six ans que les accusés ont été arrêtés ou inculpés. Ce retard prolonge non seulement l’attente des familles de victime mais viole également le droit des accusés d’être jugés dans un délai raisonnable, en particulier dans la mesure où certains d’entre eux sont détenus depuis le début. »

L’enquête sur ces exécutions extrajudiciaires a débuté après la découverte des corps dans une fosse commune, à Diago. Le procès s’est ouvert le 30 novembre 2016 mais a été ajourné le 8 décembre pour des questions de procédure.

L’organisation exhorte les autorités  maliennes à veiller à ce que toutes les graves violations des droits humains fassent l’objet d’une enquête et de poursuites, et à respecter le droit des victimes à la vérité et à la justice ainsi que le droit des accusés à un procès équitable. : « Nous appelons les autorités maliennes à amener les responsables présumés de tous les crimes de droit international et d’autres graves violations des droits humains commis par toutes les parties depuis 2012 à répondre de leurs actes », a  averti Ousmane Diallo.

En outre Amnesty s’inquiète  de  la loi de réconciliation promulguée en 2019  qui accorde une amnistie pour un certain nombre d’infractions, à l’exclusion explicite des crimes de droit international. Mais  Amnesty International craint que, dans la pratique, ce texte ne serve à empêcher, pour des raisons politiques, les poursuites concernant de graves violations des droits humains. Cela suscite de profondes préoccupations, par exemple, quant aux enquêtes sur les homicides illégaux commis dans des villages comme Nantaka et Kobaka en 2018 et Ogossagou et Sobane-Da en 2019.

Mémé Sanogo

Source: L’Aube