Les groupes jihadistes actifs au Mali ne montrent "pas de dispositions très évidentes" à un dialogue, a estimé jeudi à Bamako le chef des opérations de la paix de l'ONU, Jean-Pierre Lacroix. "Je crois que ce qui est important, quand on parle de dialogue avec des parties, quelles qu'elles soient, c'est: Est-ce qu'il y a une disposition au dialogue? Pour faire quoi? Et est-ce que les actes correspondent à un minimum de prédisposition au dialogue?", a expliqué M. Lacroix lors d'une conférence de presse.

"S'il y a des représentants des autorités maliennes qui sont tués, attaqués, les écoles qui sont attaquées, fermées, la population harcelée..., ce ne sont pas des symptômes de prédisposition au dialogue très très évidents", a ajouté le secrétaire général adjoint des Nations unies.Dimanche, une attaque revendiquée par le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM), la principale alliance jihadiste du Sahel, liée à Al-Qaïda, contre le camp de la gendarmerie de Sokolo, proche de la frontière mauritanienne, a coûté la vie à 20 militaires maliens.

Le centre du Mali, ainsi que le Burkina et le Niger voisins, ont connu ces derniers mois une succession d'attaques jihadistes meurtrières contre les soldats et les civils, sans que les forces nationales et étrangères présentes dans la région parviennent à les enrayer.Face à ce cycle de violences, le groupe de réflexion International Crisis Group (ICG) a recommandé en mai d'établir un dialogue avec les jihadistes et leurs partisans, préconisant "un changement de cap" combinant pression militaire, dialogue et désarmement pour amener les chefs jihadistes à la table des négociations.

Les dirigeants maliens ont jusqu'à présent rejeté officiellement ce dialogue.Mais la semaine dernière, le haut représentant pour le centre du Mali du président Ibrahim Boubacar Keïta, l'ex-président Dioncounda Traoré, a indiqué avoir "personnellement envoyé des émissaires en direction de (Amadou) Koufa et Iyad (ag Ghali)", les deux principaux dirigeants jihadistes du pays. "Nous sommes prêts à lancer les passerelles pour dialoguer avec tout le monde.

Tout conflit se termine par un dialogue. Il faut à un moment donné s'asseoir autour d'une table et discuter. Si on peut préserver des vies humaines et éviter des violences gratuites, pourquoi pas ?".

"Au moment où je vous parle, le gouvernement n'a pas engagé de contact avec les gens de la brousse", a toutefois affirmé mardi le chef de la diplomatie malienne, Tiébilé Dramé."Il y a eu plusieurs déclarations émanant d'autorités maliennes, et évidemment nous allons suivre avec beaucoup d'intérêt ces différentes prises de position", a dit jeudi Jean-Pierre Lacroix.

Il a également relevé quelques "perspectives encourageantes", en particulier le redéploiement prévu prochainement de l'armée malienne dans des villes qui échappent de longue date à l'autorité de l'Etat malien, dont Kidal (nord). "Je suis convaincu que ce sera une étape extrêmement importante sur le plan sécuritaire, politique, symbolique".

Source: AFP