Ahurissant, désopilant, révoltant ! Comment ne pas sentir la nausée devant le spectacle horrible que nous impose l'actualité ! Chaque année depuis des décennies, nous croyons que nous connaissons le comble de la déchéance morale et spirituelle. Nous prions pour conjurer les mauvais sorts. Nous offrons à nos dieux particuliers des sacrifices. Politiciens, nous faisons nos incantations de charme sans fin. Nous invectivons les voix contraires pour mettre en avant nos thèses supposées éclairées à la lumière de Harvard ou de la Sorbonne ! Nous nous pavanons sur nos ergots de grands maîtres en tout. Et pourtant ! Nos idées précieuses ne sont que pacotilles face à l'intransigeance des enseignants qui s'estiment grugés et réclament justice ; face à la colère des populations jeunes qui sont lassées d'entendre travail, patience et espoir, sans percevoir le moindre bout d'avenir ; face à la détermination des djihadistes qui ne se lassent pas de tuer pour servir leur dieu qui semble se nourrir de sang humain ; bref face à la cruauté du sort !   On a l'impression de se trouver  dans un jardin potager où tous les arbres, faute de sève, sont morts et les fruits, faute d'eau et de soleil, sont pourris. L'odeur empeste l'air. Surtout l'odeur du sang. Celui que versent ces êtres immondes qui ont fait de la terreur plus qu'un mode d'expression, une religion. Ces enfants maudits du ciel qui volent, violent et violentent des âmes innocentes dont le malheur est toujours de se trouver sur leur chemin quand il ne faut pas.

La chienlit entretenue par des condescendances politiques opportunistes ponctuelles est en train de prospérer au grand dam de ceux qui voulaient l'exploiter pour jouer sur les peurs du peuple. Aujourd'hui, ce sont les forces de défense et de sécurité maliennes qui sont en train de payer les frais amers de cette inconscience humaine qui montre à suffisance la face sombre de nos intelligences limitées. Demain, chaque citoyen pourrait se voir menacé dans son quotidien au point d'avoir peur de sa propre ombre ! Demain ? Mais la hantise a déjà commencé ! Bamako est sous menace et vit dans une angoisse indicible, vu le niveau effrayant du banditisme qui est un corollaire logique du djihadisme. Et j'entends encore cette voix tremblotante d'une vieille citoyenne désabusée qui m'a dit il y a peu : « On est foutus dans ce pays ! Tout est pourri. » Vous avez dit pourri, madame ? Eh oui, tout à l'air d'être vraiment pourri. Et quand c'est pourri, c'est pourri ! A bon entendeur...

MINGA S. Siddick

Source : Ziré