L’un, annoncé tué dans la nuit du 22 au 23 novembre 2018 dans un raid mené par les forces Barkhane et l’Armée malienne, est ressuscité le 28 février 2019. Il s’agit de Amadou Diallo connu sous le nom de Amadou Koufa, prédicateur peul et chef de la katiba Macina affiliée à Al-Quaïda et membre du Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM), principale alliance jihadiste du Sahel. Il est actuellement placé sur la liste noire des Etats-Unis d’Amérique.

L’autre, Iyad Ag Ghali, un touareg glissé rapidement dans le terrorisme et chef du GSIM. Il a revendiqué plusieurs attaques au Mali, au Niger et au Burkina Faso, dont certaines ont visé les forces Barkhane et celles de l’ONU dans notre pays. Fugitif et très proche de l’‘’Etat islamique du Grand Sahara” (EIGS), Iyad est aussi présentement l’ennemi numéro 1 de la Force Barkhane dans le Sahel.

Ce sont désormais avec ces deux grosses figures terroristes et jihadistes que les autorités maliennes s’apprêtent à négocier. C’est le Haut représentant du chef de l’Etat pour le centre, Pr. Dioncounda Traoré, qui l’a fait savoir le 23 janvier 2020, lors d’une conférence de presse en ces termes: « Dialoguer avec Koufa et Iyad ? Pourquoi pas ! Nous sommes prêts à lancer des passerelles pour dialoguer avec tout le monde. Nous ferons en sorte qu’ils soient convaincus. »

Pour l’heure, tout porte à croire qu’il est absurde de demander à ces fous de Dieu et trafiquants de drogues de ranger leurs armes au nom de l’Islam pour faire la paix avec leurs frères et sœurs. Ou alors, les autorités vont-elles encore mettre en avant l’argent comme seul moyen de négociation ? Cette dernière option a toujours été prisée par les différents gouvernements qui se sont succédé, mais elle n’a pu rien résolu de manière pérenne. 

Même si rien de ces deux options n’est encore officiel, Dioncounda Traoréannonce, d’ores déjà : «Tout conflit se termine par un dialogue. Il faut à un moment donné, s’asseoir autour d’une table et discuter. Alors, si on peut préserver des vies humaines et éviter des violences gratuites, pourquoi pas ? On essaye le dialogue avec tout le monde sans exclusion. Personnellement, j’ai envoyé des émissaires en direction de Koufa et Iyad pour leur dire que je suis disposé à discuter avec eux.»

Des incohérences

Alors que le Sommet de Pau du13 janvier 2020 a décidé de la mise en place d’un commandement conjoint Forces Barkhane-Forces conjointes du G5 Sahel pour traquer tous les groupes armés terroristes dans le Sahel, principalement l’Etat islamique du Grand Sahara (EIGS), le Haut représentant du chef de l’Etat pour le centre annonce ces négociations qui risquent de freiner  ou d’aller à l’encontre des grandes opérations en cours dans ces différentes localités concernées.

D’autant plus qu’un rapport de l’Institut d’Etudes de Sécurité (ISS) publié en fin décembre 2019, a révélé que tous les groupes armés présents en Afrique de l’Ouest se côtoient dans le Liptako-Gourma, une zone à cheval entre le Burkina, le Mali et le Niger en plein sahel où ces groupes armés terroristes préparent leurs attaques meurtrières et font des trafics d’armes, de drogues, de motos, de carburant…

Conscient de l’annonce du président français, Emmanuel Macron, sur l’envoi de 220 soldats supplémentaires aux forces Barkhane pour intensifier cette lutte contre les terroristes dans l’espace sahélo-saharien pour avoir reconnu : « LaFrance a décidé qu’elle va répondre à l’appel de nos dirigeants et elle va rester. Envoyer 220 personnes de plus, ça veut dire que je suis là, j’y reste »,Dioncounda Traoré veut-il faire croire que Amadou Koufa et Iyad Ag Ghali ne font pas partie de ces terroristes à neutraliser ? Difficile de répondre à cette question aussi tôt.

Seulement, il reste à savoir si cette initiative de Dioncounda pourra permettre le retour de la paix et de la stabilité dans le centre et dans le nord du pays. Sans être pessimiste, il est difficile de satisfaire aux besoins ou exigences de ces groupes terroristes en préservant les caractères d’un État laïc, démocratique et libre.

Ousmane BALLO

Source : Ziré