Selon un rapport de l’Institut d’Etudes de Sécurité (ISS) publié en fin décembre 2019, tous les groupes armés présents en Afrique de l’Ouest se côtoient dans le Liptako-Gourma, une zone à cheval entre le Burkina, le Mali et le Niger. «Groupes extrémistes violents, groupes armés maliens signataires de l’Accord de paix et groupes d’autodéfense, tous sont impliqués, directement ou indirectement, dans des activités illicites et dans des confits locaux », précise ledit document. Aussi, le rapport va-t-il plus loin : « La légitimité que confère aux groupes armés, leur participation au processus de paix, ainsi que la marge de manœuvre dont ils jouissent dans le nord du Mali, leur permettent de constituer des stocks d’armes, dont une partie alimente un marché illicite.»

De ce rapport de 28 pages sur l’Afrique de l’Ouest dont les enquêtes ont été menées par William Assanvo, Baba Dakono, Lori-Anne Théroux-Bénoni et Ibrahim Maïga, il ressort que les activités illicites sont au cœur des stratégies de survie, d’implantation et d’expansion des groupes extrémistes dans
le Liptako-Gourma. Il s’agit, notamment des trafics d’armes, de drogues, de motos, de carburant, du vol ou de l’enlèvement de bétail, de l’orpaillage et du braconnage.

Selon le rapport, ces activités illicites permettent aux groupes extrémistes violents de générer localement des ressources financières (vente de bétail volé, prélèvement de la zakat– impôt – sur le bétail, activités d’orpaillage) afin de se procurer des moyens de subsistance, notamment des biens de consommation (aliments, médicaments, etc.) et des moyens opérationnels (armes, munitions, motos, pièces détachées, carburant, moyens de communication).

Le rapport révèle également que les armes sont au cœur de l’action des groupes extrémistes violents. « Elles leur permettent d’entretenir l’état de belligérance et la posture insurrectionnelle qui les caractérisent. Ces groupes disposent d’un armement varié constitué principalement de fusils d’assaut (AK 47/kalachnikov), de mitrailleuses légères (PK), de mitrailleuses lourdes (12,7mm et 14,5mm), de lance-roquettes (RPG) et de mortiers. Ils ont également recours à des engins explosifs improvisés. Deux principaux canaux d’approvisionnement ont été mis en lumière par

la recherche : les trafiquants d’armes et les armes récupérées à la suite d’attaques de positions et de casernes des forces de défense et de sécurité »,a-t-il.

La provenance des armes !

Si le trafic d’armes en Afrique de l’Ouest, notamment au Sahel, est alimenté depuis plusieurs décennies par les armes disséminées à la suite des différentes rebellions au Mali (1991-1996, 2006 et 2012) et par les  flux d’armes provenant des rebellions et guerres civiles au Libéria (1989-1996 et 1999-2003), en Sierra Leone (1991-2002), au Niger (2007-2009), en Côte d’Ivoire (2002-2011) et la chute du régime du président libyen Mouammar Kadhafi en 2011, les experts de ISS affirment que certains clients de ces trafiquants d’armes sont, à leur tour, devenus des maillons importants. «C’est le cas de groupes armés signataires maliens dont le rôle dans le marché illicite d’armes dans le centre du Mali et à la frontière entre le Mali et le Niger est évoqué par de nombreux interlocuteurs. Le nom du MNLA revient à plusieurs reprises. Dans le Nord Tillabéry, des membres de ce groupe sont présentés comme des intermédiaires dans le trafic d’armes. La légitimité que confère aux groupes armés, leur participation au processus de paix, ainsi que la marge de manœuvre dont ils jouissent dans le Nord du Mali, leur permettent de constituer des stocks d’armes, dont une partie alimente un marché illicite », précisent-ils.

Tous les groupes armés impliqués dans le trafic de drogues

Aussi dans le Liptako-Gourma, le rapport témoigne que le trafic et la consommation de drogues sont une réalité. « Dans le Nord Tillabéry et le long de la frontière avec le Burkina, des marchés illicites de drogues alimentent une consommation locale qui s’étend jusque dans les villages et concerne tous les milieux socioprofessionnels, y compris éleveurs et agriculteurs. Il s’agit du cannabis, du tramadol, du diazepam et d’autres psychotropes », peut-on lire dans le document.

Les experts précisent aussi que les récits recueillis, principalement dans le cercle de Douentza, dans le Centre du pays, et dans la région de Gao, soulignent l’implication de tous les groupes armés, y compris «djihadistes», dans ce trafic. « Ils seraient rétribués pour la nécessaire protection qu’ils fourniraient aux convois de marchandises. La collecte par ces groupes de « taxes » de transit semble également être un mode opératoire bien établi », ajoutent-ils.

Ousmane BALLO

Source : Ziré