Nommé ministre de la Défense et des anciens combattants (MDAC) le 5 mai 2019, le Général de Division Ibrahima Dahirou DEMBELE avait été annoncé démissionnaire, quelques mois plus tard. Non pas par incapacité à faire face à sa mission, qui relève presque de l’impossible, à savoir arrêter la spirale des attaques terroristes qui endeuillent régulièrement la nation, mais pour se mettre à la disposition de la justice de son pays. Et pour cause ?

Le ministre était attendu pour comparaitre à l’audience du 13 janvier en sa qualité de témoin dans le procès du Général Amadou Haya SANOGO et coaccusés. Alors que son statut de ministre en fonction suffisait pour lui permettre de refuser de comparaitre, le Général de Division Ibrahima Dahirou DEMBELE, en bon républicain, avait décidé de faciliter la tâche à la justice de son pays, en présentant sa démission au Chef du gouvernement.

Une information confirmée par son collègue ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Me Malick COULIBALY qui était, la semaine dernière, l’invité sur le plateau de l’ORTM1. Dans son intervention, le garde des sceaux a confirmé cette volonté du Chef du département de faire face à ses obligations de justiciable : « Dahirou avait déposé sa démission. Mais pour des raisons d’intérêt national de sécurité, nous avons requis du parquet, le report du procès pour permettre au ministre de la Défense de continuer à mieux rebâtir l’armée nationale », a-t-il dit sur les antennes de la télévision nationale.

En tout cas, la nouvelle avait fait l’effet d’une bombe dans les garnisons et certains milieux sécuritaires où on se demandait comment la justice malienne, consciente de la gravité de la situation, allait accepter la comparution d’un ministre de la Défense dans un procès de crime de sang ? « Quelle alternative, la Justice avait laissé à cet officier d’honneur et de dignité, soldat valeureux et républicain si ce n’est un jet d’éponge en pleine guerre avec tout le déshonneur pour un officier de son rang », s’interrogent certains observateurs ?

En tout cas, il nous est revenu que c’est le Chef de l’État en personne qui a refusé de prendre cette lettre de démission du Général Dahirou DEMBELE et aurait l’exhorté à plus d’efforts afin de revigorer l’armée malienne.

Même si sa nomination avait suscité de vives réactions dans certains milieux, surtout militaires, beaucoup vantent ses valeurs incontestables et sa rigueur.

« Je vous passe les services, très confiant et convaincu que notre mission commune se poursuivra dans les meilleures conditions », avait dit le Pr Tiémoko SANGARE, le 7 mai 2019, lors de la passation de témoins à son successeur considéré comme un collaborateur engagé, travailleur et profondément attaché aux valeurs militaires.

Aussi, on se rappelle que lors de son passage à l’Assemblée nationale, le Général DEMBELE s’était fait distinguer pour son courage de tenir le langage de la vérité face aux élus de la nation.

Une franchise totale de la part du ministre Dahirou DEMBELE qui se voyait dans l’impossibilité d’éviter les massacres à répétition, constatés dans le pays avant un minimum de deux ans, compte tenu de l’état jugé préoccupant de notre outil de défense.

Abdoulaye OUATTARA/Afrikinfos-Mali