La fragilité de la situation sécuritaire au Mali notamment dans le centre du pays reste préoccupante. Dans son dernier rapport trimestriel, le secrétaire général de l’ONU s’est dit préoccupé par la dégradation de la situation sécuritaire et les frustrations politiques.

Dans ce document, Antonio Guterres déplore les retards politiques dans l’application de l’accord pour la paix et la réconciliation. Il regrette également l’insécurité croissante due à la prolifération des groupes terroristes. Avant d’ajouter que cette situation alarmante pourrait mettre en péril « l’avenir des réformes politiques attendues ». Antonio Guterres soutient son constat par la multiplication d’attaques terroristes contre les civils et les militaires dans le nord du pays. Selon lui, les pertes de l’armée malienne ont augmenté de 116% au dernier trimestre de 2019 avec 193 morts, dans le même temps, 68 attaques contre la force de l’ONU, dans les régions de Mopti (46), de Kidal (9), de Ménaka (5), de Tombouctou (4) et de Gao (4) – qui ont tué 2 soldats de la paix et 8 vacataires et blessé 5 soldats de la paix, 1 civil et 2 vacataires. Au cours de la période précédente, elle avait subi 20 attaques, qui avaient tué 1 vacataires et blessé 25 soldats de la paix. Un soldat des forces françaises En outre, 220 civils ont  perdus la vie.

Aussi, dans ce document remis récemment aux membres du Conseil de sécurité de l’ONU, António Guterres souligne que « l’incertitude domine » sur l’avenir des réformes politiques alors que des élections législatives  devraient être organisées en 2020. 

« Je suis préoccupé par les retards persistants dans la mise en œuvre  de l’Accord de paix », indique le secrétaire général en évoquant les difficultés du « dialogue national inclusif » et « l’insécurité croissante à travers le pays, notamment le manque de redéploiement des forces de défense et de sécurité maliennes dans le Nord ».

 Sur le plan sécuritaire, le chef de l’ONU tire la sonnette d’alarme. « La nouvelle détérioration de la situation sécuritaire au Mali et dans la région du Sahel dans son ensemble est alarmante. Les groupes terroristes gagnent du terrain, tandis que les attaques contre les forces de sécurité nationales et internationales se poursuivent sans relâche«, précise-t-il.

Aussi, le rapport explique que l’état de la sécurité dans le Nord s’est dégradé et a gagné en complexité, tandis que s’intensifiaient les activités terroristes dans la région de Ménaka et le cercle d’Ansongo (région de Gao) et que la Coordination des mouvements de l’Azawad raffermissait son contrôle et assurait la sécurité dans les zones de Tombouctou et Kidal, sur fond de diminution de la présence de l’État et de fracturation de la Plateforme.

Pour le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, la situation dans le centre demeure extrêmement complexe et très préoccupante. Les violences intercommunautaires continuent de faire de nombreuses victimes et sont mises à profit par des groupes extrémistes, les cercles de Bandiagara, Bankass et Koro étant les plus touchés. Si la recrudescence de la violence contre les Dogons ces derniers mois a entraîné des représailles contre les populations peules, le degré de violence n’est cependant pas comparable aux massacres à grande échelle qui avaient été commis au début de 2019, en partie grâce à la négociation d’une série d’accords locaux de cessez-le-feu, appuyés par la MINUSMA.

Concernant le processus politique, António Guterres fait part de son scepticisme : « l’incertitude domine » sur les suites du dialogue national inclusif engagé par le pouvoir et son impact sur une réforme constitutionnelle, note aussi António Guterres. En décembre, des membres de la société civile et de la classe politique ont achevé une semaine de travaux par un appel à de nouvelles élections et à une révision de la Constitution. Mais les discussions ont été boycottées par la plupart des partis d’opposition. « Les divergences entre les principales parties prenantes sur l’orientation des discussions peuvent rendre difficile l’émergence de recommandations concrètes fondées sur un consensus », estime le chef de l’ONU.

Certains soulignent qu’une réforme constitutionnelle est indispensable pour entraîner des modifications institutionnelles. D’autres mettent en avant le préalable de la création d’un Sénat, comme le prévoit l’Accord de paix, pour assurer la meilleure représentation des populations locales avant un changement de Constitution, explique-t-il. Savoir si les recommandations issues des discussions de décembre seront contraignantes et guideront le processus à suivre « est peu clair », indique son rapport, qui assure que la Minusma travaille à lever « l’impasse ».  Antonio Guterres craint que le boycott de certains partis de l’opposition aux discussions tenues en décembre rendent difficile l’application des résolutions de ce Dialogue.

Mémé Sanogo

Source: L’Aube