Depuis la publication, le 10 décembre 2019, des résultats définitifs du concours de recrutement direct à la police nationale, les recalés crient à la manipulation et à l'abus de pouvoir. Selon plusieurs candidats malheureux, des camarades, éliminés à la suite des épreuves sportives et écrites, ont réapparu sur la liste des résultats définitifs. D’autres parlent aussi d’abus de confiance de la part de certains responsables de la police qui ont pris de l’argent avec certains candidats qui ont été finalement éliminés de la course.

Dans les coulisses de ce recrutement direct à la police nationale, l’on entend très fréquemment des mots ou expressions du genre ‘’soutien’’, ‘’sous couvert’’ ou ‘’quota’’. Au cours de nos enquêtes, nous nous sommes rendu compte que cette pratique consiste, pour un ou plusieurs candidats, à se faire des contacts capables de défendre leurs dossiers jusqu’au bout du recrutement.

C’est un business qui prend de plus en plus de l’ampleur dans notre pays. De hauts placés de la police et de l’administration publique, acceptent de soutenir les dossiers d’un candidat ou de plusieurs, pendant le processus du recrutement. Si le ‘’soutien’’ et le ‘’sous couvert’’ sont tissés autour de l’argent que le candidat tient à payer à tout prix pour être recruté, le ‘’quota’’ est une faveur faite à des personnalités influentes qui fournissent alors une liste de personnes à la commission de recrutement. Les candidats de cette liste sont d’emblée recrutés.

Des personnes éliminées réapparaissent !

Malheureusement, cette année, l’affaire semble être foirée, grâce à la vigilance de certains candidats. Ces derniers se sont rendu compte que des candidats, éliminés suite aux épreuves sportives et écrites, ont réapparu sur la liste des résultats définitifs. « J’en ai eu le pressentiment. Donc, j’ai tenu à photographier tous les résultats précédents. Sur la liste définitive, j’ai retrouvé les noms de certaines personnes qui ont été éliminées depuis les épreuves sportives et écrites, d’autres n’étaient même pas sur la liste avant, mais elles sont toutes aujourd’hui recrutées. Je vous donne juste un exemple : le numéro 16808 a été éliminé après l’épreuve sportive. Mais la même personne sous le même numéro est apparue sur la liste des résultats définitifs. Vous pensez que cela est fortuit ? Non pas du tout ! Et je vous dis qu’il y a plusieurs cas comme ça », nous a témoigné un candidat malheureux sous anonymat. 

Pour commencer à tirer les choses au clair, une rencontre a eu lieu entre ces candidats malheureux et le secrétaire général du syndicat autonome de la police nationale, Bougouna Dembélé, le 14 décembre 2019 au Carrefour des Jeunes de Bamako. A l’issue de cette rencontre, un candidat nous raconte sous anonymat : «‘’Soutien’’, ‘’Sous couvert’’ ou ‘’Quota’’, tout cela signifie tout simplement qu’on a quelqu’un dans l’administration ou sein de la police pour soutenir ses dossiers de candidature.» A la question de savoir s’il en avait lui aussi un ‘’Sous couvert’’, il répond : « Oui ! »Mais pourquoi il n’a pas été recruté ? Il répond : « Parce que certainement, il y a eu d’autres soutiens plus forts et plus solides que le mien.»

Toutefois, notre interlocuteur se réserve de faire beaucoup de commentaires sur le statut de son ‘’Sous couvert’’ et le deal qui avait été conclu entre eux. Tout de même, il a fait savoir que le processus de ce recrutement a pris beaucoup de temps parce tout simplement chaque responsable bien placé de la police avait au moins un protégé.« Du coup, il était devenu très difficile d’éliminer qui que ce soit. Donc, c’était devenu une affaire de bras longs ; il faut avoir plus de moyens et avoir quelqu’un de sérieux et capable de soutenir ton dossier à toutes les étapes. Malheureusement, nous avons été éliminés des résultats définitifs »,a-t-il souligné.

Les syndicats s’indignent !

Le 14 décembre 2019, le secrétaire général du syndicat autonome de la police nationale, Bougouna Dembélé, a déclaré sur les antennes d’une radio de la place que le jour de la publication des résultats définitifs, certains responsables de la police n’ont pas pu rentrer chez-eux, à cause de humiliation. Selon lui, ces responsables travaillant à la direction nationale de la police et dont il a voulu taire les noms, avaient pris de l’argent avec des candidats qui ont été finalement éliminés à la dernière minute.

« Certains ont dormi dans leurs véhicules par peur de rencontrer des candidats avec qui ils avaient pris de l’argent dans le but de les faire passer. Mais malheureusement, ces  jeunes ont été finalement éliminés. Donc, ils avaient en même temps peur et honte de rencontrer ces jeunes-là »,a-t-il déclaré.

Aussi, une conférence, annoncée par l’Alliance pour la Police Nationale (APN) pour hier 17 décembre 2019 au siège de la Centrale démocratique des Travailleurs du Mali (CDTM), a été finalement annulée. Motif : le président de ladite Alliance et certains de ses hommes ont été bloqués à la Direction Générale de la Police Nationale. Pour l’heure, nous ignorons les raisons. Ce qui est sûr, à la veille, l’APN avait fait savoir que ladite rencontre allait porter sur la gestion partiale de la Direction Générale de la Police Nationale et l’indiscrétion de certains de ses cadres. Sur la fiche d’annonce, l’APN proposait également la reconduction de tous les candidats tombés après l’épreuve orale comme deuxième vague et au compte de la promotion 2019. « L’épreuve orale est une étape inutile. On n’a pas besoin d’être poète pour devenir policier»,peut-on lire sur la même fiche.

La Direction Générale se défend !

Au niveau de la Direction Générale de la Police Nationale, l’on reconnaît les faits. Joint par téléphone, le responsable de la Cellule de la Communication de ladite Direction Générale de la Police Nationale, Kaly Diakité, a déclaré : «Effectivement, un responsable syndical a pris de l’argent avec certains candidats. Mais, les enquêtes sont encore en cours pour situer toutes les responsabilités. Donc pour l’instant, la Direction ne souhaite pas trop communiquer là-dessus.» Nous demandons à savoir le nom de ce responsable syndical, mais la réponse est négative.

Au moment où nous mettions sous presse, une délégation de ces candidats devrait rencontrer le Président du Haut  Conseil Islamique, le Guide spirituel des Ançars, Chérif Ousmane Madane Haïdara, hier aux environs de 18 heures. L’objectif est de demander au Chérif d’intervenir auprès des autorités compétentes en vue d’augmenter le quota de 2019 pour permettre aux recalés de l’épreuve orale d’être recrutés.

Ousmane BALLO

Source : Ziré