Les débats thématiques initiés depuis dimanche dernier dans le cadre du dialogue national inclusif(DNI) se poursuivent ce matin. Dans les couloirs du CICB, nous avons croisé hier certains participants qui nous livrent leurs impressions…

 Fahad AG Almahamoud : « La gouvernance doit s’appuyer sur les institutions et non sur des individus »

Il faut dialoguer pour faire face à la réelle menace, la menace terroriste, la menace de ces milliers de Maliens qui sont contraints de déménager pour aller vers le Sud. A un moment, si tout le monde venait à Bamako, le pays ne pourrait pas supporter, Bamako ne pourrait pas supporter tous les 20 millions de Maliens ici. Nous sommes venus pour notre préoccupation numéro 1 qui est le problème sécuritaire.

Ensuite, la deuxième préoccupation, c’est le problème de gouvernance. Le pays qui n’a jamais été gouverné d’ailleurs. Pendant la première République le régime a tenté vraiment de faire des pas dans le sens d’un Etat. Le deuxième régime était craint, mais à partir de là, l’Etat ne se repose plus sur ses institutions, mais se repose sur des communautés, des familles et même des individus. Lesquels individus ont pris pour habitudes d’être les seuls interlocuteurs de l’Etat. Au fil du temps, ces mêmes individus se retournaient contre l’Etat. Nous pensons qu’au sortir d’ici, il y aura des recommandations pertinentes pour la gouvernance de ce pays, afin qu’il s’appuie dorénavant sur ses institutions et non sur des individus.

Il faut souligner que la Plateforme n’a jamais été réticente au dialogue. On a toujours été prêt à aller au dialogue. On pense que les gens qui ne peuvent même pas s’asseoir pour discuter ne peuvent pas aboutir à quelque chose très concret. On est conscient du danger qui guette le pays, nous ne sommes pas ces Bamakois qui ont le luxe de ne penser qu’à leur propre agenda. Nous avons des parents qui meurent jour et nuit au nord du pays. Donc, nous avons été toujours prêts à accompagner toutes les bonnes volontés pour redresser le pays, pour permettre au pays de ne pas s’effondrer.

 Mahamadou Z SIDIBE, Gouverneur de Kayes : « Je pense que le Mali verra le bout du tunnel au sortir de ce dialogue »

 

Je suis Mahamadou Z. SIDIBE, le Gouverneur de la région de Kayes. Jusqu’ici, les débats se déroulent bien. C’est vraiment des débats de fond. Quand on a la parole, on a le temps de tout dire, tout ce qu’on pense. J’avoue que c’est très bien. A l’issue des débats, personnellement, je pense que le Mali verra le bout du tunnel. On est en train de mettre sur la table tout ce qui pose aujourd’hui problème au Mali. C’est très intéressant. Toutes les solutions, toutes les propositions sont sur la table, on ne sait pas qu’est-ce qui va être retenu, mais j’avoue que les débats se déroulent de telle sorte qu’à la fin nous ayons des propositions de solutions viables et fiables. Puisque les Maliens sont réunis, les uns ont eu le temps d’expliquer tout ce qu’ils reprochent à l’Accord, les autres eux aussi ont le temps de proposer ce qu’ils pensent qu’on doit faire pour l’améliorer, pour abandonner certains endroits et au finish on verra bien. Je pense que certainement, les Maliens profiteront de ce débat pour faire un toilettage positif, un toilettage sérieux.

 Mossa Ag ATTAHER, porte-parole de la CMA : « L’Accord contient en son sein le cadre approprié pour sa relecture »

 

Comme dans tout type de cet exercice, les débats au départ étaient un peu partis dans tous les sens. Moi, j’ai trouvé qu’au début les gens confondaient le dialogue et le monologue. Les gens s’étaient lancés dans des analyses propres qui ne tiennent pas compte de la démarche établie pour ce type d’exercice.

Mais, au courant de la journée, je pense que les uns et les autres sont revenus à des meilleurs sentiments et ont commencé à affronter avec la sérénité requise les différents aspects du dialogue. Pour ce qui est de la commission où nous avons travaillé (paix, sécurité et questions politico-institutionnelles), nous avons sans complaisance abordé toutes les questions et tous les problèmes liés à ces deux points au niveau national.

Au niveau de la CMA, nous avons apporté notre vision, notre éclairage et nous avons fait des propositions et des recommandations sur chacun des points. Pour l’Accord, ce qu’il faut retenir c’est qu’il contient en son sein le cadre approprié pour sa relecture, pour sa révision ou pour toute suggestion liée à son contenu. C’est l’article 65. Ce message nous l’avons fait passer ici, le dialogue national inclusif n’est pas le cadre approprié pour relire l’Accord ou le revisiter.

Par contre, le dialogue national peut être un cadre d’explication en vue d’une meilleure appropriation de l’Accord par l’ensemble des Maliens. Nous nous ne sommes pas en train de nous dérober à cet exercice, nous allons l’assumer jusqu’au bout. Mais, à la fin de tout ça, s’il y a une partie signataire qui pense qu’il y a des choses à revoir, cela ne peut se faire que dans le cadre de l’article 65 qui stipule que les dispositions de ce présent accord ne peuvent faire objet d’une rediscution qu’à travers le consentement express des parties.

Les attentes de la CMA, c’est de pouvoir participer pleinement à la réflexion sur toutes les questions qui engagent la vie de la nation. Ce n’est pas seulement l’Accord. La question de gouvernance nationale nous incombe, les questions liées aux réformes politiques et institutionnelles au niveau national nous intéressent ; les propositions pour une sortie globale de la crise au Mali, que ça soit au Nord, au Centre ou ailleurs nous intéressent.

Donc, notre attente principale, c’est qu’au sortir de ce dialogue tous les Maliens soient au même niveau d’information, de compréhension et d’appréhension de l’ensemble des enjeux qui concernent la vie de la nation. Nous ne nous sommes pas retirés du processus, nous avons observé une suspension de nos activités au sein du Dialogue national pour des raisons claires, parce qu’il y a eu une interprétation des propos du Président de la République lors de son discours à la nation. Mais, entre-temps, nous avons rencontré le gouvernement, nous avons rencontré le Président de la République lui-même, je pense que nous avons eu les assurances nécessaires pour revenir dans ce dialogue et y participer de manière sereine à la hauteur des attentes. Ces assurances sont relatives à notre préoccupation de violation du cadre approprié pour la relecture de l’Accord.

Abdoulaye Ouattara / Afrikinfos-Mali