Il y a neuf ans déjà, dans l'effervescence quasi enfantine du cinquantenaire de l'accession de la plupart des anciennes colonies françaises à l'indépendance, j'écrivais sur le comportement parfois humiliant de certains de nos chefs d'Etat qui sont toujours prêts à baiser les pieds des présidents français, pour se rendre ''beaux et fréquentables''. Des années ont passé, des présidents se sont succédé en Afrique comme en France. Mais la situation n'a pas changé ! Je voudrais partager avec vous des extraits de cette chronique...

« 1960-2010. Voici donc cinquante ans, des fils de l’Afrique ont décidé de libérer officiellement leurs pays asservis, exploités, humiliés, du joug politique et économique de la France notamment. Cette bonne vieille France que certains nostalgiques de la colonisation appellent avec une affection décalée ''la mère patrie''. J’aurais voulu écrire l’amère patrie ! Cinquante ans d’indépendance officielle, ''en vertu du droit inaliénable qu’a tout peuple de disposer de lui-même...'', comme le proclamait un certain Houphouët-Boigny, le 7 août 1960. Cinquante ans de souveraineté clamée haut et chantée fort. Mais cinquante ans pour quels résultats, pour quelle ambition, pour quel avenir !?! Les colons blancs n’existent plus. Il n’y a plus de commandant de cercle qui s’adresse avec arrogance à des indigènes hébétés, hagards et ahuris. Progressivement, les assistants techniques visibles de race blanche ont cédé la place à de jeunes cadres locaux. Une victoire ? Peut-être.

Mais à quoi bon une victoire qui ne débouche pas sur le bien-être des populations ? A quoi bon une victoire si, sur les ruines morales et culturelles des pays à reconstruire, la plupart des pères-fondateurs ont abandonné les populations à leur triste sort, pour bâtir, leurs propres royaumes, comme des forts infranchissables ? Des mécontentements ici et là sont nés des oppositions avec des leaders plus ou moins charismatiques. Au seuil des années 90, le soleil des opposants africains se leva à La Baule où, sous l’impulsion d’un certain Mitterrand, la démocratie fut imposée comme règle numéro 1 de la gouvernance. Des blocs en Occident s’écroulèrent et une douce brise, appelée ''Vent de l’Est'', se mit à souffler sur le continent. Successivement, plusieurs opposants accédèrent au pouvoir dans différents pays africains. Mais, il semble que le Pouvoir est une grave maladie mentale. Ceux qui viennent font pire que ceux qu’ils ont remplacés en encourageant les peuples bernés à les chasser du trône. Des militaires, en redresseurs des torts, se sont mis à envahir le champ politique, avec, pour la plupart, leurs carences intellectuelles, leurs maladresses verbales et leurs légèretés morales. Ils instaurent une démocratieviolente et, pour avoir les coudées franches, ils jettent aux orties la tenue et les principes fondamentaux de l’armée et s’autoproclament ''civils''...»

En attendant un nouvel extrait dans la prochaine parution, je voudrais juste dire qu'il n'y a pas à s'émouvoir ni des propos presque outranciers du président français aux présidents des cinq pays du Sahel, ni de la souris que pourrait accoucher la montagne de Pau. Là où l'Aigle a peur du poussin, tout peut arriver ! A bon entendeur...

MINGA S. Siddick

Source : Ziré