Le meilleur avenir des filles passe obligatoirement par leur maintien à l'école. Mais au Mali, la prévalence de mariage précoce des enfants est considérée comme un handicap à cela. Fort de ce constat, Save the Children a organisé une rencontre d'échanges et d'informations avec les leaders religieux sur la protection des filles, leur maintien à l'école et le mariage d'enfants. C'était ce mardi 10 décembre 2019 à l'hôtel Onomo de Bamako.

Selon les statistiques, au Mali, plus d'une fille sur deux est mariée avant l'âge de 18 ans. Ce qui place le Mali au 6èmerang des pays ayant les plus forts taux de prévalence de mariage d'enfants au monde. Une situation qui inquiète les acteurs du domaine.  Ainsi, à la fin des 16 jours d'activisme sur la violence basée sur le genre qui s'achevait ce mardi, Save the Children, une des organisations qui évolue dans la protection des enfants a associé les leaders religieux à leur combat afin de mieux faire passer le message contre le phénomène. 

Selon les données nationales issues de l'Enquête par Grappes à indicateurs Multiples (MICS 2015), le taux de prévalence est de 52% pour les enfants mariés avant l'âge de 18 ans et de 17% pour les unions avant l'âge de 20 ans. « A l'instar de plusieurs autres pays africains, le mariage d'enfants représente un grand défi dans la réalisation des droits humains et des droits des enfants en particulier. Ses conséquences sont importantes. En effet, dans les pays d'Afrique sub-saharienne, se marier à 15 ans au lieu de 18 ans réduit le taux d'achèvement du secondaire de 10 points »,a précisé Souleymane Touré, représentant de Save the Children au Mali.

Pour le représentant de la ministre de la promotion de la femme, de l'enfant et de la famille, Arouna Samaké,  au Mali, le mariage d'enfants représente l'une des causes principales du décrochage scolaire chez les filles de 10 à 14 ans, qui est de 58% au niveau national contre 49,1% pour les garçons du même âge.«La phénomène contribue aussi aux inégalités dans l'accès à l'éducation: en 2016, il y avait moins de 75 filles inscrites à l'école secondaire pour 100 garçons. Le mariage d'enfants a aussi des impacts négatifs sur la santé des mères et des enfants au Mali, 37% des femmes ont eu leur premier enfant avant l'âge de 18 ans. Or, il est reconnu que les grossesses précoces (qui sont liées aux mariages d'enfants) créent des risques importants pour les mères adolescentes et leurs enfants. La mortalité infanto-juvénile (moins de 5 ans), très élevée au Mali (112/1000 en 2016), est de 24% plus élevée pour les enfants nés de mères de moins de 20 ans par rapport aux enfants nés de femmes âgées de 20 à 34 ans »,a-t-il ajouté. Des chiffres alarmants qui poussent le représentant de la ministre de la promotion de la femme, de l'enfant et de la famille à solliciter une meilleure collaboration des leaders religieux. 

Toutefois, les leaders religieux affichent une bonne volonté de faire passer le bon message afin de contribuer au changement de comportement, même s'ils estiment que l'État doit aussi mettre plus de rigueur dans l'application de ses propres textes. « AuMali, la loi interdit le mariage d'une fille de moins de 18 ans, mais pourquoi les maires l’autorisent? Il faut qu'on applique bien les textes. L'islam prend des précautions pour une bonne éducation des enfants pour que la personne soit mûre avant l'âge de mariage, mais n'encourage pas le mariage des enfants comme à l'âge de 11-12 ans. Cependant, il faut insister sur l'éducation des enfants »,a déclaré l'imam Mamadou Moussa Diallo, président de l'association Malienne pour la paix et le salut.

Amadou Kodio/Afrikinfos-Mali