A l’occasion de la célébration de la journée mondiale des toilettes,  WAterAid plaide pour l'accès de tous à l'assainissement. C'est pourquoi, elle œuvre pour la réduction des inégalités, pour que personne ne soit laissé de côté. Les personnes vulnérables, y compris les personnes déplacées internes, doivent être prises en compte dans la fourniture des services sociaux de base tels que l'eau potable, l'assainissement et l'hygiène. C’est ainsi que  nous vous invitons à découvrir le site de refugiés à Niamana, Bamako. Ici, 148 personnes utilisent une simple toilette sans latrine. Reportage ! 

Il est 7heures 30 minutes. Le soleil est encore moins brûlant. Des tentes qui  rivalisent avec les parcs à bœufs sont toujours fermées, des femmes lavent déjà la vaisselle et le linge. Devant une tente envahie par la poussière, se trouve une femme en train de tresser les cheveux d’une jeune fille âgée d'environ neuf ans. Nous la saluons en bambara et elle répond en peulh. Nous lui faisons savoir que nous sommes venus passer une matinée dans le camp et échanger avec les hommes sur leurs conditions de vie. Elle recourt à la fillette qui lui traduit notre message en peulh. « Elle dit que les hommes sont à l’intérieur des parcs à bœufs », nous répond la jeune fille à la place de la bonne dame. 

C’est ainsi qu’elle nous présente un jeune. Après des explications, ce dernier nous emmène voir les responsables des familles installées sur le site. A notre arrivée, des hommes âgés d'environ cinquante ans sont là. Un petit briefing est fait et un vieux aux cheveux blancs décide de se lever pour céder sa chaise. Nous déclinons l’offre et remercions la vieille personne pour cette marque de gentillesse et ce sens d’humilité avéré. Nous nous asseyons sur un banc.

« Attendez un instant, le jeune va chercher le chef », nous dit l’un des vieux. Quelques minutes plus tard, le chef vient et l’objet de la visite lui est expliqué. Il donne son accord et se présente : « Je suis Ali Traoré. Je viens de Bankass, je suis bambara, mais je suis né et j'ai grandi entre les peulhs et les dogons. Voilà pourquoi quand je parle, on sent à la fois les accents peulh et dogon. » 

Dans les échanges, Ali Traoré fait savoir que ledit site existe il y a plus d’un an et abrite 36 familles avec exactement 148 personnes toutes venues du cercle de Bankass dans la région de Mopti. Selon lui, toutes ces personnes d’ethnie peulh, dogon et bambara partagent les mêmes repas et la même toilette. Une toilette fabriquées avec des feuilles de tôle rongées par la rouille et qui sert uniquement à se laver et à uriner.  « Nous sommes venus ici à Bamako avec les mains vides et nous y vivons actuellement dans des conditions très précaires. Nous n’avons rien du tout. Ce sont des personnes de bonne volonté qui nous donnent des vivres », a-t-il précisé. 

Aucune mesure d’hygiène ! 

Sur ce site où tout se gère au jour le jour, aucune mesure d’hygiène n’y existe. Les eaux sales sont versées entre les tentes, les enfants de moins de cinq ans n’ont pas besoin de pratiquer l’unique toilette. « Nous avons ici une seule toilette simple pour 148 personnes. Pour d'autres besoins naturels, nous sommes obligés de payer pour les latrines privées construites par les commerçants des parcs, ou alors nous devons nous rendre à la mosquée qui se trouve un peu loin des gens », a-t-il ajouté. 

Il est 9 heures. Les enfants se réveillent. Les vieilles se regroupent pour échanger, tandis que les jeunes dames s’apprêtent à préparer le déjeuner en plein air et au milieu du parc à bœufs. « Venez ! Nous allons faire un tour entre les tentes », nous dit Ali Traoré. Ainsi, il se met devant nous. A l’entrée d’une ligne de tentes, un jeune homme tient un seau rempli d’eau sale.  Une voix un peu autoritaire se fait entendre à l’intérieur d’une autre tente : « Tu vas oser verser encore de l’eau sale là-bas ? » Une autre voix répond systématiquement : « Où veux-tu qu’il la verse ? » Au même moment, le jeune homme se débarrasse  du contenu de son seau sans placer un mot. 

Dans un monologue, Ali Traoré murmure : « Cette vie est vraiment dure. » Ainsi pour casser l’atmosphère, nous lui demandons s’il a encore les nouvelles des camarades restés au centre du pays. Il répond : « Ici, nous n'avons aucune information sur nos différents villages. Mais ce qui est sûr, dès que la sécurité sera rétablie, nous y retournerons. Car, Bamako est une ville où il est très difficile de vivre. » 

A l’entrée des tentes, les femmes nous regardent, les enfants aussi. Une jeune dame, restée debout, nous fixe et lâche : « Ne venez pas seulement nous photographier hein, ça fait plusieurs jours que nous ne mangeons pas de la viande. » Puis, elle tourne le dos pour ne pas être vue dans les images. Comme pour la recadrer, Ali Traoré précise : « Il n’est pas là pour ça. C’est un journaliste et il est venu constater nos conditions de vie pour les diffuser. Peut-être à travers ça, des personnes de bonne volonté pourront venir nous appuyer. D’ailleurs, c’est pourquoi, nous devons le saluer et le remercier pour ce travail. » 

Les autorités interpellées ! 

Sur ce site, les déplacés vivent dans des conditions précaires. Pas de cadre d’assainissement adéquat. Le difficile accès à l’eau potable et l’abondance des moustiques font de cet endroit un enfer terrestre. Cette situation, comme bien d’autres, doit interpeller l’Etat, d’autant plus qu’une journée est dédiée à l’accès aux toilettes appelée ‘’Journée mondiale des toilettes’’ et qui est célébrée chaque 19 novembre dans notre pays.   

Mieux, cette année, le thème national ‘’Ne laisser personne de côté’’ vise à assurer l’accès de tous à des services d’assainissement durables dans un environnement sain. Il s’agit également d’améliorer l’accès des communautés aux toilettes où qu’elles se trouvent. C’est pourquoi WaterAid souligne : «Une toilette n'est pas simplement une toilette. C'est un épargnant de vie, protecteur de la dignité et créateur d'opportunités. Qui que vous soyez, où que vous soyez, l'assainissement est votre droit humain. Et pourtant, aujourd'hui, 4,2 milliards de personnes vivent sans système d'assainissement géré en toute sécurité. » C’est dire que l’ensemble des communautés du Mali, où qu’elles se trouvent, a le droit de vivre dans un environnement sain et propice.

Ousmane BALLO/Afrikinfos-Mali