A l’épreuve du pouvoir, le président IBK a échoué sur toute la ligne en ne parvenant quasiment à réaliser aucune de ses promesses de campagne. Plus particulièrement sur l’élément fondamental qui avait fondé son élection, à savoir la sécurité et le recouvrement de l’intégrité territorial à travers le retour de Kidal dans le giron national.. Pis, le Centre du Mali s’effondre avec la présence de groupes armés et des milices armées.

Après plus de  six ans  d’exercice du pouvoir, Ibrahim Boubacar Kéïta semble avoir trahi les Maliens, à défaut de parler d’abus de confiance, en ne parvenant à réaliser aucune de ses engagements pris à l’adresse des Maliens. Des promesses tenues à grands coups de harangue des foules. En effet, tout au long de la campagne à l’élection présidentielle, le candidat  IBK a promis monts et merveilles à ses concitoyens et à ses compatriotes de la diaspora. Avec des discours creux et une multitude de promesses (irréalistes et irréalisables), l’homme avait su prendre à défaut la vigilance des Maliens.

Entre ramener la paix et la sécurité dans le Nord du pays (fraîchement libéré de l’occupation djihadiste), engager une lutte implacable contre la corruption (qui gangrenait l’administration)…, IBK y allait de tous les subterfuges pour réaliser son rêve : être le président de la République.

Six ans après, au-delà des paroles dont le pays est régulièrement abreuvé, l’unité nationale, l’indépendance de la patrie et l’intégrité du territoire national restent des vœux pieux. De toute évidence, le garant constitutionnel de l’unité nationale a échoué dans sa tentative de restaurer la paix et la stabilité. Outre le Nord, où la souveraineté de l’État reste contestée par divers groupes armés malgré la signature de l’accord de paix est dans l’impasse.

Comme on le voit, ce sur quoi il avait juré devant les électeurs en cherchant le pouvoir, soit IBK n’a rien fait du tout ou a fait tout le contraire. Le Nord est toujours sous l’emprise de groupes armés et le Centre est en train de payer un lourd tribu à cause de l’incapacité du régime à y restaurer la paix et la quiétude.  Sécurité des Maliens ? Le président Ibrahim Boubacar Kéïta est carrément passé à côté de la plaque. Son règne est, à n’en pas douter, l’un des plus meurtriers de l’histoire du Mali.

En jetant un bref regard sur les engagements d’IBK, voici ce qu’il avait dit aux maliens en 2013 : « La crise malienne du Nord a mis en évidence l’incapacité de notre armée à assurer sa mission ; assurer la protection du territoire, de la population et des intérêts maliens. Une réforme s’impose pour que notre armée puisse connaitre et anticiper, prévenir, dissuader, protéger, et intervenir. Les problèmes de nos forces de défense et de sécurité sont sans doute liés à des problèmes de moyens, à une mauvaise utilisation des ressources disponibles mais également à une absence d’autorité. Maliens, allons-nous avoir toujours besoin des soldats européens pour assurer la défense de notre territoire ?

Nos objectifs : Assurer efficacement la défense du territoire national et de la population ; réussir les missions de sécurité publique ; performer dans les opérations militaires spéciales ; faire honneur au Mali lors des opérations militaires à l’étranger ; garantir l’intégrité des institutions publiques et la sécurité des personnes et des biens ; protéger la population contre les risques ou fléaux de toute nature et contre les conséquences d’un conflit éventuel.

Et il avait promis, entre autres, de : Doter nos forces de défense et de sécurité des moyens humains, technologiques et matériels nécessaire à leur mission ; reformer la gestion des ressources humaines dans l’armée ; créer les conditions pour mieux utiliser les ressources financières des forces de défense et de sécurité ; améliorer les conditions de vie des troupes. Voter et appliquer une loi de programmation militaire correspondant aux besoins prendre l’initiative de l’aboutissement de la force de défense permanente africaine ».

Aujourd’hui, la triste réalité est là, jamais la situation sécuritaire du Mali n’a été autant dégradée que sous IBK et l’insécurité urbaine autant grandissante.  Attentats, explosions et embuscades, barricades, assassinats ciblés constituent le lot de malheurs qui frappent les populations au Nord, et au Centre du pays. C’est quasiment au quotidien que des Maliens perdent la vie. Pire, la situation s’empire et le nombre de victimes augmente d’année en année. Toutes les couches sociales et professionnelles paient de leurs vies l’insécurité au Mali. Le pays est devenu comme un cimetière à ciel ouvert pour les forces internationales. En la matière, le Mali est même entré dans l’histoire… 

Le Centre pire que le Nord

Et pourtant, quand Ibrahim Boubacar Keïta accédait à la magistrature suprême du pays, les projecteurs étaient braqués sur le Nord le pays. Mais malheureusement, à peine de 2 ans (2013-2015) à la présidence de la République, le Centre du pays s’est transformé à un no man’s land où la menace patente d’une invasion terroristes a commencé à s’installer. En effet, tous les signes et signaux évidents qui ont abouti à la « chute » des régions du Nord en 2012 sont apparus dans le Centre (Mopti, Ségou, Koulikoro) : attaques en cascade et d’une violence indescriptible, insécurité, délaissement et non protection des populations par l’Etat, voire même l’absence de celui-ci.

Pendant ce temps, à Bamako les autorités semblent dépasser à la fois par l’ampleur des dégâts et la tournure dramatique des évènements. Ainsi, au fil des années (2015-2019), la violence est montée crescendo pour atteindre les pires proportions. Aujourd’hui, plusieurs localités de Mopti et Ségou sont totalement ou partiellement occupées par une meute en armes, des hommes de Hamadun Kouffa, des bandits armés et des milices armées qui appliquent leur loi en occupant systématiquement le terrain. Les administrateurs civils, les enseignants, les agents de santé et autres représentants de l’administration publique ont déserté les lieux. L’Etat n’y est quasiment plus représenté qu’à travers quelques postes militaires, si éparpillés et limités sur le plan opérationnel qu’ils ne gênent pratiquement en rien les terroristes-djihadistes dans leurs actions. Les populations sont prises en otage, elles n’ont plus le droit de franchir des limites fixées par les groupes armés. Toute personne, soupçonnée ou accusée de collaboration avec l’administration, est sévèrement punie. Face à la situation et l’incapacité de l’Etat, les populations ont décidé de prendre leur destin en main, autrement dit se défendre par tous les moyens. Ainsi, des groupes et milices d’auto-défense, de groupuscules de règlements de comptes se créent à travers la 5èrégion. De même, s’est développée une haine accrue à l’égard de la communauté peuhle. Un Etat qui ne peut protéger les populations. Celles-ci se meurent, particulièrement les populations implantées dans les cercles de Ténenkou, Youwarou, Douentza, Bankass et Mopti., Banamba, Macina, En longueur de journée, elles font l’objet d’exactions de toutes sortes : meurtres, assassinats, coups et blessures, enlèvements de bétails, vols d’engins et d’objets de valeurs de la part des rebelles, des djihadistes et autres bandits de grand chemin.

Les massacres de civils ont pris  une ampleur  sans précédent : Koulongo,  Hèrèmakono, Ogossagou Sobanou, Yoro… les Maliens n’ont pas vu ce que le président de la République a tenté pour désamorcer la bombe du Centre et résoudre la crise qui couvait. De revers en revers, les FAMAS ont payé un lourd tribut à l’inexistence d’une stratégie claire. De façon générale, pendant les mandats du président, il y a eu plus de morts au Mali du fait du conflit que pendant les 59 années précédentes, de 1960 à 2019. En effet, la comptabilité macabre donne des frissons : 115 morts de septembre à décembre 2013 ; 306 morts de janvier à décembre 2014 ; 538 morts de janvier à décembre 2015 ; 352 morts de janvier au 15 septembre 2016 ; et plus de 1000 morts de janvier 2017 à nos jours. Au total, au moins 2300 civils, militaires maliens et étrangers ont perdu la vie dans notre pays depuis les débuts du mandat du président.

Mémé Sanogo

Source : L’Aube