Pour débarrasser la culture des tares rédhibitoires de la politique, il faut lui trouver, au-delà d'un terrain d'expression neutre, une source de financement tout aussi neutre. Pour ce faire, les organisations culturelles doivent se regrouper dans un élan de solidarité pour s'aider à se développer à travers des financements collaboratifs. C'est certainement ce que certaines de ces organisations ont bien compris en créant une vaste communauté d'acteurs culturels, appelée Arts Collaboratory, qui regroupe environ dix-huit pays de l'Afrique, du Moyen-Orient, de l'Asie du Sud-est et de l'Amérique latine. Véritable laboratoire d'analyses des nouvelles formes de collaboration entre artistes de tous horizons, ce grand réseau est en train de réaliser d'énormes prouesses en termes de mobilisation de ressources humaines et financières, aussi bien qu'en termes d'initiatives révolutionnaires et avant-gardistes.

La dernière assemblée du réseau qui s'est tenue en septembre dernier en Ouganda a une fois de plus donné la preuve que la culture n'est pas aussi pauvre qu'on nous dispose à le croire. Je voudrais d'ailleurs partager avec vous cette réflexion d'un des plus grands intellectuels africains de notre époque, l'écrivain et économiste sénégalais, Felwine Sarre, une réflexion relative au fonctionnement de ce réseau qui est un bel exemple en matière de collaboration entre structures culturelles : « En produisant des institutions fondées sur un tissu social richement imbriqué, ces pratiques collaboratives permettent non seulement de repenser la citoyenneté, mais aussi d’articuler les échelles du local et du global.  Créer ensemble et partager des expériences régénère le tissu social et offre aux individus la possibilité de prendre des mesures individuelles et collectives allant au-delà des rôles assignés socialement de consommateur, producteur, électeur et citoyen... Basées sur des économies relationnelles et circulaires, ces pratiques sont héritées d'anciennes traditions et nourries par un imaginaire aux limites toujours renouvelées... Ils répondent ainsi au défi de réinventer le monde et ses formes de lien social, repoussant les limites de ce qui était pensé possible et explorant de nouveaux territoires du faire, de l'être et du vivre ensemble...» Oui, la culture peut sauver l'humain, si on s'en donne les moyens. Arts Collaboratory en est un exemple vivant ! Aujourd'hui, ce réceptacle d'expériences novatrices fait face à de nouveaux défis existenciels, ceux principalement de sa survie, à travers de nouvelles sources de financement à trouver. A bon entendeur...

MINGA S. Siddick

Source: Ziré