De 2012 à nos jours, des milliers de fils et filles de notre pays ont péri sous les balles des ennemis, créés et entretenus par ceux-là qui se disent, très souvent, amis du Mali. Mais cela, à cause d’une gestion calamiteuse des affaires publiques par des régimes ôtés de visions et de priorités pour leur peuple.

Il y a 26 ans, Dr. Abdoulaye Sall, président du Cercle de Réflexion et d’Information pour la consolidation de la démocratie au Mali (CRI 2002), écrivait dans son livre intitulé ‘’Le Pari de la Décentralisation au Mali’’: « Dans cette société solidaire, la décentralisation apparaîtrait comme une nouvelle indépendance, l’indépendance retrouvée des communautés villageoises, des collectivités locales affranchies de la tutelle sans fin et sans rivage des pièges de l’Etat-anthropophage qui mange ses fils, hérité du régime de l’indigénat et de l’administration coloniale.»

Aujourd’hui, 26 ans après, ce sont les mêmes réalités que le Mali vit. L’option adoptée pour résoudre la question sécuritaire et amorcer un vrai développement harmonieux et durable sur l’ensemble du territoire national est la décentralisation avancée dont la mise en œuvre effective dépendra de l’application intégrale de l’Accord pour la paix et réconciliation issu du processus d’Alger. Le mal étant déjà fait et connu de tous, il reste à savoir si les ressources humaines et financières suffisantes vont accompagner. D’autant plus que depuis l’avènement de la démocratie, les régimes qui se sont succédé, ont toujours continué sous le même système sachant que chaque région a ses spécificités et ses approches.

De 1992 à nos jours, des mesures concrètes pour le développement harmonieux et durable de l’ensemble des régions n’ont pas encore été une réalité dans notre pays. Pire, l’école qui constitue un droit fondamental pour les fils et le moteur privilégié de développement a été banalisée et bafouée. Ainsi, durant dix à vingt ans, ce sont des jeunes diplômés sans emploi qui font le grin dans le désespoir et dans la déception totale. A la recherche du temps perdu, ces mêmes jeunes saisissent toujours les premières opportunités qui se présentent à eux, juste pour gagner leurs pains quotidiens. C’est pourquoi dans cette quête, ils n’hésitent pas à basculer dans la rébellion et prennent les armées contre leur propre pays qu’ils devraient plutôt servir.

Plutôt la honte que la mort !

C’est cette triste réalité que le Mali vit actuellement, particulièrement au nord et au centre. Des jeunes désœuvrés en perte d’espoir ont été manipulés et récupérés par des djhadistes et autres groupes armés pour s’attaquer à leur propre pays. Responsable de cette situation très amère, l’Etat se voit dans l’obligation de riposter. En le faisant, il est obligé d’éliminer ses propres enfants pour pouvoir survivre. Dans cet exercice, ce sont d’autres enfants qui meurent sous les balles de leurs frères égarés. C’est pourquoi de 2012 à nos jours, ce sont des milliers des civils et militaires qui ont perdu la vie.

Le pire, c’est que la politique a fini de dévorer l’armée qui a, du coup, cessé d’être républicaine. Elle n’est plus engagée, le serment n’a plus de sens et la défense de  la patrie n’est plus à l’ordre du jour. Le seul slogan qui vaille est : Plutôt la honte que la mort ! Parce que mourir pour un Etat ‘’ingrat’’ et qui a cessé d’être responsable, d’être garant de la liberté, de la sécurité, de la justice, devient une sorte de suicide.

C’est pourquoi les femmes des militaires n’ont d’autres solutions que de s’opposer à l’envoi de leurs maris au front. Parce que tout simplement elles estiment que ces derniers ne méritent plus de mourir pour la nation.

Vaincre l’Etat-anthropophage !

Pour trouver une solution pérenne à cette situation, Dr. Sall précise également dans son livre que « les dispositions à envisager seraient à la fois d’ordre politique, administratif, diplomatique, financier, fiscal, économique, social et culturel. Si le problème du nord de notre pays avait été géré suivant une telle logique, les voix autorisées se seraient rendues compte que l’Azawad à l’instar de l’Azawak, du Songhoï, du Khasso, de l’Issaber, du Mandé…, est une collectivité locale avec des problèmes spécifiques à traiter comme tels. »

Cette logique, selon Dr. Abdoulaye Sall, aurait permis d’éviter la cascade de guerres fratricides et la remise en cause de toutes les structures politico-administratives de trois régions de notre pays (Gao, Kidal et Tombouctou). « Elle aurait permis de traiter concrètement, dans des délais raisonnables et à moindres coûts (humain, matériel et financier) les problèmes spécifiques mais combien vitaux de nos frères de cette communauté naturelle de notre vaste et beau pays », a-t-il souligné dans ‘’Le Pari de la Décentralisation au Mali’’.

Pour vaincre cet Etat-anthropophage qui mange ses fils, hérité du régime de l’indigénat et de l’administration coloniale, le président de CRI 2002 propose aussi la conception, l’élaboration, l’adoption, la diffusion et la vulgarisation d’un « code de la vérité en politique en République du Mali ».

Ousmane BALLO

Source: Ziré