Dans son discours à la nation à l’occasion du 22 septembre 2019, le président de la République, Ibrahim Boubacar Kéïta (IBK), n’a pas caché son intention de discuter certaines dispositions de l’Accord pour la paix et la réconciliation, issu du processus d’Alger. Dans cette adresse, le Chef de l’Etat s’est montré plutôt favorable à la révision de certaines dispositions dudit Accord.

C’est un IBK plus ou moins rassurant qui s’est adressé au peuple malien à  l’occasion du cinquante-neuvième anniversaire de son accession à la souveraineté nationale et internationale. Il se dit toujours conscient de la situation actuelle du pays et prêt à aller loin sinon très loin. « Aujourd’hui plus que jamais, ma conviction est établie que, loin d’être un slogan ou une simple vue de l’esprit condamnée à rester à l’état de vœu pieux,  « Notre Grand Mali avance» est l’expression d’une rencontre entre une irrépressible volonté des Maliens à prendre leur destin en mains et un engagement irréversible de notre part à faire en sorte que notre pays, le Mali, s’engage résolument sur la voie d’un développement soutenu et inclusif. Parce que, aujourd’hui plus que jamais, je suis convaincu de la pertinence du projet sociétal sous-jacent à «Notre Grand Mali avance», je voudrais vous assurer que jamais je ne serai avare d’efforts pour qu’il devienne réalité », a-t-il déclaré.

Selon lui, si « Notre Grand Mali avance » n’a d’autre ambition que de construire un Mali prospère, intègre, réconcilié avec lui-même et avec tous les peuples épris de justice, force est de reconnaitre que sa réalisation se heurte aujourd’hui à des obstacles de tous ordres et en rencontrera d’autres demain, qui seront autant de défis à relever. « Me viennent à l’esprit, bien évidemment, et en premier lieu, les obstacles sur lesquels bute la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation signé sous les auspices de la communauté internationale entre l’Etat et les mouvements armés au nord de notre pays », a-t-il ajouté.

Discuter certaines dispositions de l’accord !

Parlant toujours de la mise ne œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation, issu du processus d’Alger, IBK estime que malgré les développements récents, dont la sortie de la première vague du DDR accéléré, au début de ce mois, des difficultés demeurent, inhérentes pour certaines d’entre elles à la nature même d’un tel Accord, liées, pour d’autres, à l’incompréhension, et par moments à l’intransigeance, de certains signataires.

Aussi, n’exclut-il pas une révision de certaines dispositions dudit Accord. « En ce jour anniversaire de notre indépendance, je tiens à réaffirmer l’attachement du Gouvernement malien à cet accord, quitte à en discuter certaines dispositions, l’essentiel étant d’en conserver l’esprit. Garant de cet accord et réaffirmant l’adhésion du Gouvernement à sa mise en œuvre, je voudrais renouveler mon appel à nos frères des mouvements signataires et les inviter à tout mettre en œuvre pour un retour à une normalité constitutionnelle et administrative dont l’absence hypothèque lourdement tous les efforts de développement. Mais autant est grande ma conscience des risques associés à ces difficultés, autant l’est ma confiance en l’aptitude des Maliens et des Maliennes à les surmonter. Aussi voudrais-je, en direction de nos frères du nord, lancer un appel fraternel et sincère à plus de raison, pour que nos efforts, les efforts de toutes les parties, ne tendent plus que vers la paix. La paix nécessaire aux citoyens, tous les citoyens, à commencer par ceux du nord qui l’appellent de tous leurs vœux ! », a-t-il ajouté.

S’agissant du développement, le président de la République a précisé : « La paix est nécessaire également pour que l’Etat et la République puissent livrer la seule vraie guerre, digne d’intérêt pour le Mali, à savoir celle pour le développement. Un développement qui passe par l’édification d’infrastructures routières de qualité, l’établissement de postes de santé dignes de ce nom, de fonctionnement d’écoles qui préparent celles et ceux qui y entrent à apprendre  et à créer demain les emplois qui leur permettront de s’épanouir personnellement tout en apportant leur contribution à l’épanouissement de la société qui aura couvert les charges de leur éducation.»

Elargir les bases du consensus inter-malien !

Après avoir affirmé qu’il est attentif aux impatiences qui s’expriment ça et là à travers le pays, à l’ouest comme à l’est, au nord et au sud, Ibrahim Boubacar Kéïta estime qu’il ne saura être sourd et insensible aux angoisses de la jeunesse et des travailleurs du Mali, de toutes les populations laborieuses de notre cher pays. « Je voudrais redire solennellement ma totale disponibilité à tout mettre en œuvre pour élargir les bases du consensus inter-malien sans lequel nos efforts seront vains. Sans un pays rassemblé et uni, nous ne pourrons pas relever avec succès les grands défis auxquels nous sommes confrontés », a-t-il souligné.

Au sujet des revendications relatives au développement local et régional, IBK a déclaré avoir demandé au gouvernement d’étudier les conditions d’organisation de conférences de développement dans chaque région du Mali.

« Ces conférences régionales de développement seront des tables-rondes avec la participation active des forces vives de chaque région, des diasporas maliennes, des partenaires de la coopération bilatérale, multilatérale et décentralisée. Une telle initiative confortera l’orientation politique prise depuis les états généraux de la décentralisation, orientation qui place la région, dans le cadre de l’approfondissement de la décentralisation, au cœur de la nouvelle architecture institutionnelle du pays », a-t-il précisé.

La violence comme un moyen de revendiquer, ne peut être tolérée !

En ce concerne les récentes violentes comme moyen de revendication, le chef de l’Etat met en garde : « Je lance un appel à tous les acteurs de l’insécurité qui depuis quelques semaines secoue le centre de notre pays. Certes, la demande de bonnes routes est légitime tout comme l’est le souci d’une meilleure gouvernance de nos ressources afin que chaque centime aille au précieux chantier du développement national. Pour autant, le recours à la violence comme moyen de revendication de droits, que l’Etat est le premier à reconnaitre, ne saurait prospérer sans mettre en péril le contrat social. Car, en effet, si la République confère des droits, elle  impose également des devoirs dont le premier est la renonciation à la violence comme moyen d’expression. Par conséquent, la violence qui tend à devenir un moyen de revendiquer, ne peut être tolérée. Qu’il s’agisse des actes criminels dans le nord, au centre et partout ailleurs, ou des tragédies actuelles de Niono et Tombouctou, le seuil de l’intolérable est en train d’être franchi et si nous n’y prenons garde, ce sont les fondements même de notre société qui s’en trouveront ébranlés. »

Selon IBK, pour que le Mali se ressaisisse, pour qu’il se regarde dans le miroir, pour qu’il s’ausculte, s’évalue, s’interroge et propose les solutions les plus consensuelles et les plus justes aux problèmes qu’il se pose, nous avons, apporté notre aval à l’idée d’un dialogue inclusif qui devrait être un jalon capital dans notre cheminement démocratique et institutionnel. « Je suis certain qu’il le sera si les acteurs qui y prennent part en ont une approche positive, j’allais dire citoyenne, et le saisissent comme une opportunité d’accroitre, chacun en ce qui le concerne, sa contribution à l’édification d’un Mali où la force de la loi relèguera aux oubliettes de l’Histoire la loi de la force que d’aucuns veulent imposer », a-t-il déclaré.

Pour le président de la République, ce dialogue sera des plus fructueux si celles et ceux qui y participent ont le souci de construire un Mali où il fera bon vivre parce les Maliens auront su, précisément à travers ce dialogue conciliant, trouver les voies et moyens les plus idoines pour affermir notre vécu institutionnel, renforcer les piliers de notre système démocratique, et revitaliser notre système social. « C’est dire, mes chers compatriotes, que ce dialogue recèle, à mes yeux, un potentiel insoupçonné et que, à l’instar de millions de Maliens résidant sur notre territoire ou hors de nos frontières, j’en attends beaucoup. J’en attends de nouvelles idées pour revigorer et muscler notre projet d’émergence. D’un mot, j’attends du dialogue, dont les termes de référence viennent d’être approuvés, qu’il soit une instance de contribution à la recherche des voies et moyens d’une mobilisation accrue des Maliens autour d’un projet sociétal qui nous permettra d’affirmer davantage notre enracinement dans les valeurs de nos terres et territoires mais aussi notre ouverture aux apports d’autres aires civilisationnelles africaines ou non », a-t-il souligné.

 Ousmane BALLO

Source: Ziré-Hebdo