L’Accord pour la paix issu du processus d’Alger est plus que jamais compromis. De la non présence de l’Etat à Kidal, en passant par la multiplication des groupes armés, l’avenir de cet accord est plus que jamais remis en cause. Les récentes révélations des partenaires, notamment le président nigérien, Issoufou, sur une complicité entre la Coordination des mouvements de l’Azawad(CMA) et les terroristes ont provoqué un électrochoc et… les masques tombent. Au-delà, le statut actuel de Kidal, citée occupée par les rebelles, constitue une grave menace pour tout le Sahel.

Le retour de la paix dans le septentrion de notre pays, condition indispensable pour la stabilité du Sahel, est l’objet d’existence de l’Accord pour la paix signé entre l’Etat malien et les groupes armés. De sa signature à aujourd’hui, des indiscrétions laissent entendre qu’il n’a même pas atteint 20% de ses objectifs. De la mise en place des autorités intérimaires jusqu’à la Conférence nationale de 2016 ou la formation du MOC, se sont autant de ses dispositions qui sont dans l’impasse. L’Etat malien, quatre ans après sa signature, n’est toujours pas présent à Kidal. La supercherie consistant à attester sa présenceà travers celle du gouverneur dans la ville a été dénoncée à mainte reprise. Plus grave, les rebelles de la CMA ont récemment empêché une délégation parlementaire d’aller hisser le drapeau national au gouvernorat de Kidal. Ils sont allés jusqu’à mettre en lieu et place du drapeau national celui de leur soi-disant Azawad en toute impunité. La situation est toujours comme telle avec un gouverneur qui n’y gouverne rien.  Souffrant d’une très grande légitimité aux yeux des populations qui n’ont nullement été associées à son processus d’élaboration, cet accord fait l’objet, aujourd’hui, d’un rejet de plus en plus en croissant. Sa caducité, au fil des événements ne fait que se préciser de jour en jour.

L’accord décrié !

Certains évènements récents qui se sont produits entre différents acteurs de la mise en application de l’accord pour la paix ont laissé planer de sérieux doutes sur son avenir. Que ça soit de la part de l’Etat ou des groupes armés, sans oublier les partenaires, l’engagement des signataires pour la continuité du processus est plus que jamais au point mort. En effet, le ton est monté avec la décision du Niger, le 15 septembre dernier,de se retirer du Comité de Suivi de l’Accord (CSA).Ce pays a pris cette décision pour protester contre une possible complicité entre les groupes terroristes du Sahel, qui attaquent sans cesse son pays, et des groupes armés membres de la CMA. Cette dénonciation de Niamey fut suivie par l’annulation, de la part du gouvernement malien, de la rencontre ordinaire du CSA prévue dans la ville de Kidal. Pour marquer son mécontentement, la CMA diffuse un communiqué pour suspendre son engagement dans la mise en œuvre de l’accord et bloque tout le processus. Les réticences continuent et les positions séparatistes commencent à refaire surface. Cela se précise sur le récent virement d’un groupe armé membre de la plate-forme jusque-là pro-gouvernemental dans le camp de la CMA. La CMA, sans pour autant être précis dans son dernier communiqué démontre clairement qu’elle se prépare à une prochaine montée des tensions.

Les vérités de Mahamadou Issoufou

C’est dans une interview accordée au magazine JeuneAfrique que le Président du Niger a pour la première fois fait part de son mécontentement sur la situation de la mise en œuvre de l’accord et sur celle de Kidal en occurrence. Pour Mahamadou Issoufou,«Il est sûr que le statut de Kidal, au Mali, nous pose problème. Kidal est un sanctuaire pour les terroristes et ceux qui nous attaquent s’y replient très souvent. Kidal est une menace pour le Niger et il faut impérativement que l’Etat malien y reprenne ses droits». Cette déclaration qui a été largement reprise par la presse nationale démentait le fait que l’Etat malien avait le contrôle de cette ville à travers une propagande du régime actuel. C’est après sa visite de travail dans notre capitaleoù il a réaffirmé sa position sur Kidal que le Président nigérien a demandé une réunion extraordinaire de la CEDEAO sur la situation sécuritaire du Sahel et celle de Kidal en particulier. Ainsi en ayant des preuves à sa disposition sur la complicité entre des membres de la CMA et les groupes terroristes du Sahel qui attaquent son pays, le Niger a annoncé son retrait du CSA. Ses autorités ont annoncé sur RFI que des responsables de la CMA comme Algabass Ag Intalla, frère de l’actuel Amenakol de Kidal, Bohada Ag Hamzata du HCUA et non moins chef de la sécurité du gouverneur de Kidal, entre autres, personnes qui sont directement liées aux terroristes qui ont récemment attaqué au Niger. Ses autorités ont même annoncé que les butins, comme armes et autres matériels de guerre, de ses attaques ont été repérés à la disposition du combattant du HCUA. Le Niger s’est ainsi retiré de l’accord et compte apporté ses preuves à l’ONU contre les responsables de la CMA afin qu’ils soient sanctionnés.

Pour l’instant, des pourparlers sont en cours en vue d’un retour au calme entre les différents acteurs du processus de la mise en œuvre de l’accord. Le Niger reste ferme sur sa position de ne plus laisser Kidal devenir une base arrière des terroristes qui l’attaquent et n’excluent pas une intervention militaire dans le cadre de la CEDEAO, soutenue par le Nigéria, pour remettre l’ordre à Kidal.

Si à Bamako, les autorités maliennes ferment les yeux sur l’occupation de cette ville par une meute de rebelles qui excellent dans le double jeu…

Ousmane Dembélé

Source : L’Aube