Malick Coulibaly, le ministre de la Justice, a livré des carnets de quittance aux directeurs régionaux de la police le jeudi 19 septembre 2019 à Bamako. Selon le garde des sceaux, il s’agit du début d’une campagne intense pour moraliser les sanctions prises par les policiers qui contrôlent la circulation. « Nous sommes partis du constat (de) l’absence d’une sanction formelle, dans les règles de l’art, avec un PV et un reçu », a évoqué le ministre de la Justice.

L’absence de cette répression efficiente des infractions au code de la route, selon Malick Coulibaly, a ouvert un boulevard aux pratiques de corruption. Avec cette nouvelle mesure, si le contrevenant a le moyen de payer sur place il pourra le faire en contrepartie d’un reçu que le policier lui donnera au bord de la route.

Le cas échéant, on donne huit jours au contrevenant pour payer au commissariat de police. Mais au-delà des huit jours, s’il ne paye pas une procédure pénale sera entamée contre lui au niveau du tribunal.

Mohamed Maouloud Najim, le directeur national des affaires judiciaires, a expliqué que c’est la première fois qu’on va dire à la population que dans le cadre de la lutte contre l’insécurité routière les policiers seront munis de quittances et de carnet de quittances à souche et que les contrevenants peuvent être amenés à régler sur place.

L’imposition de la délivrance d’une quittance est saluée par beaucoup de Maliens qui attendaient impatiemment que l’Etat mette de l’ordre dans la répression des infractions au code de la route. Le slogan « plus de paiement sans quittance » avait fait long feu sur les réseaux sociaux au début de l’année mais les autorités n’avaient pas agit jusqu’ici dans le sens de la volonté populaire ainsi exprimée.

En décidant de s’attaquer à la corruption au niveau de la circulation routière, la justice malienne élargit le champ d’action de la campagne en cours contre la mauvaise gouvernance. L’incarcération de plusieurs personnes dans le cadre de l’enquête sur le détournement de ristournes payées aux producteurs de coton a été le début d’une répression surprenante contre la corruption à grande échelle.

La justice malienne veut également faire la lumière sur des dossiers de corruption sensibles dont l’achat d’équipements militaires, notamment des avions non opérationnels. Au moment où Malick Coulibaly cherche à mettre fin à la banalisation de la corruption au Mali, de nombreux partenaires financiers du pays montrent leur mécontentement face à l’ampleur du phénomène.

On se souvient de la dernière déclaration de l’ex-ambassadeur d’Allemagne au Mali dans les colonnes du quotidien « L’Indépendant ». Le diplomate en fin de mission avait dénoncé la corruption de la justice malienne. Une étude commanditée par le Canada sur la période 2005-2017 a révélé de grèves détournements, et ce pays d’Amérique du Nord a recommandé aux autorités maliennes de prendre des mesures correctives.

Soumaila T. Diarra

Source : Le Républicain