Ce se sont, désormais, de gros chantiers de construction de routes qui ont été lancés ces dernières semaines sous la pression des populations. Après Kayes dont les travaux ont été redémarrés le 02 septembre par l’axe Kati-Didiéni d’une distance environ 160 kilomètres, le gouvernement a signé un protocole d’accord le 11 septembre 2019, à travers lequel il s’engage à commencer les travaux de construction de la route Léré-Tombouctou à partir du 25 novembre 2019. Au même moment, il promet de commencer les travaux de la construction de l’axe Gao-Sévaré par les tronçons Sévaré et Wabaria concomitamment dans six mois au plus tard. De même, dans la ville de Gao, il s’engage à reprendre les travaux de la route Aéroport-Gouvernorat, Place des Martyrs, jusqu’au fleuve, Rond-point du marché de nuit jusqu’à la sortie de la route de Bourem. A Ménaka, c’est l’axe Gao-Ansongo-Ménaka qui sera également construit. C'est bien pour calmer les populations que le gouvernement a pris ces engagements, à travers des protocoles d’accord discutés et signés par les parties concernées. Une chose est sûre, le non-respect de ces nouveaux engagements qui s’ajoutent aux promesses non tenues, pourrait être fatal pour le régime.

Désormais, les règles du jeu semblent être très claires. Pour être entendu, il faut créer le désordre, se rendre fou, les yeux bandés, les oreilles bouchées et menacer de mettre République à terre. Tout est parti du Mouvement Sirako de la Cité des rails (Kayes). Après quatre jours de blocus sur la route Bamako-Dakar, jusqu’à Diboli, le Premier ministre a pris son bâton de pèlerin pour aller à la rencontre des manifestants. Pour calmer les esprits, les travaux de l’axe Kati-Didiéni, long d’environ 160 kilomètres, ont été lancés au lendemain de sa tournée.

Entre-temps, les populations de la région de Tombouctou rompent le silence et décident également de se faire entendre. Ainsi, un collectif du nom de «Tombouctou réclame ses droits » bloque toutes les voies d’accès à la ville. Comme Kayes, les manifestants maintiennent la pression jusqu'à l’arrivée d’une délégation du gouvernement. C’est finalement le 11 septembre 2019 que  le collectif «Tombouctou réclame ses droits» reçoit trois ministres de la République. Il s’agit de Yaya Sangaré, ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement ; Mme Traoré Seynabou Diop, ministre des Infrastructures et de l’Equipement et Oumar Hamadoun Dicko, ministre du Dialogue social, du Travail et de la Fonction publique.

Après une séance de travail, un protocole d’accord a été trouvé entre le gouvernement et le collectif permettant de lever les blocus. Mais, ledit protocole engage le gouvernement à redémarrer les travaux de construction de la route Léré-Tombouctou au plus tard le 25 novembre 2019. «Ils ont dit qu'au plus tard, le 25 novembre, les travaux vont commencer. Ensuite que le premier ministre, dans sa Déclaration de Politique Générale (DPG), va nous parler de la politique de sécurisation de notre région. Je pense que ce sont là de grands acquis», a précisé Ibrahim Boyni président du collectif ‘’Tombouctou réclame ses droits’’.

A Gao, un mouvement  est aussi né qui s’appelle : « Ensemble pour Gao ». Le 11 septembre 2019, au cours d’une manifestation, il a crié son ras-le-bol face à la dégradation de la route Sévaré-Gao. « On a bloqué toutes les routes, personne ne rentre, personne ne sort jusqu'à ce que le gouvernement nous réponde. Cela va durer trois jours », a déclaré, Ahimir Maïga, porte-parole dudit  mouvement, il y a une semaine. Quant à Ménaka, c’est le mouvement « la Paix pour Ménaka» qui est sur le pied de guerre. La semaine dernière, des manifestants ont bloqué tous les axes d’accès à la ville. Chacune de ces deux régions a eu un gain de cause. Lequel a été matérialisé par la signature des protocoles d’accord engageant le gouvernement à satisfaire les revendications des populations respectives.

Le recul interdit au gouvernement !

Dans son interview à l’occasion de l’An I de son second mandat, le président de la République, Ibrahim Boubacar Kéïta, a déclaré : « Une jeunesse amorphe ne nous rassurerait pas du tout. Que notre jeunesse montre qu’elle est active, qu’elle sait demander quand il faut, qu’elle sait demander des comptes, pourquoi pas ! Cette histoire de «Sirako» ne m’a pas du tout inquiété. Je trouve que c’est très sain. L’agenda du chef du gouvernement a été rondement mené. Quand il a dialogué, la compréhension est venue. C’est ça la démocratie. Nous travaillons pour cette jeunesse-là. On ne peut la craindre. Je ne suis pas un novice en politique. J’ai été un jeune militant moi aussi. »

Mais que penserait le chef de l’Etat de cette spirale de manifestations à caractère régional des jeunes pour réclamer leur part ? Et si chaque région devrait revendiquer sa part au même moment et de la même manière ?

Il est évident que, après avoir cédé devant les populations de Kayes, celles de Tombouctou et celles de Gao et Ménaka, le recul n’est plus à l’ordre du jour face aux jeunes des autres régions. Et si le seul moyen pour faire comprendre les populations est d’accepter les revendications avec effet immédiat, il n'est pas exclu qu'il en soit ainsi dans autres régions encore. D’autant plus que le désenclavement est un problème commun à l’ensemble des régions du Mali. D’ailleurs, le Septembre 2019, la Route Nationale N° 7 a été coupée  par des manifestants à Bougouni. Ces derniers réclament la construction de l’Axe Bougouni-Manankoro.

Ces nouveaux engagements jugés irrévocables aux yeux des populations bénéficiaires s’ajoutent à d’autres promesses qui tardent à se réaliser. Il s’agit de la route Zantiébougou-Kolondièba-frontière Côte d’Ivoire lancée le 13 novembre 2016 et dont les travaux tardent à finir. De même, le démarrage des travaux de la construction de deux fois deux voies de la traversée de la ville de Sikasso, lancée le 22 novembre 2017, n’est pas encore effectif.  

En définitive, cette stratégie qui consiste à calmer les manifestations dues à l’absence d’une politique d’anticipation, risque de coûter cher au régime, dans la mesure où les populations ne font plus confiance au président, a fortiori au gouvernement. C’est ce qui justifie, d’ailleurs, l’élaboration et la diffusion de ces différents protocoles d’accord afin de prendre à témoin l’opinion nationale et internationale face aux engagements signés par le gouvernement lui-même, en cas de manquement.

Ousmane BALLO

Source : Ziré-Hebdo