Le Procureur de la République près le Tribunal de la CIII chargé du Pôle économique et financier de Bamako a révélé le montant de 9, 46 milliards de F CFA manquant dans les caisses de la Confédération des sociétés de coopératives de producteurs de coton (C-SCPC). Bakary Togola le présumé coupable de détournement, placé sous mandat de dépôt le jeudi 12 septembre, va être suivi par d’autres complices, aux dires du procureur Mahamoud Kassogué à son point de presse du samedi dernier. Mali Tribune donne en primeur des indices sur ceux-là qui sont suspectés.

 Dans le cas de Bakary Togola, des co-auteurs seront interpellés. Au point de presse du samedi dernier, le procureur a parlé de 6 présumés complices qui sont dans la ligne de mire de la justice. Sans être dans le secret des dieux, nous sommes en mesure de lever un coin de voile sur ces porteurs de valise de M. Togola qui ne peut être inquiété dans des questions de malversations financières sans ces derniers. Ceux-ci ne jurent d’ailleurs que par son nom, tant la complicité est intense et l’obéissance aveugle.

Comme nous l’avions indiqué dans différentes parutions, ces suspects ont pour noms : M’piè Doumbia, Trésorier général, membre de bureau de la Confédération, cosignataire du chèque ; Soloba Mady Kéita, secrétaire général de la C-SCPC, président de l’Union régionale de Kita membre et cosignataire de chèque ; Raymond Dansoko, coordinateur de la Confédération ; le président de l’Union régionale de Sikasso Drissa Traoré, membre de bureau : Anfa Coulibaly président de l’Union locale de Koutiala et celui de Fana, Seydou Coulibaly tous membres du bureau. Sans oublier Mamadou Togola, neveu de Bakary Togola.

Les six personnes sur la liste rouge du Procureur sont à rechercher dans cet aréopage de personnalités qui sont des compagnons de longue date de Bakary Togola et ses hommes de main. Il nous revient que pour des besoins d’enquêtes et des mesures de prudence, les documents de voyage de plusieurs d’entre eux ont été confisqués par la justice. En plus leurs mouvements à Bamako et sur le territoire national sont étroitement surveillés.

L’histoire de Mamadou Togola, son neveu se passe de tout commentaire. Certains même disent certains qu’il est le comptable de son oncle et non de la Confédération. Son nom apparaît régulièrement lors des transactions bancaires, desquelles le trésorier officiel est exclu et mis à l’écart.

Au niveau externe, si l’enquête est élargie aux 12 dernières années de gestion, de 2007 à 2012 (comme 2013-2019b est en cours d’enquêtes), Bakary Togola est supposé avoir carotté plus de 20 milliards de F CFA en moyenne. La liste des complices ira en grossissant car des ministres aux cadres de la CMDT, des opérateurs économiques connus dans la fabrication et l’importation d’engrais seront aussi interpellés au cas où les enquêtes toucheront des domaines autres que les ristournes.

Même dans cette supercherie, le Bureau du Vérificateur général, la Cellule d’Appui aux structures de contrôles  Contrôle de l’administration (Casca), l’Office central de lutte contre l’enrichissement illicite (Oclei) ne sont pas à négliger dans la chaîne de complicité. Pour le cas spécifique du Végal, nous y reviendrons dans un autre papier, tellement tout reste à refaire dans notre pays en matière de lutte contre la corruption.

La C-SCPC n’a jamais été contrôlée ni auditée par ces structures et n’avait non plus de comptabilité saine si ce n’est à partir de 2014 avec l’exigence de l’Agence française du développement (AFD) et de la CMDT, les deux principaux injecteurs de fonds.

Le business de l’engrais au Mali

L’engrais au Mali est un véritable business à la C-SCPC. Le plus gros marché malien est passé par un GIE, dont le président, Bakary Togola, n’hésitait pas à dire que “des grands patrons de la République mangent dans sa main et qu’il est capable d’acheter tous les procureurs de la République du pays”. (Sic !). Des besoins d’engrais pour la campagne agricole sont surestimés d’année en année pour permettre une corruption à grande échelle des fournisseurs surtout, les paysans à travers la C-SCPC et l’Apcam ainsi que des cadres véreux du ministère de l’Agriculture. Le président de la République ayant découvert ce vol planifié au détriment de l’Etat a tapé du poing sur la table pour siffler la fin de la récréation. Idem pour le ministre de l’Agriculture, Moulaye Aboubacar, qui dans chacune de ses sorties récentes dans ses tournées régionales rappelle que les intrants et les engrais ne seront plus une chasse gardée de certains et une vache laitière.

Plusieurs autres dossiers existent contre M. Togola. Le Procureur l’a confirmé sans en faire un listing. Mais on se souvient du fameux dossier de l’engrais frelaté de 2015 impliquant plusieurs opérateurs économiques, des cadres du ministère de l’Agriculture, de la Direction nationale de l’agriculture et de la CMDT, le contentieux de l’imitation de la signature du Pr. Baba Berthé, PDG de la CMDT, suite à l’importation avortée des intrants agricoles de qualité douteuse avec la complicité des commerçants grossistes d’engrais pour plus de 25 milliards de F CFA, l’écoute téléphonique illégale sur son ex-responsable administratif et financier (Raf), Fadiala Coulibaly, entre autres.

Chacun de ces scandales cités ci-dessus peut conduire directement Bakary Togola et complices en prison pour de longues années encore. Si réellement la lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite sont une réalité au Mali.

Abdrahamane Dicko

Source : Mali Tribune