Loin d’être une journée de réflexion, de conseils, d’accompagnement et surtout de remise en cause pour une participation active des femmes au développement du pays, le 8 mars est devenu aujourd’hui au Mali une journée de fête avec ses dépenses au cours de laquelle il faut manger, boire et danser. Du coup, pour y être considérée, il faut être de la trempe des femmes qui ont de l’argent et peuvent se faire coudre un modèle de tenue avec un gros foulard de nature à s’imposer aux autres.

Trop de folklore à Bamako ! Chaque année, la journée du 8 mars est célébrée avec faste au Mali, au rythme du tam-tam et d’autres instruments musicaux à l’allure d’une véritable fête urbaine. Au même moment, d’autres femmes se battent en vraie amazones pour pouvoir vivre et s’affirmer dans leurs milieux. Face à ces constats, l’évènement sort de son contexte de réflexion, de rétrospective et d’autocritique.

Contrairement à ce qui a été installé sur la place publique, à travers des concerts, des ‘’sumus’’, des ''Tops Étoiles'' et autres manifestations festives, cette journée devrait servir de cadre excellent pour trouver des solutions aux difficultés auxquelles la femme malienne est confrontée de façon générale. Ces difficultés sont d’ordre économique, social et professionnel, et elles peuvent concerner aussi bien les femmes rurales que celles des grandes villes. C’est pourquoi dans une déclaration à cette occasion, le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a rappelé : « En cette Journée internationale des femmes, veillons à ce que les femmes et les filles puissent concevoir des politiques, des services et des infrastructures ayant un effet sur notre vie. Et apportons notre soutien aux femmes et aux filles qui suppriment les obstacles à la création d’un monde meilleur pour toutes et pour tous. »

Le 8 mars, une affaire des femmes de bureaux !

Au-delà des discours exaltés tenus par les femmes aux ‘’gros foulards’’ généralement appelées ici ''grobinés'', qui revendiquent l’égalité et l’émancipation, il y a un sérieux travail à faire afin de donner à cette journée un contenu réel dans notre pays. Derrière ces discours, aucune action concrète n’est initiée pouvant accompagner les femmes qui sont réellement dans le besoin. Ainsi, les femmes rurales et celles du secteur informel pensent que le 8 mars n’est qu’une affaire de ces camarades de bureaux.

Interrogée sur l’évènement le même jour (8 mars) aux environs de 11 heures 30 minutes sur le marché de Lafiabougou en Commune IV du District de Bamako, Salimata Koné, vendeuse de légumes, a répondu : « Le 8 mars, j’en ai entendu parler, mais je ne savais pas que c’était aujourd’hui (le vendredi 8 mars 2019). Mais, que ce soit aujourd’hui ou demain, cela ne change rien chez moi. Car, cette journée a été toujours célébrée par les femmes qui travaillent dans les bureaux.»

Selon Salimata Koné, si l’on ne porte pas le tissu de la Journée, on n’a aucune considération aux yeux des autres. « Or, il faut de l’argent pour tout ça. Regardez toutes ces femmes autour de vous (les camarades femmes du marché), elles se battent, soit pour subvenir à leurs besoins ou pour prendre en charge leurs enfants ou souvent même leurs familles. Donc, ce sont des femmes battantes qui gagnent leur vie dignement », a-t-elle ajouté.

Elle a également précisé : « Aujourd’hui, on a l’impression que cette journée est faite uniquement pour les Femmes de bureaux. Vous passez toute de suite aux services, elles ont toutes chômé et la journée sera payée. Nous qui sommes sur les marchés, aux villages et dans d’autres domaines en train de nous battre pour notre survie, nous nous sentons oubliées.»

Ousmane BALLO

Source : Ziré-Hebdo