Le 7 septembre 2019, lors de la cérémonie de lancement de la Coordination de ses Mouvements et Associations de Soutien  (CMAS), Mahmoud Dicko a fait des révélations sur la libération des 161 soldats maliens en 2012 des mains des djihadistes. Selon  lui, c’est l’imam Yacouba Siby qui a réuni toutes les conditions nécessaires pour se rendre à Kidal et ramener les 161 soldats à Bamako. Mais aux dires de Mahmoud, ce dernier, en plus de n'avoir été ni décoré, ni même remercié par le gouvernement de l’époque, a été plutôt arrêté par la Sécurité d’Etat (SE).

Selon l’Imam Mahmoud Dicko, dialoguer avec les djihadistes au Mali, ne date pas d’aujourd’hui. « Il y a eu ici plusieurs libérations d’otages des djihadistes auxquelles je n’étais pas associé. Je ne les connaissais même pas. Moi, j’ai commencé à parler quand il s’est agi de Maliens. Plus de 161 soldats, nos enfants, capturés par les djihadistes, et je savais que personne ne donnerait une rançon pour les libérer. Je me suis battu pour qu’ils soient libres. Je sais dans quelles conditions les autres otages ont été libérés. Je sais aussi que ceux qui ont fait ce travail, pensent que la vie des otages occidentaux vaut mieux que celle des Maliens. On m’a proposé d’entrer en contact avec les djihadistes pour faire libérer nos soldats, et j’ai répondu que j’étais d’accord. J’ai dit que j’étais prêt à discuter avec ces djihadistes quelles que soient leurs conditions, même si je dois me rendre sur les lieux », a-t-il déclaré.

L’imam Mahmoud DICKO a également précisé : « Ce que vous ne savez pas, c’est que quand un accord a été trouvé pour leur libération, ça été la croix et la bannière pour réunir les frais de carburant nécessaire pour aller transporter nos hommes. C’était Yacouba Siby qui devait aller les chercher, il est encore en vie. Mais, est-ce que vous savez que le gouvernement de l’époque n’a pas eu l’initiative de m’envoyer une lettre de remerciement à plus forte raison de décorer l’imam Yacouba Siby qui a bravé le danger pour aller chercher des Maliens ? Pourtant, c’est lui qui s’est grouillé pour réunir les conditions nécessaires.»

Il poursuit : «Un jour, il est venu me dire : ''Président, j’ai eu l’argent nécessaire.''  Moi-même, je ne sais pas comment il l’a fait. Je lui ai tout simplement répondu : ''Vas-y, qu’Allah te protège.'' C’est comme ça qu’il est parti les chercher. Après cette opération, mais une simple lettre de remerciement ne nous a été adressée par le gouvernement. Puisque c’était tout simplement des Maliens qu’on avait libéré, et même s’ils avaient été tués, ce n’était pas assez grave. Il y a des choses qui se sont passées dans le cadre de cette opération que je ne vous révèlerai pas ici pour des raisons d’Etat. D’ailleurs, des gens ont eu le courage de dire que si nous sommes parvenus à convaincre les bourreaux de nos soldats, c’est que nous partageons avec eux les mêmes convictions religieuses. Voici comment on nous a récompensés. Certains, au cours des échanges, ont même dit que nous travaillons en attendant l’arrivée des djihadistes à Bamako pour devenir ministres. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que j’ai les échos sonores de leurs propos. C’est pourquoi, on est souvent obligé de parler ».

Mahmoud DICKO a enfin conclu : « Le pire dans tout ça, c’est que l’imam qui a libéré les soldats a fini par faire la prison. Beaucoup pensaient que c’est moi-même qui avais fait le déplacement pour aller chercher les militaires. Je vous jure que c’est lui-même qui a payé les frais de location des cars qui ont servi à transporter nos soldats de Kidal à Bamako. Il s’est également occupé de leur restauration en cours de route jusqu’à Bamako. On n’a pas eu droit à une lettre de remerciement. Mais ceux qui étaient membres du gouvernement à l’époque ont été décorés à la fin de leurs missions. Mais, après tous ces efforts, un jour je l’attendais dans mon bureau pour qu’il vienne me faire le compte rendu d’une de ses missions. Mon attente a duré deux jours, sans qu’il vienne me voir. Il était aussi injoignable. Mais ce que j’ignorais, c’est qu’il était en prison. Après les investigations, je me suis rendu compte qu’il avait été arrêté par la Sécurité d’Etat. Je les ai appelés, mais je vais faire ici l'économie du contenu de notre conversation. C’est pour vous dire quel est l’esprit des gens qui font semblant de nous gouverner. »

A. O

Source : Ziré