Soumaïla Cissé, Président du Parti URD et Chef de file de l’Opposition

Loin de flagorneries ou d’accusations gratuites, le dialogue national inclusif doit être considéré aujourd’hui comme le passage obligé permettant aux fils et filles du Mali de se retrouver pour parler sans langue de bois des priorités de l’heure dans notre pays. Donc, c’est un processus qui ne peut pas réussir dans la comédie et des jeux d’intérêts. Pour ce faire, l’humilité et la réserve doivent être de mise chez tous les Maliens.

Alors que le président de la République, Ibrahim Boubacar Kéïta, déclare dans une interview accordée à l’ORTM à l’occasion de l’An I de son second quinquennat, que le dialogue national inclusif concerne « tout le monde, sans exclusive aucune », le chef de file de l’opposition et président du parti Union pour la République et la Démocratie (URD), Soumaïla Cissé, parle de démarches confuses et non inclusives.

Ainsi, dans une correspondance adressée au président du Comité national d’organisation dudit dialogue en date du 03 septembre 2019,  Soumaïla Cissé dénonce des « initiatives décousues, unilatérales, et non inclusives » et suspend par la suite la participation de son parti au processus. « Dans l’attente d’une clarification sur toutes ces initiatives, l’URD se réserve le droit de suspendre sa participation au processus du dialogue», peut-on lire dans ladite correspondance.

Cette décision de l’URD, rallonge la liste des partis et regroupements politiques qui se sont retirés du processus pour des raisons qui leur semblent être valables. Le 20 août 2019, dans une correspondance adressée au Premier ministre, Dr. Boubou Cissé, la Coalition des forces patriotiques (COFOP) a décidé de suspendre sa participation au processus. Motif : la méthode utilisée est le placement de l’organisation du Dialogue politique inclusif sous l’autorité des départements ministériels. « Pour notre part, cette manière de faire nous conduira directement au mur. Car l’Exécutif n’est pas concepteur de l’objet du Dialogue politique inclusif que nous attendons. L’Exécutif ne peut donc pas être juge et partie dans l’élaboration et la mise en œuvre des TDR (Termes de référence) relatifs à l’organisation du Dialogue politique inclusif que nous attendons », peut-on lire dans la correspondance signée par Dr. Abdoulaye Amadou Sy, premier responsable de la Coalition.

Au paravent, c’est la plateforme « An Ko Mali Dron », qui réunit notamment le parti Forces alternatives pour le Renouveau et l’Émergence (FARE Anka Wili) ; le CNID- FYT- Association ; la Convention Nationale pour une Afrique Solidaire (CNAS-FASO HERE) et l’ADEMA-Association qui a annoncé sa défection. Certes, le régime a, à plusieurs reprises, péché, mais les Maliens ont intérêt à ce que ce dialogue se tienne. Les rapports des consultations du Triumvirat (Baba Akhib Haïdara, Ousmane Issoufi Maïga, Aminata Dramane Traoré) doivent être renforcés, si cela s’avère nécessaire. Le comité national d’organisation doit être aussi saisi, si le besoin est là. Mais aucun Malien ne doit se mettre à l’écart, quelles qu'en soient les raisons.

Certes, ce dialogue devrait être porté par les partis politiques et les organisations de la société civile, ce qui est supposé être le seul moyen d’atteindre plus de Maliens partout où ils pourront se trouver. Mais, il clair que le gouvernement doit fortement s'impliquer en tant ordonnateur et premier responsable pour la mise en œuvre des conclusions du dialogue.

L’histoire retiendra le rôle de chacun !

Au moment où d’autres meurent pour sauver notre pays, le régime, les partis politiques (majorité et opposition) et les organisations de la société civile doivent forcément faire preuve de maturité en acceptant de se retrouver autour de la même table pour discuter de l’ossature des nouvelles réformes institutionnelles et politiques ainsi que des questions sécuritaires, économiques, éducatives, sociales, sanitaires et environnementales. Cela dans le but de proposer des solutions concrètes et pérennes, capables d’aider à l'instauration d'une nouvelle gouvernance prête à répondre aux aspirations du peuple malien. Pour cette mission patriotique, l’histoire retiendra le rôle de chaque responsable ou organisation.

Aujourd’hui, sans se donner en spectacle, les partis politiques et organisations de la société de civile devraient avoir comme maître-mot : ''Nous ne sommes pas d’accord avec le gouvernement, mais nous nous battrons pour nous faire comprendre et pour faire entendre au peuple ce que nous voulons lui dire.'' Il y a, pour y parvenir, plusieurs moyens autres que le boycott.

Ousmane BALLO

Source : Ziré