D’aucuns parleront d’éveil de confiance, d’autres de cabale politique. Quant à Boubou, il se dit certainement : «Ils veulent me chasser aussi de la Primature.» ''Ils'', se sont ses détracteurs. Il s’agit là, bien entendu, du climat social qui se dégrade à nouveau, à cause de la rupture de confiance entre gouvernants et gouvernés.

Il y a deux semaines, la population de Kayes, à travers le mouvement Sirako, avait bloqué la route nationale N°1, afin d'exiger sa reconstruction. Une pression qui a finalement porté fruit. Au même moment, le Mouvement ‘’Sévaré-Gao Fondaa’’ (route en sonrai) se dresse et demande que la Route Nationale N°6 reliant Sévaré à Gao soit reconstruite sans délai. A défaut, ce mouvement entend passer à la vitesse supérieure pour bloquer l’axe en synergie avec toutes les coordinations régionales et locales des régions de Gao et Mopti.

A Tombouctou, les jeunes sont en alerte maximale. Le 05 septembre 2019, impatients devant le démarrage de la réhabilitation des deux principales routes de la ville à savoir : la route Kabara et celle de Goundam, le collectif de ladite région avait lancé un ultimatum aux autorités locales, ultimatum qui a finalement expiré sans suite. Un mépris, selon la population, qui semble créer la colère chez les jeunes désormais déterminés à aller jusqu’au bout, si les doléances remises au gouverneur ne sont pas satisfaites. 

S’agit-il d’une révolution en spirale, de la part des jeunes pour faire fléchir le gouvernement devant le calvaire des populations et surtout en respectant ses propres promesses ? En tout cas, tout porte à le croire désormais. D’autant plus que ces jeunes se disent également prêts à réclamer le bitumage de l’axe Tombouctou et Douentza qu’ils considèrent comme un droit que le gouvernement est obligé d’assurer. Tout comme la ville de 333 Saints, le 7 Septembre 2019, la population de Goundam a marché pour réclamer la reprise immédiate des travaux de l’axe Tombouctou-Goumacoura.

Au même moment, le principal parti de l’opposition, Union pour la République et la Démocratie (URD), déclare dans un communiqué : « L’URD interpelle vivement le gouvernement pour qu’il respecte enfin ses engagements en procédant dans les meilleurs délais à la réhabilitation de toutes les routes concernées. Le parti rappelle que les routes étant un vecteur de développement et de rapprochement des populations, leur réalisation est une des missions importantes du gouvernement. C’est pourquoi il est inacceptable que les mouvements de protestation soient le déclencheur du processus de réhabilitation des routes.»

De même au Centre du pays, les choses s’accélèrent. Le 9 septembre 2019, plusieurs personnes ont manifesté contre l’inertie du Gouvernement face à la recrudescence des attaques meurtrières perpétrées contre les populations civiles du centre du pays. Ces manifestants, se croyant abandonné dans l’insécurité, demandent le départ des forces étrangères et la démission du Premier ministre, Dr Boubou Cissé. « Après tous les efforts allant dans le sens de l’apaisement, de la réconciliation et de la cohésion sociale, notre étonnement est grand de voir les choses s’aggraver et se détériorer. Nous n’entendons plus  rien de l’Etat  qui n’est pas capable  de nous protéger contre les attaques régulières et récurrentes des terroristes », c’est les cris de déception de ces populations qui ne demandent actuellement qu’aller cultiver leurs champs en toute sécurité. 

C’est dire que Boubou a du pain sur la planche et se trouve dans une bourrasque qui risque sinon de l'éjecter très loin, du moins de le bousculer sérieusement.

 Ousmane BALLO

Source : Ziré