Le Mali est au bord du précipice ! Le pays est touché dans tous les domaines. La situation d’ensemble du pays offre l’image d’un Mali en proie à une insécurité chronique, une  économie sous perfusion,  un climat social tendu. En effet, le pays traverse sa plus grave crise : L’insécurité n’est plus désormais la seule affaire du septentrion, elle est devenue préoccupante du Nord au Sud. Tous les voyants économiques et financiers sont au rouge. Le malaise social est général entraînant une vive tension, aggravée par la flambée des prix des denrées de première nécessité, qui sont, de plus en plus, hors de la portée du citoyen moyen avec comme conséquence immédiate la misère.

Après un premier mandat (5 ans) et 11 mois après la  réélection de  Ibrahim Boubacar Keita, le Mali va mal. Le pays est atteint dans tous les segments susceptibles d’impulser son développement économique. L’insécurité a atteint son paroxysme : Les 2 tiers (Nord et Centre) du territoire sont laissés à la solde des rebelles et/ou terroristes-djihadistes, des groupuscules et des milices armés… l’économie va  à vau-l’eau ! Sur le plan social, les manifestations de colère des populations et les grèves des organisations syndicales se  multiplient.

 Faillite sécuritaire

En matière de sécurité ? Le président Ibrahim Boubacar Kéïta est carrément passé à côté de la plaque. Son règne est, à n’en pas douter, l’un des plus meurtriers de l’histoire du Mali.

La situation sécuritaire dans le Nord et le Centre reste préoccupante. En effet  l’insécurité s’est accrue dans une grande partie du pays, et n’a pas reculé d’un iota.  Et au-delà des régions du Nord qui sont sous le contrôle ou la menace constante des groupes armés dont la CMA (signataire de l’accord de paix), terroristes et djihadistes. Ceux-ci ont étendu leurs tentacules jusqu’au Centre et au Sud du pays en instaurant une insécurité chronique dans les régions de Ségou, Mopti, Koulikoro.

Ainsi,  les régions  du Nord, ainsi que le Centre sont pris en tenaille par ces nébuleuses qui s’en prennent soit à tout ce qui est représentation de l’Etat, soit aux forces étrangères opérant sur le territoire malien, notamment la MINUSMA et la force de Barkhane. Toutes ces forces,  n’arrivent pas pour autant à empêcher la propagation des foyers de violences et, plus largement, dans ces régions. Mines, embuscades, attaques kamikazes, tire de mortiers, l’amplitude de ces attaques ne faiblit pas. La contagion d’insécurité se propage du Nord au Sud du pays dans un mouvement qui semble irrésistible. Ce phénomène a commencé, il y a plus de deux ans par l’effondrement de la sécurité dans la région de Mopti. La loi, l’ordre et ce qui restait de l’appareil de l’Etat malien dans cette région fortement peuplée se sont retirés. En outre,  ces groupes agissent dans une impunité totale au plus grand désarroi des populations.

La situation explosive dans la région de Mopti n’a pas reçu l’attention nécessaire et le traitement adéquat d’un pouvoir qui a montré ses limites. À Bamako les autorités semblent dépasser à la fois par l’ampleur des dégâts et la tournure dramatique des évènements.

Ainsi, au fil des années (2015-2019), la violence est montée crescendo pour atteindre les pires proportions. Aujourd’hui, plusieurs localités de Mopti sont totalement ou partiellement occupées par une meute en armes, des hommes de Hamadun Kouffa, des bandits armés et milices armées qui appliquent leur loi en occupant systématiquement le terrain. Les administrateurs civils, les enseignants, les agents de santé et autres représentants de l’administration publique ont déserté une grande partie du Centre. L’Etat n’y est quasiment plus représenté qu’à travers quelques postes militaires, si éparpillés et limités sur le plan opérationnel qu’ils ne gênent pratiquement en rien les terroristes-djihadistes dans leurs actions. Les populations sont prises en otage, elles n’ont plus le droit de franchir des limites fixées par les occupants. Toute personne, soupçonnée ou accusée de collaboration avec l’administration, est sévèrement punie. Face à la situation et l’incapacité de l’Etat, les populations ont décidé de prendre leur destin en main, autrement dit se défendre par tous les moyens. Ainsi, des groupes et milices d’auto-défense, de groupuscules de règlements de comptes se créent à travers la 5èrégion. De même, s’est développée une haine accrue à l’égard de la communauté peuhle. Un Etat qui ne peut protéger les populations. Celles-ci se meurent, particulièrement les populations implantées dans les cercles de Ténenkou, Youwarou, Douentza, Bankass et Mopti. En longueur de journée, elles font l’objet d’exactions de toutes sortes : meurtres, assassinats, coups et blessures, enlèvements de bétails, vols d’engins et d’objets de valeurs de la part des rebelles, des djihadistes et autres bandits de grand chemin.

Même Bamako n’est pas épargné. La capitale, elle aussi, est en proie à une insécurité galopante. Crimes crapuleux, attaques et braquages deviennent le lot quotidien des populations de la capitale.

 Une  économie en lambeau

La crise sécuritaire a eu des répercussions graves sur notre environnement économique. Les recettes de l’Etat étant principalement basées sur la fiscalité intérieure, les entreprises locales ploient sous le poids des impôts, des emprunts des banques, de la crise énergétique… Certaines d’entre elles sont agonisantes ou même en voie de fermeture.

Il n’était plus un secret pour la majorité des Maliens que les entreprises souffrent. Même le citoyen lambda, qui n’a rien à voir avec ce secteur, chacun se plaint à son niveau à cause de l’argent qui se raréfie, le boutiquier du coin ou la vendeuse de condiments ou de galettes au marché se plaignent de la mévente par manque d’une clientèle introuvable.

Le véritable cri d’alerte est venu du Conseil national du patronat du Mali (CNPM), le mois dernier. C’était au cours d’une visite du ministre de l’Investissement privé, des Petites et moyennes entreprises et de l’Entreprenariat national, Mme Safia Bolly, au siège des créateurs d’emplois et de richesses du pays. Ces derniers ont entretenu l’hôte du jour  sur le marasme économique et les multiples difficultés que frappent de plein fouet les entreprises nationales. Conséquences : beaucoup sont en train de fermer boutique ou migrent tout simplement vers les pays limitrophes.

En cause, l’insécurité mais aussi d’autres facteurs conjoncturels comme le taux exorbitants des emprunts bancaires jugés comme l’un des plus élevés dans la sous-région, la crise de l’énergie et son coût prohibitif, le non-paiement de la dette intérieure ajoutée à la pression fiscale, aux agios des banques, l’insécurité judiciaire, la corruption, entre autres.

Beaucoup d’opérateurs économiques maliens disent tirer le diable par la queue, à ses jours. Plusieurs entreprises, des PME-PMI ont mis la clé sous le paillasson. Parmi elles, il y a  des  alimentations, boulangeries ou sociétés de négoce, de distribution.

Les conséquences de cette situation paupérisation générale sont notoires : conflits sociaux, déstabilisation des foyers, banditisme, déperdition des enfants ». Sans commentaire ! Au même moment, beaucoup d’entreprises ont été obligées de mettre leurs agents au chômage technique, ainsi des populations sont privées de leurs revenus. Pour tous, les difficultés s’accumulent. Et pourtant, le gouvernement a toujours vanté les performances de notre économie, qui est la 3ème de la zone UEMOA, avec son corollaire  de 5 % de croissance. Donc la crise de trésorerie, qui est une réalité indéniable, ne pourrait résulter que de la mal gouvernance et non d’un manque de ressources financières.

Il y a aussi le coup social de cette calamité économique. En plus du manque à gagner pour l’Etat, les énormes pertes d’emplois vont déboucher sur d’autres crises sociales difficilement gérables. 

Un front social  en ébullition 

En effet, les manifestations et grèves se sont intensifiées tout au long du mandat de IBK.  La tension n’a cessé de monter sur le front social. Magistrature, santé, éducation…dans tous les domaines, l’on assiste à la révolte des syndicats. Une situation qui résume à elle seule l’échec du président de la République.

Apres une période d’accalmie, le front social est de nouveau en effervescence. Pour preuve, le  lundi 26 août dernier, la Coordination des comités syndicaux de la DAF (Direction administrative et financière), des DRH ((Direction des ressources humaines), des CPS (Cellules de la Planification et de la Statistique) et des DFM (directeurs financiers et du matériel) de la primature et des départements ministériels aussi bien que le Syndicat Libre des Travailleurs des Affaires Étrangères (SYLTAE )ont observé une  grève de 120 heures (5 jours). Les syndicats exigent l’amélioration des conditions de vie et de travail des travailleurs à travers l’adoption des décrets pouvant les accorder des primes et indemnités Ces  mouvements sociaux interviennent après une longue série de grogne sociale.

 Ainsi, l’Union Nationale des Travailleurs du Mali (UNTM) avait  observé une grève de 72 heures, du 9 au 11 janvier 2019. Quant  aux  travailleurs des  chemins de  fer, ils  ont  observé une longue grève de la faim. Les cheminots réclamaient  10 mois de salaires impayés. Par faute de moyens financiers pour se soigner, plusieurs travailleurs des rails sont décédés.  Les syndicats de l’éducation signataires du 15 Octobre 2016 ont  grevé  plusieurs mois obligeant le gouvernement à prolonger l’année scolaire et décalant la date des examens.  Avant   les  syndicats de l’éducation, les magistrats avaient  observé une longue période de grève. Ils réclamaient l’amélioration de leur condition de travail et une revalorisation salariale.

Les blouses blanches aussi ont   manifesté  plusieurs fois   leur colère en  observant dans les différents hôpitaux et centres de santé des mouvements de grèves afin de protester contre leurs conditions de travail.

Mémé Sanogo

Source : L’Aube