Au centre du Mali, les populations deviennent de plus en plus hostiles à la présence des forces de lONU. Ainsi ces dernières semaines, cette force sous le label de la Minusma et qui se dit sous équipée, a été chassée par des femmes à Diombolo-Leye et Dioundoulou dans le cercle de Bandiagara. C'était au cours de patrouilles qu'elle menait pour protéger les populations civiles.

Les Casques bleus ne semblent pas être les bienvenus au centre du pays. En tout cas c’est ce que les populations des localités concernées, toujours sous les attaques meurtrières, veulent faire croire à cette force qui soutient n’avoir pas été déployée pour mener un combat contre les terroristes et autres bandits, mais plutôt pour protéger les personnes et leurs biens.

C’est le 28 juin 2019 que le Conseil de sécurité de l’ONU a voté la résolution 2480 renouvelant ainsi le mandat de la Minusma d’un an avec le centre du pays comme la deuxième priorité de sa mission, après la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation, issu du processus d’Alger. A moins de deux mois de son déploiement au centre, la force de la  Minusma, composée d’environ 3 000 éléments sur un total de 15 000, dont 13 000 militaires et 2 000 policiers présents au Mali, tarde à avoir le soutien de l’ensemble des populations de la zone. Une chose qui rend très difficile son travail sur le terrain.

Meurtries avec au moins 845 personnes tuées dans plus de 200 attaques depuis le début de l’année (chiffres de l’ONG Armed Conflict Location & Event Data Project), les populations des localités du centre commencent à repousser la force dont la présence n’a rien changé en termes de protection des personnes et leurs biens. Il y a juste une semaine, une unité de patrouille de la Minusma a été chassée par des femmes à Diombolo-Leye dans le cercle de Bandiagara.

Ces populations qui ont subi des attaques meurtrières sans que l’Armée malienne et encore moins les forces étrangères n’interviennent, semblent être déterminées à ne plus cautionner la présence, dans leur village, d’une force étrangère qui n’est pas prête à combattre l’ennemi. Devant la détermination des femmes et des enfants, la patrouille composée de sept véhicules blindés avec une vingtaine d’hommes armés à bord, a été obligée de faire demi-tour à Diombolo-Leye pour rejoindre sa base.

Ce fut également le cas dans le village de Dioundoulou où une autre patrouille de la Minusma a été bloquée et renvoyée à sa base par les populations. Quatre jours après le passage de cette force étrangère, ce même village dogon a été attaqué et incendié par des groupes armés non identifiés.

La peur de représailles !

Selon plusieurs témoignages, les populations des localités du centre ont peur de collaborer avec la Minusma. Cela, pour ne pas subir les représailles des groupes jihadistes. Même si ces deux villages (Diombolo-Leye et Dioundoulou) se trouvent actuellement sécurisés par de petits détachements de la milice d’auto-défense, Dan Na Ambassagou, les populations ne veulent pas donner l’impression aux jihadistes d’être plus proches de cette force étrangère qui n’est pas prête à combattre.

Il y a juste une semaine, le chef d’une patrouille de la Minusma, le Togolais Koadjio-Danda Assih, avait tenté de faire comprendre leur rôle aux populations du village de Ficko dans la commune rurale de Pignari-Bana. Ses propos ont été rapportés par nos confères de Libération : « Ce nest pas le travail de la Minusma de chasser les terroristes. C’est le travail des forces armées maliennes, de la force française Barkhane et de la force conjointe du G5 Sahel. La Minusma est là juste pour la paix entre les personnes et la protection des biens.»

Dans des localités où les dozos montent déjà la garde, les populations semblent être sceptiques face aux offres de la Minusma. Elles veulent plutôt des forces capables de traquer et de neutraliser tous les assaillants qui sont à la base de l’insécurité dans leurs zones. Or, ce n’est pas ce que pense la cheffe du bureau de la Minusma de Mopti, Fatou Dieng Thiam, selon qui la Minusma n’est pas là pour remplacer les autorités locales : « Ce n’est pas elle qui va poursuivre les voleurs de bétail. Ce nest pas dans notre mandat. Nous ne sommes pas là pour nous battre, mais pour faire en sorte quil y ait un environnement sécurisé », a-t-elle précisé. 

Face à des populations craignant des représailles en acceptant de collaborer  avec une force étrangère mais qui placent déjà toutes leurs confiances sur une milice d’auto-défense composée des fils du terroir, le terrain ne peut que s’annoncer glissant pour la Minusma. Car, elle risque d’avoir difficilement le soutien de ces populations locales tant qu’elle n’accepte pas de combattre l’ennemi commun.

Ousmane BALLO

Source : Ziré